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Sommaire

L'Europe vue de l'Hémicycle
De Copenhague à Copenhague
Cap à l'Est, au Nord, au Sud !
Au seuil des OGM
Quand les cigarettiers toussent
Le naufrage de l'irresponsabilité
Petite leçon d'eurojargon
Vrac d'Europe

L'Europe vue de Midi Pyrénées
Molécules sous contrôle ?
Fromage ou désert ?
Touche pas aux Intouchables !
Toulouse contre la "Françafrique"

L'Europe vue d'Aquitaine
De Bruxelles au Blayais, réaction en chaîne
Le jour où la PAC s'est figée
L'A380 dans un trou d'air
Natura, 10 ans déjà





Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen



Carré d'Europe N°13 – Hiver 2002/2003



L'Europe vue de l'Hémicycle

De Copenhague à Copenhague

La boucle est bouclée. Et dans la même ville. Car c'est en 1993, déjà dans la capitale danoise, qu'avaient été définis les critères qui allaient orienter tous les processus de réforme des futurs pays candidats. On imagine mal chez nous à quel point le respect de ces fameux "critères de Copenhague" - conditions d'entrée dans l'Union - devinrent une terrible exigence d'adaptation de la part de toute la société de ces pays.
Ces critères sont politiques (démocratie stable, respect les droits de l'Être Humain, notamment la protection des minorités), économiques (économie de marché viable, capable de faire face à la concurrence dans le marché intérieur de l¹Union) et juridiques (obligations de reprendre et d¹appliquer l¹ensemble de l¹acquis communautaire, euro inclus).
C'est lors d'un nouveau sommet de Copenhague, les 12 et 13 décembre 2002 que l'Union a "relevé les copies". Au prix de mille marchandages de dernière minute (un délai supplémentaire pour un tel, une exemption de taux de TVA pour un autre, une rallonge de quelques millions pour un troisièmeŠ) dix pays ont été formellement autorisés à rejoindre l¹Union le 1er mai 2004. Il s'agit de cinq pays d'Europe centrale : Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, de trois pays baltes : Lituanie, Estonie Lettonie, et deux Îles méditerranéennes : Chypre et Malte. Deux pays d'Europe orientale, la Bulgarie et la Roumanie - qui n'ont pu boucler à temps les dizaines de chapitres des réformes demandées - devront attendre au moins jusqu'en 2007.
Quant à la Turquie, d'abord furieuse, puis résignée, elle devra attendre 2005 pour savoir si elle peut simplement commencer à "plancher" à son tour. Il est vrai que le soutien appuyé des USA à la candidature d'Ankara a plutôt braqué les quinze. Gérard Onesta, amusé, a souligné "qu'on a tort de s'alarmer en imaginant la Turquie comme le Cheval de Troie américain, alors que l'Union tolère déjà dans ses eaux un porte avion US... la Grande Bretagne !". Mais Gérard est bien sûr conscient que la date de 2005 ajoute, sur le parcours turc, le veto possible de deux futurs membres de l'Union d'alors : la très catholique Pologne, inquiète de partager son toit avec l'Islam, mais aussi Chypre, qui digère mal l'occupation turque de sa partie nord.
Contact Gérard :
gonesta@europarl.eu.int

Cap à l'Est, au Nord, au Sud !

Si la réunion était symbolique, la réalité n¹est pas bien loin. En accueillant pour un long débat dans son hémicycle, le 19 novembre dernier, 214 députés nationaux venus de 12 pays candidats, le Parlement Européen a voulu montrer qu¹il était prêt à s'ouvrir à eux, dès les prochaines élections européennes. Car dans 18 mois à peine, l'Europe va s'étendre vers trois points cardinaux.
Invitée, mais absente de cette réunion pour protester de ne pas être autorisée à ouvrir les négociations d¹adhésion, la Turquie fut néanmoins au centre des débats. Le triomphe électoral de l'islamiste modéré, M. Erdogan, à Ankara, inquiète. Si la Turquie - loin s'en faut - n'est pas encore une démocratie (la question du Kurdistan, du génocide arménien, ou des droits des prisonniers politiques sont encore autant de tabous..) elle n'est plus cet empire ottoman décadent que l'on appelait, il y a un siècle, "l'homme malade de l'Europe". Valéry Giscard d'Estaing n'a pourtant pas hésité à dire que l'adhésion de ce pays serait la fin du projet européen. La Turquie, membre du Conseil de l'Europe comme de l'Eurovision, et qui participe à tous les championnats sportifs européens, redécouvre que la part de son territoire au nord du Bosphore ne la qualifie pas "géographiquement".
À moins que ce ne soit parce qu'elle dénoterait dans un "club chrétien", décidé au choc frontal avec un bloc islamisé ? Giscard n'aurait-il pas simplement oublié que les turcs siègent déjà de plein droit dans la Convention sur l'avenir de l'Union qu'il préside ? Phrase vacharde entendue dans les travées de Strasbourg : "l'homme malade de l'Europe n'est pas celui qu'on croit..."
Le sujet des frontières physiques de l'Union a donc marginalisé les questions pourtant essentielles de son approfondissement, sa démocratisation et ses compétences. Seul Daniel Cohn-Bendit a osé demander si les Quinze étaient vraiment à la hauteur de l¹enjeu, au vu des négociations de boutiquiers en cours, tout appelant les nouveaux entrants à "dépasser la souveraineté nationale qu¹ils viennent d¹acquérir, pour construire progressivement une souveraineté européenne". Il faut dire que de tous les  groupes politiques  siégeant à Strasbourg, le groupe Vert/ALE, est le plus ouvertement pro européen, ce qui explique qu'il trouve "mesquin" le budget prévu pour cet élargissement.
Quarante milliards d'euros sur 3 ans, desquels il faut soustraire les 15 milliards que les nouveaux pays apporteront eux-mêmes. Ce n'est donc que 0,35% de son PNB que l'Union va consacrer pour tenter d'écrire une page essentielle de son histoire. Il faut rappeler que ce furent 3,5 % de leur PNB
(10 fois plus !) que les Américains avaient su investir dans le relèvement de l'Europe à travers le plan Marshall. Pourtant avec quelques fractions de PNB de plus, on pourrait faire tellement dans ces pays aujourd'hui encore pauvres (la somme du PNB des 10 états entrants est inférieure à celui des seuls Pays-Bas). Soulignons, pour donner la mesure de notre pingrerie, que l'effort consenti par l'Union pour tourner la page de deux guerres mondiales et d'un demi-siècle de guerre froide, ne représente que 2 euros par mois et par européen...
Reste à voir quels seront les nouveaux équilibres au sein de la famille européenne réunifiée. Les Œnouveaux¹ seront-ils une force d¹appoint des tenants de l¹Europe-marché, participeront-ils au concert des égoïsmes ataviques, ou apporteront-ils fraîcheur et ambition à l¹Union ? De la réforme de la PAC, qui toucherait particulièrement la Pologne, à la mise en place d¹une nouvelle politique maritime pour laquelle Malte et Chypre sont particulièrement concernés, les tests en grandeur réelle ne tarderont pas à venir !
Contact Dany :
dcohnbendit@europarl.eu.int
Tél. : + 32 2 284 74 98

Au seuil des OGM

Un piètre compromis". C¹est ainsi que l'eurodéputée Verte Danielle Auroi a défini l¹accord sur les Organismes Génétiquement Modifié trouvé par les ministres de l¹agriculture des Quinze. Selon le texte adopté, les quelques produits qui ne sont pas concernés par le moratoire européen sur les OGM (colza, maïs, soja, tabac) devront spécifier l¹origine OGM sur leurs étiquettes dès que la teneur de ceux-ci est supérieure à 0,9%. Cela vaut tant pour les aliments humains qu¹animaliers, mais la transparence n'ira pas jusqu'à révéler, au final, au citoyen responsable, si les animaux destinés à sa consommation ont été nourris avec des OGM ou non... Pour les autres denrées qui restent soumises au moratoire, un "seuil de tolérance" de 0,5% a été retenu pour la présence "accidentelle" d¹OGM.
S¹il comble un vide juridique dangereux et ne remet pas encore en cause le moratoire, cet accord ne règle rien sur le fond, à une époque où les "bricoleurs du vivant" répandent leurs semences lucratives à plein champs. Danielle souligne qu'on organise de fait la dissémination des OGM dans la nature : pourquoi sinon avoir adopté des seuils si élevés, alors que les techniques actuelles permettent de détecter la présence d¹OGM dès 0,01% ?
Quant à José Bové, payant pour son courage, le seul seuil qu'il connaisse hélas, c'est celui de la prison.
Contact Danielle :
dauroi@europarl.eu.int
Tél : + 32 2 284 57 54

Quand les cigarettiers toussent

C'est l¹histoire d¹une aberration. Pierre Jonckheer, eurodéputé Vert belge, s'insurge : "alors que l¹Union Européenne a pleine compétence pour tout ce qui a trait à la santé animale, elle n¹a qu¹un pouvoir minimal en matière de santé humaine". C¹est en s¹appuyant sur cette faiblesse que l¹industrie du tabac avait obtenu, en 2000, l¹annulation d¹une directive qui interdisait toute publicité en faveur du tabac, arguant que la santé publique n¹est pas de compétence communautaire. C¹était faire bien peu de cas du demi million de victimes annuelles qu¹engendre la cigarette dans l'UnionŠ En novembre, le Parlement Européen a donc replanché sur la question et a adopté un nouveau texte concernant la publicité des produits du tabac, et le sponsoring que les cigarettiers dispensent "généreusement". Cette nouvelle directive cherche à éviter l¹écueil d¹une nouvelle annulation juridique, en n¹interdisant la publicité que sur certains supports. Seront concernés, à compter du 1er août 2005, la presse, la radio, la télévision, internet, et toutes les formes de pub déguisées en opérations de parrainage. L'eurodéputée Verte finlandaise Heidi Hautala a su créer une coalition dans l¹hémicycle qui a permis de contrer, un à un, les amendements favorables aux lobbies industriels qu¹avaient déposés les conservateurs britanniques, épaulés par la majeure partie des députés allemands. Reste la publicité par affichage ou au cinéma, qui est encore du seul ressort des ÉtatsŠ
Contact Heidi :
hhautala@europarl.eu.int
Contact Pierre :
pjonckheer@europarl.eu.int

Le naufrage de l'irresponsabilité

Le naufrage du Prestige est un triste cas d¹école : affréteur helvético-russe cherchant le moindre coût ; armateur des Bahamas sans scrupule ; compagnie privée de certification hollandaise peu regardante ; port estonien laissant partir le cargo ; absence de port-refuge ; manque de solidarité entre pays européens, Espagne et Portugal en particulierŠ et de nouveau marée noire, désarroi des pêcheurs et "bombe à fragmentation" posée par 3500 mètres de fond, contenant un véritable poison.
Après le naufrage de l¹Erika, les États avaient enfin accepté que l¹Union Européenne édicte, en décembre 2000 puis en 2001, un certain nombre de mesures (dites "paquets Erika I et II"), dont la suppression des simples coques à l¹horizon 2015, la mise en place d¹une Agence de la Sécurité Maritime continentale (opérationnelle depuis décembre 2002) et la création d¹un fond d¹indemnisation des victimes. Suite à la catastrophe du Prestige, l¹Union, désormais reconnue comme l¹échelle d¹action pertinente, a annoncé des mesures d¹urgence : interdiction immédiate des bateaux à simple coque pour le transport des fiouls lourds, des goudrons et bitumes, et suppression définitive des simples coques dès 2010. Camilo Nogueira, député galicien du groupe Vert/ALE, pointe pourtant les double langages : alors que Messieurs Chirac et Aznar larmoient devant les caméras sur le thème "il faut chercher et punir les coupables", leurs troupes, à Strasbourg rejettent l'amendement (228 Contre, 222 Pour, et 6 Abstentions) demandant la création d'une commission d'enquête parlementaire ! Alors à quand la co-responsabilité des
affréteurs et des armateurs pour les chargements qu¹ils trimbalent autour de la terre ?  Quid d¹un corps de garde-côtes européen pour arraisonner les bateaux-poubelle ? Quid d¹une certification des navires, devoir régalien, effectuée par un organe public paneuropéen ? Qu¹attend-on pour que l¹Office Maritime International (OMI) réforme son fonctionnement afin d¹éviter que ce soient les pays battant pavillons de complaisance, possédant les plus gros tonnages, qui décident des normes affectant l¹ensemble de la planète ?
Le drame de l¹Erika a ouvert une brèche dans le mur lisse du libéralisme autorégulateur. Espérons que celui du Prestige concrétise la notion de responsabilité et instaure une désormais indispensable puissance publique européenneŠ
Contact : Camilo :
cnogueira@europarl.eu.int
Tél. : + 32 2 284 52 99

Petite leçon d'eurojargon

Les groupes politiques
Dès leur élection, les députés sont invités à siéger dans l'Hémicycle, non pas par nationalité mais par affinité politique. Ceux qui ne le font pas sont "non inscrits".
Un groupe politique doit être plurinational et comprendre un nombre minimum de membres : au moins 23 députés de 2 nationalités, ou 18 députés de 3 nationalités, ou 14 députés de 4 ou plus de nationalités. Après l'élargissement de 2004 (+ 10 États), cette règle changera, et un groupe politique devra être composé d'un minimum de 16 députés issus d'au moins 1/5° des États membres.
Chaque groupe politique est doté d'un ou plusieurs présidents, d'un bureau et d'un secrétariat. Avant le vote en séance plénière, ces groupes examinent les rapports issus des commissions parlementaires, et déposent des amendements. Ils ont un rôle majeur dans la fixation de l'ordre du jour des plénières ainsi que dans le choix des débats dits d'actualité. Actuellement le Parlement Européen compte 7 groupes politiques, ainsi que des députés "non inscrits". Les groupes sont issus de plus de cent partis politiques nationaux.

Il y a trois avantages à siéger dans un groupe :
- Le droit de parole et d'initiative politique, qui est proportionnel à la taille du groupe.
- L'accession aux postes à responsabilités (vice-présidences du Parlement européen et questure de l'Assemblée, présidences et vice-présidences des commissions et délégations). Cette répartition se fait selon une règle proportionnelle dite "d'Hondt continue".
- La mise à disposition de moyens techniques : collaborateurs, secrétariat, salle de réunion, budget pour publications, traductions, etc...
Le groupe des Verts/ALE est composé de 45 députés (sur un total de 626 euro-députés), dont 9 régionalistes (ALE) et 36 Verts :
7 belges (dont 1 ALE),
4 allemands,
4 espagnols (tous ALE),
9 français,
2 irlandaises,
2 italiens,
1 luxembourgeois,
4 hollandais,
2 autrichiens,
2 suédois,
2 finlandais,
6 britaniques (dont 4 ALE ).

Le groupe dispose d'une équipe de 56 collaborateurs (suivi des commissions thématiques, secrétariat, attachés de presse).

Les groupes politiques au Parlement européen
PPE - Parti Populaire Européen - 233 députés - Composante Française : UMP + UDF
Président : Hans-Gert POETTERING (Al)
PSE - Parti Socialiste Européen - 175 députés - Composante Française : PS
Président : Enrique BARÓN CRESPO (Es)
ELDR - Libéraux, Démocrates,et Réformateurs Européens - 53 députés - Aucun français
Président : GrahamWATSON (Brit)
GUE - Gauche Unitaire Européenne - 50 députés - Composante Française : PC + LO + LCR
Président : Francis WURTZ (Fr)
V/ALE - Verts/Alliance Libre Européenne - 45 députés - Composante Française : Les Verts
Présidents : Daniel COHN-BENDIT (Fr) et Monica FRASSONI (Be)
UEN - Union pour l'Europe des Nations - 22 députés - Composante Française : une partie du RPF
Président : Charles PASQUA (Fr)
EDD - Europe des Démocraties et des Différences - 16 députés - Composante Française : CPNT + une autre partie du RPF
Présidents : Jens-Peter BONDE (Da), Johannes BLOKLAND (Hol) et Yves BUTEL (Fr)
NI - Non Inscrits - 2 députés - Composante Française : FN + MPF

VRAC D'EUROPE

Europe, continent "Enron-proof" ?
En confiant le rapport sur la surveillance des conglomérats financiers à Alain Lipietz, eurodéputé Vert et altermondialiste bien connu, le Parlement allait-il s¹embourber dans une bataille idéologique ? Que nenni !
Alain, s¹appuyant sur les récents scandales financiers d¹Enron et de WorldCom aux USA, a réussi à faire passer son rapport (en co-décision) qui prône, la surveillance rapprochée des conglomérats financiers, ces holdings qui possèdent banques, sociétés d¹investissement et compagnies d¹assurance. Le marché financier intégré qui verra le jour en 2005 fera ainsi de l¹Europe la zone financière la plus contrôlée et la moins risquée au monde. Plus âpre fut la bataille sur l¹autre rapport d¹Alain, consacré à la politique de la concurrence. Néanmoins, suite à une belle passe d¹armes parlementaire, les Verts ont pu voter en faveur de ce rapport qui appelle notamment à la définition de normes précises pour les services d¹intérêt général.
Contact : Alain LIPIETZ :
alipietz@europarl.eu.int

Ça bouge à l'Est  
Alors que le débat sur l¹élargissement commence à peine à agiter le microcosme politico-médiatique hexagonal, les gouvernements des 10 pays qui vont entrer dans l¹Union en 2004 préparent déjà leurs opinions publiques àratifier cette intégration. La grande majorité des pays candidats prévoit des référendums dès le premier semestre 2003 (République Tchèque, Malte, Pologne, Slovénie, Slovaquie), et nos voisins de l¹Est répondront sûrement "Oui" à la question posée, même si c'est avec un enthousiasme refroidi par une décennie de marchandages douloureux aux portes de l'Europe. Pour les Verts européens, cet élargissement pose bien des questions : comment faire en sorte que les problématiques portées par l¹écologie politique soient prises en compte dans les débats à l¹Est ? Comment faire émerger là-bas des partisécologistes capables d¹une implantation durable dans les espaces politiques nationaux et européen ? Le récent succès des Verts Lettons, qui viennent d'obtenir 3 députés sur les cent que compte leur assemblée nationale, est-il un signe annonciateur ?
Fédération Européenne des Partis Verts :
www.europeangreens.org

C'est du vice...
Siéger à la vice présidence du Parlement Européen peut se résumer à conduire les débats en plénière, gérer la lourde administration de l'assemblée, ou aligner des rendez-vous protocolaires avec chefs d'Etat ou diplomates. Mais avec un peu d'imagination et d'obstination politique, ce poste peut permettre de faire bien plus... Exemples : le 28 novembre dernier, Gérard Onesta gagnait l'ouverture exceptionnelle des portes bruxelloises du Parlement à la Conférence mondiale des associations luttant pour les droits des enfants des rues. Le 9 décembre, à Venise, il portait la parole de l'assemblée en prononçant le discours inaugural du Congrès européen pour la Charte des Droits de l'Homme dans la ville. Entre temps, le 4 décembre, il obtenait du Bureau du Parlement la convocation, pour 2003, du "Parlement des personnes handicapées" ... avec une dotation de 300 000 euros (!).
Pour recevoir des infos sur ces initiatives :
ywehring@europarl.eu.int

Un "budget nombril"
Le Parlement a adopté le 19 décembre dernier, sans grande passion, un budget pour 2003 placé sous le signe de l¹austérité, mais qui permet toutefois un financement suffisant des priorités internes de l'Union. Ce budget s¹élève à 100 milliards d¹euros, soit à peine un tiers du budget français. Les grands chapitres restent inchangés : 40 milliards d¹euros pour l'agriculture, 34 milliards pour la politique dite "régionale" (fonds FEDER, URBAN, INTERREGŠ) et 7 milliards d¹euros pour diverses actions internes. L'eurodéputée Verte hollandaise Kathalijne Buitenweg, comme la plupart des députés, a souligné le peu de moyens accordés aux actions extérieures de l'Union, alors que, cette année, la reconstruction de lŒAfghanistan, la lutte contre le sida, etc., devraient, au contraire, mobiliser beaucoup de ressources.
Contact : Kathalijne Buitenweg :
kbuitenweg@europarl.eu.int

Florence, si loin de Gênes
60 000 participants aux 20 grandes conférences, 140 séminaires et des centaines d¹ateliers ; plus d'un demi million de participants à la manifestation finale "Pour une autre Europe, contre la guerre en Irak" : le premier Forum Social Européen (FSE) qui s¹est tenu du 6 au 11 novembre 2002 à Florence a tenu toutes ses promesses, tout en évitant les débordements que M. Berlusconi attendait (espérait ?) pour le discréditer. Pour Hélène Flautre, eurodéputée Verte présente sur place, ces forums continentaux décidés à Porto Alegre en février dernier, témoignent de la vigueur de la contestation face à la globalisation libérale. Défense des services publics, demande d¹un revenu minimum européen, réorientation de la fiscalité sur les fruits du capital, démocratisation de l¹Union, sont autant de revendications qui mobilisent une nouvelle génération militante, au moment clef où le débat sur l¹avenir de l¹Europe prend une autre dimension. Le prochain FSE, à Paris-Saint-Denis en septembre prochain, doit être une nouvelle étape dans ce processus. Comme le souligne Michel Bourgain, Maire Vert de l'Île Saint Denis, porteur d'un projet d'université citoyenne au sein du FSE, il faudra insistersur la dimension environnementale, trop absente des débats.
Contact : Hélène FLAUTRE :
hflautre@europarl.eu.int
Contact : Michel Bourgain : Hôtel de Ville, 1 rue Méchin 93450 L'Île Saint Denis

L'autre marée noire
En Autriche, les batailles au sein du FPÖ de Jorg Haider, avait entraîné la rupture de la coalition gouvernementale et la tenue d¹élections anticipées. Belle gifle pour cette extrême droite qui chute de 27% à 10% des voix !. Mais pour Mercedes Echerer et Johannes Voggenhuber, les eurodéputés Verts autrichiens, le soulagement n'est pas au rendez-vous. Les électeurs se sont en effet largement reportés sur l¹ÖVP du chancelier sortant Wolfgang Schussel (42% des suffrages). Aucune sanction donc pour le premier parti Chrétien Démocrate d'Europe à avoir pactisé avec le diableŠ Le drapeau noir - la couleur de l¹ÖVP - flotte désormais sur la présidence de la République, la chancellerie, six des neuf provinces et deux tiers des mairies, mais aussi sur la Banque nationale, la radio-télévision publique, la Cour des comptes et la Cour de cassation, le secteur industriel nationalisé, la Sécurité sociale et la présidence du ParlementŠ Dans cet océan sombre, on trouve encore des îlots progressistes, comme la région viennoise où la majorité socialiste/Verts vient d'accorder aux étrangers le droit de vote au niveau local. Autre raison d'espérer : la percée nationale des Verts, emmenés par l¹économiste Alexander Van der Bellen qui, avec 10% des voix et 17 députés, enregistrent le meilleur score de leur histoire.
Contact : Mercedes ECHERER :
mecherer@europarl.eu.int
Contact : Johannes Voggenhuber :
jvoggenhuber@europarl.eu.int

...et quand les mers seront vides ?
Le groupe autoproclamé des "Amis de la pêche" (Espagne, France, Grèce, Irlande,Italie et Portugal) n'est à l'évidence pas celui des amis de la préservation des ressources halieutiques. Alors que le 5 décembre, le Parlement Européen - face à la diminution alarmante des stocks de poissons suite au ratissage industriel de nos océans - soutenait la demande de la Commission de réduire la flotte de pêche européenne, mais en maintenant le montant des aides à ce secteur en difficulté, le 21 du même mois, le Conseil a décidé de continuer à affréter de nouveaux navires jusqu'en 2004. Les pêcheries françaises qui avaient bloqué les ports pour protester contre la diminution des quotas sur certaines espèces (cabillaud, sole...), se disent soulagées de voir que cette réduction ne s'appliquera pas à leurs zones de pêche. Encore un lobby qui ne voit guère plus loin que le bout de son chalut, contrairement à Yves Pierasanta eurodéputé Vert qui s'est livré à un plaidoyer pour la pêche artisanale, faisant des propositions concrètes pour un autre mode de pêche peu prédateur de ressources et pourvoyeur d'emplois.
Contact : Yves Pierasanta :
tpietrasanta@europarl.eu.int

Castro plutôt que Poutine
"Vous avez accordé le Prix Sakharov au peuple cubain" a affirmé, en décembre, à Strasbourg, José Payá Sardiñas, en recevant cette récompense en faveur de la défense des droits humains, décernée cette année pour la 15ème fois par le Parlement Européen. Payá Sardiñas est l'instigateur du Mouvement Chrétien Cubain de Libération pour la Paix, et à l'initiative du "Projet Varela" pour un référendum sur des élections libres, et les libertés d'expression et d'entreprise à Cuba. Les Verts avaient, par la voix de Dany Cohn-Bendit, leur président de groupe, soutenus pour ce prix un militant écologiste, Grigory Pasko, qui purge une peine d'emprisonnement de quatre ans dans l'oubli d'un camp de travail à Vladivostok. Il s¹agit de la seconde condamnation de Grigory, pour avoir alerté le monde sur la situation désastreuse de la flotte russe du Pacifique,
notamment sur l'enfouissement en mer de déchets radioactifs. L'hémicycle a donc trouvé plus de courage dans ses rangs pour dénoncer Castro plutôt que PoutineŠ
Contact : Dany Cohn-Bendit :
dcohnbendit@europarl.eu.int

Dans le paté (de chevreuil)
Les uniformes étaient lustrés, les tapis rouges déroulés, les limousines attendaient patiemment les nouveaux arrivantsŠ Mais ce sont deux chevreuils qui, le 19 novembre, profitant du brouillard, ont pénétré sur la piste de l¹aéroport de Strasbourg-Entzheim, et empêché les cérémonies d¹accueil des 214 parlementaires venus des pays candidats ! Vols déroutés, retards, bref, euro-pagaille monstre qui a fait les choux gras (de Bruxelles ?) de ceux qui militent pour que le Parlement ne siège plus en Alsace. Quant aux écologistes, ils n¹ont pas manqué de railler l¹inefficacité patente des députés chasseurs...

Asile commun
L¹actualité française le montre encore : la question de l¹harmonisation des procédures d¹asile à l¹échelle européenne est d'une nécessité flagrante. Alors que le centre de Sangatte vient d¹être fermé, le Parlement Européen vient d¹adopter le rapport de Jean Lambert, eurodéputée Verte britannique, épaulée par Alima Boumédiene-Thiery. Ce texte appuie la proposition de la Commission qui vise à définir le statut de réfugié selon les pleins critères de la Convention de Genève de 1951, ainsi que le régime de la protection subsidiaire pour ceux qui ne peuvent prétendre au statut de réfugié. Nos eurodéputées proposent que le statut de réfugié puisse être également demandé par des citoyens européens : l¹exemple récent des Roms de Zamoly (Hongrie, pays candidat à l'adhésion en 2004) venus à Strasbourg demander asile pour persécution, montre que cette préoccupation n¹est superflue...
Contact : Alima Boumédiene-Thiery :
aboumediene@europarl.eu.int
Contact : Jean LAMBERT :
jlambert@europarl.eu.int

Silence, on tue
Cherchez l'absent. Le sommet Europe-Russie se concluait, à la date symbole du 11 novembre, par des accords commerciaux (Bruxelles accorde à Moscou le statut "d'économie de marché" confortant sa candidature à l¹OMC), par un deal énergétique (l¹Union importe 45% de son gaz, 20% de son pétrole, et beaucoup d'uranium de Russie), par une déclaration sur la lutte contre le terrorisme et sur le statut de l¹enclave russe de KaliningradŠ Mais rien sur la question tchétchène, considérée par Poutine - avec le cynisme féroce que l'on sait - comme une "question intérieure"Š ce n'est qu'en conférence de presse finale que le président en exercice de l'Union, Anders Fogh Rasmussen, à osé l'évoquer (le Danemark refusant aussi d¹extrader vers Moscou Akhmed Zakaïev, émissaire du président tchétchène Aslan Maskhadov). Bart Staes, eurodéputé Vert flamand et président de la délégation interparlementaire Union/Russie, a souligné ce "non-dit" de triste augure. Il a critiqué la répression russe en Tchétchènie, qui fabrique du terrorisme par sa violence, au lieu d¹engager un dialogue politique sur la base d'une nouvelle constitution.
Contact : Bart STAES : bstaes@europarl.eu.int



L'Europe vue de Midi Pyrénées

Molécules sous contrôle ?

Votre santé a été doublement évoquée par le Parlement Européen en sa session d'octobre 2002. La directive relative à la mise sur le marché des médicaments humains et vétérinaires, et le règlement régissant l¹Agence Européenne d¹Évaluation des Médicaments (AEEM) ont été votés en première lecture.
Ces débats sont très suivis dans nos régions par ces acteurs de terrain que sont les médecins. Ainsi Jean Doubovetzky, médecin à Albi, se félicite que l¹enregistrement des nouveaux médicaments par l¹Agence européenne plutôt que par les autorités nationales ait été accepté : "C¹est le meilleur moyen pour permettre à tous les citoyens européens d¹avoir accès à des médicaments soumis aux mêmes standards". Didier Claude Rod, eurodéputé Vert, va dans ce sens : "Par ce vote, le Parlement Européen s'oppose à la logique mercantile de la Commission Européenne, dont l'objectif premier est de promouvoir la compétitivité des firmes pharmaceutiques". On peut en effet espérer que cette agence européenne soit moins sous la pression des firmes nationales, et surtout mette fin à la pratique qui consiste à faire enregistrer un médicament dans le pays où l'évaluation est la plus laxistesŠ ce qui lui vaut ensuite homologation systématique ailleurs. Une précaution indispensable en vue du futur élargissement de l'Union.
Carré d¹Europe, s'est déjà inquiété des projets de la Commission sur la publicité des médicaments. Les eurodéputés n¹ont heureusement pas repris cette proposition dictée par les seuls profits du lobby pharmaceutique, mais ont prévu par contre un accès facilité aux données de l¹AEEM : évaluation scientifique d¹un médicament, rapport coût/bénéfices, raisons de son autorisation ou de son rejetŠ"En revanche, la majorité des députés n'ont pas soutenu nos amendements visant à assurer une plus grande indépendance de l'Agence européenne, notamment par la participation des groupes de patients à ses décisions" s'inquiète Didier-Claude.
De plus, la Commission veut toujours supprimer la réévaluation, tous les 5 ans, des médicaments mis sur le marché, évoquant des "lourdeurs administratives"... Cette réévaluation permet pourtant de d'évaluer, avec du recul, le rapport bénéfice/risque des médicaments. ³Ce devrait être aussi l¹occasion de comparer ces médicaments avec les nouvelles molécules afin de déterminer si leur valeur thérapeutique justifie leur maintien sur le marché² précise Jean Doubovetzky. Cette tentative de suppression ne serait-elle pas due au fait que la politique du médicament reste, au niveau de la Commission Européenne, sous l¹égide de la Direction Générale "Entreprise", et non celle de la "Santé et Protection des Consommateurs" ?
Les patients et les médecins, à Albi comme ailleurs, attendent maintenant la deuxième lecture de ces textes, qui risquent fort d'être édulcorés par le Conseil, traditionnellement plus soucieux des intérêts industriels de chacun, que de la santé de tous...
Didier Claude Rod : drod@europarl.eu.int

Fromage ou désert ?

Ayant obtenu des instances européennes une Appellation d'Origine Protégée (AOP) pour sa "feta", la Grèce va désormais pouvoir interdire aux autres États membres d'en fabriquer, ou du moins sous cette appellation commerciale renommée. Pourtant, la Grèce n¹est que le troisième producteur de ce fameux fromage, derrière le Danemark (loin devant) et la France.
Est-on face à une dénomination abusive de la part de nos amis grecs, surtout quand on sait qu'ils importent - notamment d¹Aveyron et du Tarn - une bonne part du lait de brebis dont ils ont besoin pour leur production (dite) locale ?  D'un autre coté, que diraient les producteurs de Roquefort si des Grecs se mettaient à produire, à leur tour, notre célèbre fromage ?  "Rien à voir !" disent les occitans : le savoir-faire de nos producteurs en matière de feta est ancien (plus d'un demi-siècle), et le roquefort est l'archétype du fromage relevant d'une technologie et d'une biologie très localisée, impossible à transférer ailleurs. Ce n'est pas le cas de la feta qui n'est qu'un fromage générique - ce qui n¹enlève rien à sa qualité gustative - produit sur toutes les rives de la Méditerranée, les Turcs et les Libanais, notamment, en font aussi.
L¹Allemagne et le Danemark ont déposé un recours auprès des instances européennes. En France, c¹est l¹interprofession de Roquefort, qui va porter l¹affaire devant le Tribunal de Première Instance européen. Selon la nouvelle réglementation, les producteurs des États membres qui fabriquent de la feta en dehors de la Grèce ont maintenant 5 ans pour modifier leur dénominationŠ ou pour arrêter leur production. Le coup est rude pour une région à l'économie rurale fragile, marquée par la multiplicité de petits éleveurs souvent modestes. Dans nos causses, la rudesse de la terre ne permet pas de cultiver n'importe quoi, et la brebis est bien souvent la seule richesse possible. Notre feta régionale représente bien plus qu'une production de complément : c'est un débouché indispensable à la filière ovine locale, alors que la seule fabrication de fromage de roquefort n'a pas les moyens d'absorber un surcroît de lait.
Seul vrai espoir, celui que le mot "feta" puisse être utilisé librement, mais que les Grecs aient la possibilité de préciser "Véritable feta grecque" ou "du Péloponnèse", par exemple. À quand une "Feta du Larzac" sur les étals des fromagers ?

Touche pas aux Intouchables !

L'apartheid existe toujours, et à grande échelle. En Inde, dans le système des castes, les Dalits sont les personnes "hors castes". Autant dire "rien". Quiconque a fait un voyage dans ce pays, n¹a pu être indifférent au sort de ces populations maintenues dans une misère atroce qui défie l'imagination.
Représentant près de 170 millions d¹habitants - l'équivalent de la moitié des habitants  de l'Union Européenne ! - ils ont choisi de porter le nom de Dalit ("opprimé" en langue marathi). On les dit "intouchables", au motif qu¹ils seraient nés "impurs". En fait, on peut les toucher pour les frapper, les violer, les tuer en quasi impunité... Ce sujet est soigneusement gommé lors des échanges bilatéraux entre l'Union et L'Inde, et le Commissaire en charge des droits de l'Homme reste étonnamment apathique face à la discrimination socioéconomique et culturelle, l'esclavagisme, et les interdits ou violences de toutes sortes qui frappent les Dalits. Il faut dire qu'officiellement la constitution indienne a aboli les castesŠ
Depuis des années, Frères des Hommes, France Libertés et l¹Association pour le Développement Économique Régional (ADER) soutiennent des actions en Inde afin de lutter contre ces discriminations. Rejointes par le Comité Catholique Contre la Faim, Amnesty International, Peuples Solidaires, Justice et Paix, ainsi que Solidarité, elles ont formé le "Collectif Dalit" qui relaie, en France, le travail des organisations Dalits de par le monde.
À l¹invitation de Jean-Louis Batto, Président de l¹association tarnaise Solidarité, Gérard Onesta a rencontré les animateurs de ce collectif lors de leur réunion nationale à Gaillac, réunion prolongée d¹une exposition photographique consacrée aux Dalits. Le collectif a ainsi pu présenter ces recommandations à L¹Union Européenne afin qu¹elle mette enfin en place une véritable politique de lutte contre les discriminations de caste. Un document en ce sens a été envoyé à tous les députés européens. Pour populariser cette lutte, Gérard a suggéré que le collectif soit candidat au prestigieux prix Sakharov, par lequel le Parlement Européen récompense annuellement un individu ou une association défendant les droits humains.
"Le collectif a le profil parfait pour l¹obtention de ce prix. Et il peut compter sur moi pour lui trouver des soutiens dans l'hémicycle" s¹est engagé Gérard.
Association Solidarité
Jean-Louis Batto, Sébastien Saugues
52, rue du Château du roi - BP 52, 81602 Gaillac Cedex
Tél : 05 63 41 01 14 - Fax : 05 63 57 60 05
contact@solidarite.asso.fr

Pour toutes informations sur l¹exposition "Être Dalit, souffrance et lutte des parias en Inde", accompagnée d¹une vidéo et d¹un dossier pédagogique : Thomas COLMANT, Tél : 02 47 20 94 88 ed@France.fdh.org
Gérard Onesta : gonesta@europarl.eu.int

Toulouse contre la "Françafrique"

Quoiqu'il en dise, chaque pays européen considère ses anciennes colonies comme une chasse gardée, où personne n'est autorisé à mettre son nez politique. Les relations franco-africaines restent donc troubles, car la "coopération au développement" agit encore commeun instrument de domination. Ce néo-colonialisme, générateur de corruption, contribue à accroître l¹endettement, et maintient commodément - sous couvert de bons sentiments - une Afrique sous-développée en situation de vassal.
Consciente de ces dérives, l¹association Fraternité Franco-Africaine a vu le jour à Toulouse, et suscite le débat sur d'autres formes de coopération et de développement, et d'autres rapports à l'immigration. Martine Boudet-Ekue, sa présidente, précise que "l¹association s¹est donnée trois objectifs : cultiver le devoir de mémoire, promouvoir le dialogue des cultures du Nord et du Sud, militer pour la réforme de la coopération franco africaine".
L¹association organise tous les ans des assises qui réunissent citoyens, partis de gauche et associations européennes et africaines, pour analyser et modifier nos relations envers le continent noir. Les dernières assises, en mai dernier, avaient pour thème "L¹esclavage, crime contre l¹Humanité : quelles réparations ?".
La motion de clôture demandait que "les relations franco-africaines soient soumises au contrôle du Parlement et accessibles aux médias de manière à ce que soit mis un terme aux agissements de la mafia militaro-financière françafricaine qui mine les pays du Sud et corrompt la République". Elle demandait aussi "la négociation auprès de l¹Union Européenne et de la communauté internationale d¹un fonds d¹aide à la reconstruction et au développement en Afrique et aux Antilles. Ce fonds pourra être issu, par exemple, de la taxation des transactions financières internationales". Faut-il rappeler que l'actuel Fonds Européen pour le Développement est curieusement maintenu en dehors de la procédure budgétaire de l'Union, et que le Parlement Européen n'est pas associé à la définition de ces recettes ?
Pour en savoir plus, ne manquez pas la 7ème édition de ces assises, au printemps 2003.
Martine Boudet-Ekue,
Tél -Fax : 05 62 14 45 29
billard.jean-ba@wanadoo.fr
Fraternité franco-africaine,
c/o CIDES,
1, rue Joutx Aigues,
31000 Toulouse

L'Europe vue d'Aquitaine

De Bruxelles au Blayais, réaction en chaîne

Une fois de plus, une fois de trop. La centrale nucléaire du Blayais est encore montrée du doigt, parmi onze autres centrales françaises, pour les problèmes de sécurité qui s¹y posent.
C¹est en visitant le site internet de l¹Autorité de Sûreté Nucléaire, que des responsables du réseau "Sortir du Nucléaire" ont trouvé des informations concernant la déficience des systèmes de sécurité. Infos très inquiétantes, mais noyées parmi une foule de données anodines. Ainsi, par exemple, en cas de séisme, une erreur de conception pourrait rendre inopérants les systèmes de sécurité de cette centrale, et affecter alors les systèmes de refroidissement des réacteurs (!)
Déjà, l¹ouragan de décembre 1999 a partiellement inondé la centrale et coupé momentanément ses moyens de communications. L¹enquête parlementaire, demandée par les députés Verts d¹alors, a mis en exergue de nombreux dysfonctionnements. Dernièrement, le rapport de la CRIIRAD a révélé de grosses lacunes sur les mesures des rejets dans la nature de deux polluants radioactifs majeurs (le Carbone 14 et le Tritium). Les Verts aquitains considèrent que le seuil d'alerte est plus que dépassé, et demandent que "dans les plus brefs délais soit lancée une étude indépendante impartiale et graduée sur les conséquences d¹un incident, notamment sismique, à la centrale du Blayais, en terme d¹impact sur les populations environnantes".
Les nouvelles venant de Bruxelles ne sont guère plus réjouissantes. Loyola de Palacio, Commissaire européenne en charge de l¹énergie, a présenté en octobre au Parlement Européen son "Paquet nucléaire", largement dicté par le lobby de l¹atome, qui perpétue le silence, le déni de démocratie et les périlleuses impasses qui caractérisent cette filière. L¹élargissement, en 2004, va pourtant faire entrer dans l¹Union huit réacteurs de l¹ex-URSS, dont certains particulièrement dangereux et vétustes. Alors même qu'après la Suède, l'Autriche, l'Italie et l¹Allemagne, la Belgique a décidé, début décembre, à son tour d¹abandonner progressivement ce mode de production d'énergie, la Commissaire en reste à une politique de replâtrage du parc nucléaire existant. Cette remise aux normes des centrales de l'Est, n'est pas dictée que par le seul souci de sécurité, elle passera aussi par le développement de nouveaux procédés nucléaires, engloutissant de copieux budgets (90 millions d'euros annoncés pour une première enveloppe), alors que les sommes allouées pour le développement des énergies renouvelables sont toujours aussi dérisoire.
Sur la question du retraitement, la Commission considère comme acquis le principe de l¹enfouissement des déchets. Paul Lannoye, eurodéputé Vert belge s'est insurgé dans l'hémicycle : "la Commission fait croire qu'il est possible de gérer les déchets, alors qu'il n'y a actuellement aucune vraie solution". Face à une telle prévisible impasse technique, et rejetée par la population de l'Union, Paul soupçonne la Commission d'envisager un jour l¹exportation de tels déchets vers la Russie...
Quant à la démocratie et l'atome, ils semblent toujours aussi peu compatibles. Le cadre de cette nouvelle politique nucléaire de l¹Union restera celui, particulièrement opaque, du traité Euratom. Ainsi, précise Marie-Anne Isler, eurodéputée Verte, "sur cette question du nucléaire, si alarmante pour les citoyens de l'Union, leurs représentants élus au Parlement Européen ne seront toujours consultés que pour simple avis..."
À l'opacité européenne, répond l¹aveuglement français.

Contact
Réseau Sortir du Nucléaire
Tél : 04 78 28 29 22 - Fax : 04 72 07 70 04
www.sortirdunucleaire.org
Paul Lannoye :
plannoye@europarl.eu.int

Le jour où la PAC s'est figée

L'été dernier, Franz Fischler, Commissaire européen chargé de l¹Agriculture, faisait des propositions pour une révision de la Politique Agricole Commune (PAC). Elles comportent des aspects positifs indéniables, surtout en liant les aides directes à des critères de qualité, à l'emploi, au respect de l'environnement, à la traçabilité des produits... Mais ce projet n'est pas abouti en termes économiques. Danielle Auroi, eurodéputée Verte française, spécialiste des questions rurales, craint les concurrences déloyales : "on ne peut pas d'un côté demander aux agriculteurs d'avoir des produits de meilleure qualité, donc plus chers, et ne pas exiger les mêmes garanties de la part des denrées importées à vil prix, car produites parfois de façons sociale et écologique indécentes ".
La réforme proposée par la Commission, pourtant largement validée cet automne par le Parlement Européen, a fait long feu en passant devant le Conseil Européen. Jacques Chirac - éternel gardien des intérêts de l'agriculture intensive, aussi polluante que subventionnée - a tout bloqué. Alors que la Ministre Verte de l'agriculture allemande, Renate Kuenast, plaidait pour une remise à plat du système dès 2003, les règles du jeu de la PAC se retrouvent figées jusqu'en 2006, et les budgets bouclés jusqu¹en 2013. Il aurait pourtant été judicieux de réformer en profondeur avant l¹élargissement de l'Union, car comment dégager ensuite un consensus avec 25 pays autour de la table ? Le débat sur la PAC, (plus de 40 % du budget communautaire !), n'est-il pas tout simplement pris en otage par les nouvelles négociations en vue à l¹OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce ?
Carré d¹Europe a rencontré Jean-Pierre Leroy, porte-parole de la Confédération Paysanne d¹Aquitaine et ancien secrétaire national. Il nous a donné son sentiment.
Quels reproches faites-vous aux propositions de la Commission ?
Nous leur reprochons de n¹être qu¹une mise en conformité avec la volonté mercantile de l¹OMC. C¹est donc une PAC libérale qui nous est proposée, "compétitiviste" dans le sens de la recherche de marchés internationaux, sans s¹occuper des dynamiques territoriales et de la vie sociale des paysans. Pour les faire accepter par les citoyens, le Commissaire les a habillées de quelques "guirlandes vertes".
En quoi est-ce une PAC libérale ?
Il s¹agit de découpler les aides de la production. Cela va démanteler les organisations communes de marché qui, même si elle ne sont pas parfaites, permettent une régulation minimale. Les agriculteurs iront donc vers des productions de manière spéculatives et rentables à un moment donné. Il y aura des coups de balancier dans tous les sens : des pics de production qui entraîneront une baisse des cours, puis le repli sur une autre production, et ainsi de suite. Et à chaque crise, ce seront des pans entiers de la paysannerie qui disparaîtront.
Comment faire une bonne réforme de la PAC ?
Il faudrait remettre en phase la production avec les coûts de revient, en instaurant des prix différenciés en fonction des volumes produits par exploitation, pour favoriser les petits producteurs. Il faut également remettre en cause la monoculture pour passer à une agriculture d¹assolement, en réutilisant des céréales à paille par exemple, pour réduire la consommation d¹eau. Il faut aussi penser au renouvellement des paysans, terriblement déficitaire en ce moment. Moins il y de paysans, plus les exploitations grossissent, et l¹on se dirige alors inexorablement vers une agriculture européenne hyper-industrialisée. Un territoire productif mais désertifié n¹est pas un signe d¹équilibre social dans une région. Enfin, l¹élargissement de l'Union à l¹Est ne doit pas tuer la petite agriculture très présente dans les pays entrants. C¹est un enjeu important pour la PAC dans les années à venir, car à 25 pays, le risque de la victoire d¹une agriculture "capitalistique" est toujours plus grand. J¹étais en Pologne, il y a quelques temps. L¹agriculture vit encore sur des marchés locaux, et est la trame du tissu social. Elle risque, dans le cadre de la future PAC, d'être broyée par le marché et la finance...

Contact
Jean-Pierre Leroy
Tèl : 05 57 58 22 17
Fax : 05 57 58 21 74
Jp.leroy.paysan@wanadoo.fr
Danielle Auroi :
dauroi@europarl.eu.int

L'A380 dans un trou d'air

L¹A380 doit prendre son envol en 2006. Du moins en principe, car pour l'instant, seule l¹immense structure métallique du hangar de montage est vraiment sortie de terre...
 Petit retour en arrière. L¹A380 est un avion gros-porteur dont les pièces seront fabriquées aux quatre coins d¹Europe. Elles arriveront en bateau à Bordeaux et seront ensuite chargées sur d¹immenses camions qui emprunteront la "Route Airbus" spécialement construite à cet effet (et payée, en bonne part, par le contribuable). Une loi d¹urgence a même été votée à l¹Assemblée Nationale par une dizaine de députés, un petit matin, pour valider cette infrastructure routière, et "l'urgence" a fort à propos empêché la tenue de l'indispensable débat sur son utilité publique.
De nombreux nuages s'amoncellent pourtant au-dessus de l¹A380Š Ainsi, une clause permettrait aux compagnies qui ont fait des commandes dites "fermes" de se désister jusqu¹à un an avant la date de livraison. De plus, pour obtenir ces clients, EADS brade ses avions, ce qui étrangle ses fournisseurs à qui sont imposés des rabais du même ordre, compromettant, par là même, les emplois induits annoncés. Autre élément inquiétant : la crise aéronautique internationale bloquerait toute nouvelle commande pendant encore au moins 18 mois. Par ailleurs la concurrence de l¹A340-600, moins gros mais aussi moins cher - et déjà, lui, en fonctionnement - risque même de cannibaliser le marché de son grand frère A380 ! Quant à la version militaire de l¹A380, l¹A400M, elle a du plomb dans l¹aile avec le désengagement de l¹Italie et de l¹AllemagneŠ Airbus, nous dit-on, a les reins solides. Oui, mais jusqu'où ?
la faillite de United Airlines, une des principales compagnies mondiale, vient de rayer de son carnet de commandes 42 moyens porteurs A320 pour un montant de 2 milliards d'euros.
Reste l'Europe, qui n'est guère plus tendre avec son consortium aéronautique chéri : Carré d¹Europe avait déjà annoncé que les nouvelles directives européennes sur le bruit, pouvait aussi contrarier les plans du gros-porteur. Plus "piquant" encore, c'est aussi l'Union, en protégeant le biotope d'un minuscule insecte rare et biologiquement précieux, le "pique-prune", qui bloque le tracé de la route du géant ailé...

Contact
Les Verts Aquitaine
13 rue du Chai-des-Farines, 33000 Bordeaux
Tél : 05 56 22 54 80

NATURA, 10 ans déjà !

La directive européenne "Habitat" a permis le lancement du programme Natura 2000 qui vise à la préservation concrète des espaces naturels. La lâche réticence de certains États, face aux pressions des lobbies des chasseurs et autres promoteurs, rend pourtant difficile la mise en place de ce programme, notamment en Aquitaine (
Lire Carré d'Europe 10)où sont détaillées vérités et contre-vérités sur Natura 2000).
À l¹occasion du dixième anniversaire de Natura 2000, un colloque a été organisé par le groupe des Verts au Parlement Européen, le 12 décembre dernier, à Bruxelles. Pour Marie-Anne Isler et de nombreux eurodéputés en charge, comme elle, des questions d'environnement au Parlement, ce fut l¹occasion, à partir d¹exemples précis, d¹un échange entre des acteurs de terrains venus de plus de 20 pays de l¹Europe élargie, et des décideurs de la Commission Européenne. Tous ont mis en avant l¹importance environnementale de la directive, mais aussi sa plus-value en termes de politique économique, de développement régional et d¹aménagement du territoire.
Le succès de ce colloque a ainsi permis de relancer un débat sur l'importance de la politique de protection de la nature menée au niveau européen, son financement, et son intégration dans les politiques structurelles de l'Union, telles que le transport, l¹agriculture, l¹énergie...

Pour se procurer le compte-rendu du colloque
contactez : Marie-Anne Isler-Begin
maislerbegin@europarl.eu.int