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Sommaire

Edito
Pour qu'une autre Europe soit possible

Per qu'una Euròpa autra siá possibla
Europa herstura iturri

L'Europe vue de l'Hémicycle
CONCURRENCE La créature de Bolkestein
ECONOMIE Renouer le "Paquet fado"
COOPERATION Nés d'une même mer
EUROJARGON Les Perspectives Financières
BREVES Vrac d'Europe


L'Europe vue des régions

L'Europe vue de la Côte Vermeille
LITTORAL
Au nord, c'était les coraux…
L'Europe vue du Vallespir
ENERGIE
Ligne de front
Linha de front
L'Europe vue d' Ariège
AGRICULTURE
Faites de bio rêves
L'Europe vue de Bigorre
FAUNE
Ours cours !
L'Europe vue de Roncevaux
TRANSPORTS
Mobilité : l’overdose
Mugida : neurri ero
L'Europe vue d' Ipar Euskadi
INSTITUTIONS
Europe : l'éprouvette basque









OBSCUR.

Face à une opinion publique européenne incrédule, des sondages annoncent, chez nous, la victoire du Non.
Il est "savoureux" de constater que ces mêmes enquêtes montrent qu'une majorité de français espère,
cependant, la victoire du …Oui (!). C'est dire, peut-être, la gueule de bois politique que certains fins tacticiens se préparent…

CLAIR.
Le 12 janvier 2005, par 500 voix pour, 137 voix contre et 40 abstentions,le Parlement européen a appelé tous les citoyens a approuver la première Constitution continentale.

SOURIRE.
Édito à lire en écoutant "Hello, Goodbye" des Beatles : "You say Yes, I say No …You say Stop, but I Say Go, Go, Go...I Say High, You Say Low… You Say Why, and I Say I Don't Know..."




























































































































































































































































"L'écologie
est le futur
de l'économie"

























































































































































































































































































































De l'or sous haute protection (théorique)
Le corail rouge devrait bénéficier de la protection de trois réglementations internationales transposées en droit français :
- La convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe (Convention de Berne de 1979).
- La Directive européenne sur la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (Directive "Habitats" de 1992).
    - Le Protocole relatif aux aires spécialement protégées et à la diversité biologique en Méditerranée, dans le cadre de la Convention sur la protection de la Méditerranée contre la pollution (Convention de Barcelone de 1976, revue en 1995).


































































































































































































"En Allemagne,
80 % des aliments
pour bébés sont bio."


Une image qu'on aimerait voir plus souvent…
Dans la jungle des "labels de qualité", l'Union a mis en place un label "bio" pour aider le consommateur à serepérer. Le connaissiez-vous ?
Certainement pas, hélas…














































































Nécrologie
XIXème siècle : à cause de la chasse, l'ours disparaît des Vosges, des Alpes et du Jura.
1920 : il reste 200 ours dans les Pyrénées.
1961 : interdiction de sa chasse.
1992 : directive européenne "Habitats" (protection des espaces et des espèces).
2001, 2002, 2003 et 2004 : la France est poursuivie en Justice pour irrespect de cette directive.
1er novembre 2004 : Cannelle, dernière femelle de souche pyrénéenne est abattue.




Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen



Carré d'Europe N°19 – Printemps 2005



Edito

Pour qu'une autre Europe soit possible
L'Europe, telle qu'elle existe, est anxiogène.
L'omniprésence de l'économie, la faiblesse des régulations démocratiques, environnementales et sociales, la complexité et l'opacité des rouages - à juste titre - inquiètent… Refonder l'Union est donc une urgence. Le débat constitutionnel en cours devrait servir à cela, s'il ne s’envasait dans la caricature, l'amalgame ou l'instrumentalisation politicienne. Car comment espérer changer l'Europe, si l'on traite de vraies interrogations par la simple agitation de peurs, même fondées ?
S'il est crucial de critiquer - aux côtés des Verts - les OGM, l'OTAN, l'OMC et autres Bolkestein, est-il cohérent d'en rester là ? Peut-on refuser de se doter de réels moyens institutionnels pour combattre ENFIN ces infamies qui s'épanouissent à l'ombre de l'actuel Traité de Nice dont la pérennité semble, selon certains sondages, acquise ? Le "Non de droite" se régale d'avance : car il ne s'agirait pas simplement de jeter les idéaux européens avec l'eau du bain libéral : si l'on jetait le bébé, on garderait l'eau sale ! Et où trouver ensuite L'UNANIMITÉ requise pour modifier cette dévastation libérale dans un Conseil européen - dès lors seul décideur - et dont on sait les penchants coupables ?
À quoi sert-il de clamer qu'une autre Europe est possible, si l'on s'interdit d'en favoriser l'avènement ? Dans une cacophonie où seul le simplisme semble audible, il est - paraît-il - du dernier chic que de se dire "résistant" (sic) à la Constitution européenne. Drôle de "résistance" qui entend combattre un productivisme surpuissant, en refusant de "parachuter des armes au maquis" !
Anti-sociale cette Constitution ? Alors pourquoi, désavouant (certains) syndicats français, la Confédération Européenne des Syndicats, représentant 60 millions de travailleurs dans l'Union, affirme-t-elle le contraire ? Gravée dans le marbre ? Alors pourquoi le Parlement européen (se saisissant du marteau et du burin ?) a-t-il annoncé - à mon initiative et par un vote massif - qu'il allait se servir de son droit - nouveau - d'amendement que lui confèrerait cette Constitution, pour en proposer aussitôt des améliorations ?
Au-delà de ces évidences, la faiblesse structurelle du "Non" réside dans son incapacité à expliciter - on voit pourquoi - les suites de sa possible victoire. Le vide des perspectives du lendemain n'aurait-il d'égal que le confort de la veille ? Du coup, on porte vite le débat ailleurs, quitte à plomber le futur en l'indexant, par exemple, sur le cours miteux du "Raffarin"…
À l'heure où j'écris ces lignes, une seule certitude : le 30 mai, tous les anti-libéraux pro-européens sont condamnés à se retrouver. Car quelle que soit l'issue du référendum, l'avenir de notre continent restera à inventer. L'Europe de la Solidarité, de la Justice et de la Paix sera un dur combat. Je plaide juste aujourd'hui pour que celui-ci ne se déroule pas à main nue…
La Constitution est un outil. Essentiel.

Per qu'una Euròpa autra siá possibla.

L¹Euròpa , tala coma existís, es ansiogèna.
L¹omnipreséncia de l¹economia, la flaquesa de las regulacions democraticas, environamentalas e socialas, la complexitat e l¹opacitat dels rodatges, coma de just, inquietan. Refondar l¹Union, es, adoncas, una urgéncia. Lo debat constitucional a se debanar ara deuriá servir a n¹aquò, se, pasmens, s¹enfangava pas dins la caricatura, l¹amalgama e l¹instrumentalisacion politiciana. Per çò que, cossí esperar cambiar Euròpa se l¹òm tracta las interrogacions vertadièras per la simpla remolinada de las paurs, emai quand aquestas son fondadas ?
S¹es crucial de criticar -de còtria los verds- los OGM, l¹OTAN, l¹OMC e autre Sénher Bolquestein, òm se pòt demandar s¹es coërent de ne demorar aquí ? Qual sap se se poriá refusar de se dotar d¹unes reals mejans institucionals per combatre, a la fin finala, aquestas infamias que s¹espompissan a l¹ombra de l¹actual Tractat de Niça ? Tractat que sa perennitat semblariá, segon d¹unes sondatges, acquesida. Lo « Non de drecha » s¹aregala de per avança : estant que se trachariá pas simplament de getar los ideals europèus amb l¹aiga del banh liberal : se getavem lo nenon, servariem l¹aiga lorda ! E onte trapar, puèi, l¹UNANIMITAT requesida per modificar aquesta devastacion liberala dins un Conselh europèu -tre¹s¹alara sol decideire- que ne coneissem las inclinacions colpablas ?
A de que servís de clamar qu¹una Euròpa autra es possibla se l¹òm s¹enebís d¹en favorisar l¹aveniment ? Dins un bescant ont sol lo simplisme sembla ausible, aquò¹s¹es, çò que pareis, de la mòda darrièra de se dire « resistent » (sic) a la Constitucion europèa. Curiosa « resisténcia » que ditz voler combatre un productivisme subrepoderós, tot refusant de « paracasudar d¹armas dins lo maquís » !
Anti-sociala aquesta Constitucion ? Mas alara perqué, desavoant d¹unes sindicats franceses, la Confederacion europèu dels sindicats, representant 60 milions de trabalhadors dins l¹Union, afortís lo contrari ? Gravada dins lo marme ? Alavetz, perqué lo Parlament europèu (s¹emponhant lo martèl e lo cisèl ?) auriá anonciat -de mon iniciativa e per un vòte massiu- que se serviriá del drech novèl d¹esmendament que li conferariá aquesta Constitucion per ne prepausar còpsec d¹amelioracions ?
Al delà de las evidéncias, la flaquesa estructurala del « Non » residís dins son incapacitat a explicitar -vesem cossí- las seguidas de la seu possibla escasuda. Lo voide de las perspectivas del lendeman poriá aver d¹egal pas que lo confòrt de la velha ? Atanben, se pòrta lèu lo debat endacòm mai, quiti a plombar l¹avenidor en l¹indexant, per exemple, sul cors miserós del « Raffarin ».
Al moment ont escrivi aquestas regas, una soleta certesa : lo 30 de mai de 2005, totes los anti-liberals pro-europèus son condemnats a se tornar trapar. Estant que, quina que siague l¹eissida del referendum, l¹avenidor de nòstre continent demorarà d¹inventar. L¹Euròpa de la solidaritat, de la justícia e de la patz serà un combat rufe. Fau pas d¹uèi que plaidejar per qu¹aqueste se debane pas a mans nusas.
La Constitucion es un aplech. Caporal.
Gerard Onèsta.
Revirat en lenga nòstra per Sèrgi Viaule

Europa herstura iturri
Ekonomiaren nagusitasunak, ahal ttipiko demokraziak, ingurumen eta sozial erregulazio ahal eskasiek eta berdin hainbeste errota korapilotsu eta ez hain argiek, zuzen den bezala, arranguratzen dute. Europaren berreraikitzea laster egin beharra dago. Orain dugun konstituzio debateak hortarako balio behar luke, ez bada bederen erori nahi trufazko bidetarat, nahaskeri eta politikakerietarat. Zeren, nola amestu Europa aldatu behar dela, egiazko galderak gai hortan beldurrak harrotuz tratatzen balinbadira, hauk zenbat nahi egiazkoak izanik ere ?
Behar gorrizkoa bada ere, BERDE kin batera – OGM, OTAN, OMC eta beste Bolkeistenkeriak kritikatzea - zuzen ote da hortan bakarrik gelditzea ? Nolaz errefusa diteke egiazko instituzio ahalen ukaitea Nizako Tratatuen itzalean loratzen ari diren itsuskeria hoien kontra.joaiteko azkenean !
Eskuineko EZA jadanik pozten da aintzinerat. Zeren ez liteke aski bakarrik europar idealak mainuko ur liberalekin botatzea : haurra ere botako balitz, ur zikina atxikiz ? Eta nun kausi ondotik behar den Denen Baimena liberal trakeskeria horren aldatzeko Europar Kontseiluan – hau orduan bakarrik dela erabakitzaile – eta dakigularik norat doatzin honen xede hobendunak.
Zertarako balio du beste Europa bat ahal dela oihukatzea, honen obratzen laguntzea debekatzen bada ? Hainbesteko oihu nahasien artean bakarrik entzuten ahal dela xinplekeria hau, baiziketa Europako Konstituzioaren «  borrokatzea » ( sic) dela azken denbora hautako molde hoberenetarik.
« Borroka » irringarria zinez, neurriz gaineko proktibismo bat borrokatu nahi duena, bainan hortarako behar diren « harmak airetik lurreratzen ez utziz » !
Konstituzio hau sozialaren kontrakoa dela ? Zendako beraz ordea, frantses sindikalista batzu ez entzunez, Sindikatuen Europako Konfederazioak bere 60 miliun sindikalistekin aurkakoa dio ? Betikorako dela Konstituzio hori ? Zendako bada orduan Europar Parlamentuak ( marteilu eta xixel eskutan ?) jakinarazi ote du – nik eskaturik eta bozka nasai batean - gauzak hobetzeko bere eskubide berriaz baliatuko zela ?
Hain argi diren pondu hauetaz haratago, «  EZ » en baitako ahultasunak ez du hanbat ahalik argitzeko – eta ikusten da zendako- zoin izan diteken bere bitoriaren jarraipena.Biharamuneko perspektibak edo ikusmirak bezperakoak bezain hutsak direlakotz ? Ondorioz debatea beste norapait eremaiten dela, biharko hori berdin lotuz, adibidez, « Raffarin-en garai » hits honi....
Lerro hauk idazten ditudan denboran, segurtamen bakar bat dut : Maiatzaren 30 an, Europaren aldeko antiliberal guziak bortxatuak izanen garela elkartzerat. Zeren edozoin izan dadin erreferendumaren emaitza, gure kontinentearen etorkizuna beti asmatzekoa izanen da : Alkartasunaren Europa, zuzentasunarena eta Bakearena borroka gogor bat izanen da.
Gerard Onesta.
Artikulua, Beñat Oteiza-k



L'Europe vue de l'Hémicycle

La créature de Bolkestein
CONCURRENCE
L'ex-Commissaire en charge du "Marché intérieur", Fritz Bolkestein, n'a pas seulement empoisonné de ses initiatives toute la mandature européenne précédente. Avant son départ il a également "mis dans les tuyaux" un nouveau texte qui devait être le couronnement de son œuvre ultra libérale : le projet de "Directive Services". Comme l'explique Jean-Luc Bennahmias, député Vert siégeant à la commission sociale, le sujet inquiète d'abord par son ampleur : "Sont concernés, pêle-mêle, les services publics, les services sociaux, les professions juridiques, la sécurité sociale, la santé publique, l'audiovisuel, la gestion des droits d'auteur, les armes, le traitement des eaux, la recherche, l'éducation, la formation, le travail intérimaire, les services postaux, énergétiques, de sécurité, de surveillance aérienne, etc". La Commission a justifié son texte au nom de la "fluidité" du marché communautaire, et de la "liberté d'établissement".
Pour les Verts, comme pour tous les acteurs sociaux, la clause dite "du pays d'origine" cristallise les craintes, car elle prévoit que le droit applicable à la fourniture d'un service soit celui du pays d'origine de son prestataire. Celui-ci ne serait donc plus soumis aux dispositions du pays de destination - où il pourra pourtant aller travailler - mais à celles du pays où il aura simplement établi son siège social. Pour Jean-Luc, "ce principe est dangereux, puisqu'il va favoriser - contre tous les efforts d'harmonisation entrepris - le dumping social et fiscal". Les pays aux normes laxistes deviendraient, en effet, les bases arrière d'une logique de démantèlement général de droits, les autres États alignant leurs protections vers le bas, afin de tenter de sauver leurs emplois dès lors précarisés…
Pierre Jonckheer, eurodéputé Vert belge en charge des affaires économiques s'insurge : "la proposition de la Commission est avant tout idéologique et ne repose sur aucune étude d'impact juridique ou économique sérieuse, et l'argument estimant que la libéralisation de ce secteur engendrerait croissance et emploi n'est pas fondé." Outre la casse sociale annoncée, ce projet contredit non seulement des pans entiers du droit communautaire, mais de plus, si les services représentent bien 70 % du PNB de l'Union, ils ne pèsent que 20 % des exportations entre États membres, et correspondent donc à des besoins locaux qui n'ont nul besoin de franchir les frontières.
Dès le premier vote sur le programme législatif de la Commission Barroso, en février dernier, le verdict Vert est tombé : demande de retrait immédiat de la Directive Services, et mise en chantier - à la place - d'une directive cadre pour définir et promouvoir les services d'intérêt général. À noter : le groupe Vert/ALE fut le seul à déposer des amendements en ce sens… Concernant une future réglementation des services dans le marché intérieur, les eurodéputés écologistes demandent que son champ d'application soit très limité, et qu'elle soit basée sur l'harmonisation législative dans le cadre des standards sociaux et environnementaux les plus élevés. Dans cette attente, les règles du "pays d'accueil" devront strictement s'appliquer.
La mobilisation politique et sociale - couplée au risque d'une confusion entre le débat sur Bolkestein et celui sur le Traité constitutionnel - a entraîné d'abord un double langage du Conseil (où des pays tels France et Allemagne ont promu puis attaqué la directive), puis un recul de la Commission. Le nouveau Commissaire Charlie McCreevy a d'abord concédé que "la santé et les services financés publiquement seraient exclus du champ d'application", puis que "la notion de "pays d'origine" devra répondre aux exigences sociales et réglementaires du pays d'accueil", et, finalement, c'est tout le texte qui a été envoyé à la refonte. Mais la méfiance doit être de mise : Pierre Jonckheer a dénoncé le manque de cohérence de la Commission qui "juge sa copie mauvaise, mais la maintient". Une directive "Services" reviendra, sous une forme encore à déterminer, et le marathon législatif s'annonce mouvementé…
Jean-Luc : jlbennahmias@europarl.eu.int
Pierre : pjonckheer@europarl.eu.int
"Couteau suisse" anti-Bolkestein ?
C'est grâce à l'absence de contraintes de l'actuel traité de Nice que les libéraux ont pu lancer toute leur œuvre de destruction sociale (services publics en tête). Bolkestein savait qu'il fallait accélérer les choses pour tout boucler sous "régime niçois"… car la mise en œuvre de la Constitution européenne pourrait faire obstacle à sa vision de la Directive Services.
Parmi les nouveaux outils constitutionnels concrets de lutte contre sa logique libérale, citons :
- La création d'une base juridique donnant - pour la première fois - le pouvoir au Parlement européen de mettre en œuvre une directive cadre sur les services d'intérêt général afin de les protéger ou, mieux, de les promouvoir ;
- Le pouvoir de codécision budgétaire octroyé au Parlement sur la totalité des dépenses de l'Union (et non, comme actuellement, sur un quart d'entre elles), pour impulser ou bloquer les politiques ;
- Le pouvoir de "contrôle en subsidiarité" donné aux Parlements nationaux pour mieux protéger leurs modèles spécifiques ;
- Le pouvoir constitutionnel direct de proposition législative donné aux citoyens à travers la procédure de pétition à la Commission ;
- L'ajout de nouvelles notions antiproductivistes et sociales dans les objectifs et valeurs de l'Union, qui, si elles ne remplacent pas encore le dogme libéral, donnent enfin une base politique et juridique pour commencer à le combattre sérieusement ;
- Le doublement du champ de codécision législatif donné au Parlement européen, notamment sur des pans entiers de mise en œuvre des politiques économiques et commerciales ;
- La transparence imposée aux travaux du Conseil lors de ses débats législatifs, pour que les prises de décisions ne se fassent plus dans l'opacité et le double langage du huis clos.
- La désignation du Président de la Commission européenne - et, partant, de la Commission elle même - par le Parlement Européen sur la base de la majorité issue du vote des citoyens aux élections européennes, et non plus au bon vouloir de la cooptation entre chefs d'États.



Nés d'une même mer
COOPERATION
L'est l'histoire d'un dialogue hésitant mais essentiel. Lancé le 28 novembre 1995 à Barcelone, le rapprochement politique entre les deux rives de la Méditerranée rappelle un peu les débuts de la Communauté européenne : même priorité aux échanges économiques, mêmes déclarations de pure forme sur la Démocratie, et même balbutiements institutionnels et financiers…
Ce processus vise les relations entre l'Union et la plupart des pays de la "Mare Nostrum" : Algérie, Tunisie, Maroc, Égypte, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie, et, pour une fois côte à côte et sur pied d'égalité …Israël et Territoires palestiniens. La Libye qui a tourné la page du terrorisme devrait bientôt les rejoindre. Le programme MEDA (plus de 5 milliards d'euros pour 2000-2006) est l'instrument financier qui aide à la transition économique et politique de ces pays. Ces sommes, longtemps peu ou mal utilisées, sont désormais investies sur des projets mieux suivis, et abondées par des prêts de la BEI.
Comme les Européens l'avaient fait au sortir de la guerre mondiale, le pari est d'assurer la paix et la prospérité de la région par l'interconnexion des économies. Ce lien n'est aujourd'hui qu'un faisceau d'accords de partenariats rayonnant depuis l'Europe vers chacun de ces États, mais à terme une zone de libre échange multilatérale doit être établie. Coté institutionnel, même symétrie avec l'histoire de l'Union, puisqu'un pas vient d'être franchi en transformant le vague "Forum parlementaire" en une véritable Assemblée Parlementaire Euro Méditerranéenne (APEM). Dotée de 240 membres, dont 45 eurodéputés, l'APEM s'est réunie au Caire en mars dernier en présence d'Hélène Flautre, eurodéputée verte et Présidente de la Sous commission des Droits Humains. Hélène a insisté sur le rôle de la société civile dans ce processus, saluant la création, par les ONG, du Forum Civil EuroMed : "il faut d'abord compter sur l'énergie des sociétés elles-mêmes pour s'émanciper de situations liberticides".
Par sa résolution de février, en plénière, le Parlement européen a d'ailleurs voulu remettre au centre des débats "l'éternelle clause non-respectée", celle des droits fondamentaux. C'est à cette aune-là qu'Hélène a souligné "tous les espoirs que le dialogue EuroMed a engendrés, et toutes les déceptions qui se mesurent au jour le jour". Car il ne suffit plus de dénoncer comme l'a refait l'europarlement (la main mise de la Syrie sur le Liban, les arrestations d'opposants en Égypte ou en Tunisie, la violence faite aux femmes un peu partout…) ou de se féliciter (reprise du dialogue en Israël/Palestine, coopération accrue en matière de migration…), il faut aussi se doter d'outils d'analyse sur lesquels baser la poursuite ou la rupture du partenariat. Les Verts ont ainsi obtenu que soit réitéré l'appel à la Commission de présenter un rapport annuel public sur les Droits Humains dans les pays de la Méditerranée.
Dans cette région cruciale pour la stabilité du Monde, l'Europe semble avoir compris qu'en marquant dignement le 10ème anniversaire du processus de Barcelone, elle avait une carte spécifique à jouer - en rupture avec l'unilatéralisme des USA - non seulement en tant que "voisin impliqué", mais aussi comme modèle de partenariat apaisé.
Hélène : hflautre@europarl.eu.int

Renouer le "Paquet fado"
ECONOMIE
Obnubilés par leur dogme de la "compétition", les gouvernements ont oublié le titre complet qu'ils avaient donné - en 2000, lors du sommet européen au Portugal - à la stratégie dite "de Lisbonne". Il s'agissait pourtant alors de faire de l'Union, à l'horizon 2010, "l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi, d’une plus grande cohésion sociale et d'un respect de l'environnement". Quinze mois plus tard, le sommet de Göteborg couplait même cette stratégie à un objectif de développement durable intégrant ainsi le protocole de Kyoto et l'agenda social. Faire rimer modernisation de l'économie avec cohésion sociale par la création d'emplois qualifiés, l'innovation technologie "propre" et le développement de la connaissance : les objectifs théoriques du paquet lisboète n'étaient pas indignes…
On comprend dès lors la dureté avec laquelle les Verts ont jugé les conclusions du sommet européen de fin mars 2005 qui faisait le point de cette stratégie à mi-parcours. Car 5 ans plus tard, exit la complémentarité des trois piliers initiaux : seule l'économie a été mise en avant, en tournant le dos au social et à l'environnement. Dans l'explosion de la bulle boursière "internet", la Commission en est revenu à ses recettes industrielles rances de libéralisation et de dumping tout azimut. Le 2 février dernier, José Manuel Barroso, reconnaissant "qu’à mi-parcours, les objectifs sont encore loin d’être atteints", s'était attiré de "vertes critiques" en prônant une réorientation de la stratégie sur "la croissance avant tout", dont on sait à quelle point elle s'embarrasse peu de clauses sociales et environnementales. Pour rompre avec un "Lisbonne" qui asservirait l'Europe au monopoly de l'OMC, il faut, d'urgence, renouer le paquet initial.
La réplique écologiste est venue d'une importante réunion tenue, début mars, à Luxembourg, entre de nombreux parlementaires Verts nationaux et européens. Elle s'articule autour d'une critique en règle des schémas économiques obsolètes que Conseil et Commission entendent prolonger après un lifting sémantique de pure forme. Elle s'appuie ensuite sur un réseau parlementaire Vert paneuropéen chargé, selon l'eurodéputé Vert luxembourgeois Claude Turmes, "de renforcer la coopération entre nous afin d'améliorer les échanges d'informations et renforcer notre capacité à agir". Cette "contre-stratégie" dégage surtout des priorités fortes et nouvelles pour l'Union, récapitulées dans "l'Agenda Vert de Lisbonne" (à lire sur internet : www.greens-efa.org).
Il s'agit, avant tout, pour les Verts, de remettre l'Humain au centre du processus, en demandant aux États membres de s'engager sur des objectifs concrets - quantitatifs et qualitatifs - en termes d'emploi, notamment en gommant les disparités Homme/Femme. Pour cela, les écologistes misent sur les nouveaux gisements d'emploi de l'éco-économie. Claude Turmes, spécialiste parlementaire des questions de recherche, précise "que ces éco-technologies ne se limitent pas aux énergies renouvelables. Elles touchent aux transports, à l'agriculture durable, à la nourriture saine, à l'aménagement "doux" du territoire, aux produits électroniques économes en ressources, à la chimie "verte"…". Bref toutes les technologies alternatives que pourrait notamment promouvoir la future Directive Reach, en poussant au respect de l'air, de l'eau, des sols, de la chaîne alimentaire… et des budgets sanitaires aujourd'hui colossaux. Claude rappelle que "le rapport 2004 sur la politique environnementale de l'Union confirme que la "révolution de l'éco-efficacité" est un deal "gagnant/gagnant/gagnant" pour l'environnement, l'emploi et la compétitivité. L'éco-industrie emploie déjà plus de 2 millions de personnes dans l'Union, et sa progression est de 5 % par an, soit bien plus que le reste de l'économie continentale…"
À l'heure où l'Union réfléchit à ses "Perspectives Financières" il faut en revenir aux sources de la "stratégie de Lisbonne" qui entendait, à travers l'éducation, la formation à long terme, la recherche et le développement de techniques innovantes, "investir dans le peuple européen".
Claude : cturmes@europarl.eu.int

Les Perspectives Financières
EUROJARGON
Au cours des années 80, l'équilibre financier de l'Europe s'est dégradé. La procédure budgétaire annuelle s'est avérée de plus en plus difficile à mener, à cause de l'inadaptation croissante entre les ressources communautaires et les besoins de l'Union. Des crises budgétaires successives ont conduit le "Triangle institutionnel" (Parlement européen, Conseil et Commission) à convenir d'une méthode améliorant le déroulement et la discipline budgétaires. Il s'agissait là d'un "AII", un Accord Inter Institutionnel.
Ont ainsi été créées les "Perspectives Financières" (PF) qui définissent le cadre et les priorités budgétaires de l'Union sur une période de plusieurs années. Elles prévoient un double plafonnement : d'une part celui de la dépense totale, et d'autre part pour chaque poste budgétaire. Il ne s'agit pourtant pas d'un budget pluriannuel fixe : c'est toujours la procédure budgétaire annuelle entre Parlement et Conseil qui détermine le niveau réel des dépenses et leurs ventilations (PAC, Fonds structurels,...). Les PF se penchent donc sur les "dépenses" de l'Union, mais leur définition restent bizarrement découplée de celle des "Ressources Propres" (RP), ses recettes.
À ce jour, 3 perspectives financières ont été adoptées : 1988/1992 (dites "Paquet Delors I"), 1993/1999 (dites "Paquet Delors II"), 2000/2006 (dites "Agenda 2000"). Les PF pour la période 2007/2013 doivent être adoptées par le Conseil et le Parlement avant fin 2005.
Les négociations entre États membres s'annoncent particulièrement houleuses, notamment parce s'y affrontent les actuels "contributeurs nets" qui veulent verser moins, et les autres qui veulent toujours autant (ou plus) d'aides européennes.
Fin 2003, les six principaux contributeurs nets (Allemagne, Autriche, France, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni) ont adressé une lettre à la Commission demandant un plafonnement, dès 2007, du budget communautaire à 1 % du Revenu National Brut (RNB) de l'Union (contre les 1,24 % du plafond théorique actuel), arguant que l'Union devait faire les même efforts de sobriété que leurs budgets nationaux. La Commission a rejeté cette idée (proposant 1,14% du RNB, soit 143 milliards d'euros/an en 2013) déclarant que les objectifs fixés à une Union - désormais élargie - seraient impossibles à réaliser avec de tels moyens réduits. À titre de comparaison, les USA mettent en commun, dans leur budget fédéral, près de 20 % du RNB de leurs 50 États...
Les Verts plaident pour que l'on couple enfin les débats sur les RP et sur les PF, afin de donner une cohérence financière au projet européen. Cela passe aussi par un transfert d'une part des impôts nationaux vers un nouvel impôt européen - dont l'assiette serait les écotaxes et la taxation des mouvements spéculatifs - afin de dégager des économies d'échelles et des synergies. Pour le groupe Vert/ALE, les paramètres d'attribution des fonds européens doivent également être totalement refondus pour intégrer prioritairement les indicateurs sociaux et environnementaux.

Vrac d'Europe
BREVES
Porter l'Onu aux nues
Le 24 octobre prochain, l'ONU sera sexagénaire. Et peu fringante. Paralysée par ses rouages obsolètes, elle "accompagne" les conflits, faute de savoir les éviter… En mars, son Secrétaire Général, Kofi Annan, a proposé une vraie refonte : mettre fin à la mascarade de la Commission "Droits de l'Homme" où siègent les pays qui les violent le plus, définir un code clair d'intervention armée en cas de génocide ou de terrorisme d'État, et élargir de 15 à 24 membres le Conseil de Sécurité où les ensembles continentaux seraient représentés de façon équilibrée. De nouveaux membres permanents, dont l'Allemagne, y feraient leur entrée. Dany Cohn Bendit, co-président du groupe Vert/ALE soulève un débat que les chancelleries évitent : "Comment les États de l'Union peuvent-ils à la fois lancer une diplomatie commune à travers le projet de Constitution, et continuer à vouloir juxtaposer leurs différences à l'ONU ?". Personne ne semble vouloir doter l'Union d'un "siège permanent", en remplacement de ceux de ses membres, qui d'ailleurs, refusent de perdre - ou de transférer - leur droit de veto.
Contact : Dany : dcohnbendit@europarl.eu.int
BEI = Banque Écologiquement Influencée ?
Qui mieux que l'économiste Alain Lipietz, qui fut, il y a 5 ans, le premier rapporteur sur la BEI (Banque Européenne d'Investissement), peut mesurer le chemin parcouru par cette institution financière colossale qui brasse trois fois plus de fonds que la Banque Mondiale ? Alors qu'en 1999, la BEI pérorait qu'elle "n’avait de compte à rendre qu’aux marchés", elle se reconnaît aujourd'hui "politiquement orientée". Et dans le bon sens ! Transparence, dialogue avec les ONG, coordination avec les politiques européennes, promotion de micro-unités du Tiers secteur associatif, investissement dans les réseaux transeuropéens et les énergies renouvelables… Alain, à nouveau rapporteur en mars dernier, souligne les progrès : "partant de quasi rien en 1999, la BEI se fixe désormais l’objectif de financer 50 % des énergies renouvelables". Sur la nouvelle feuille de route que le Parlement vient de délivrer, on peut lire que la BEI doit affiner ses indicateurs et rapprocher ses règles déontologiques de celles de la BCE pour éviter les conflits d'intérêt.
Contact : Alain : alipietz@europarl.eu.int
Réélection en diamant
Le 11 janvier 2005 le grec Nikiforos Diamandouros avait le sourire. Par 564 voix contre 45 à son challenger, le Parlement européen venait de prolonger de 5 ans le mandat de Médiateur européen qu'il exerçait depuis avril 2003. Créée en 1995 et basée à Strasbourg, cette médiature enquête sur les cas de "mauvaise administration" que les institutions européennes (hors Cour de Justice) peuvent faire subir aux citoyens, que ce soit par carence ou par abus. Des milliers de dossiers sont ainsi débloqués chaque année, le plus souvent à l'amiable, mais cela peut aller jusqu'à un rapport devant l'europarlement pour modifier des pratiques. Le médiateur n'intervient jamais sur des affaires opposant des particuliers entre eux, ou impliquant des États membres, même sur des questions liées à l'Union. Si M. Diamandouros peut mener des enquêtes de sa propre initiative, elles sont le plus souvent motivées par des plaintes que toute personne physique ou morale résidant dans l'Union peut introduire.
Contact : euro-ombudsman@europarl.eu.int
1 avenue Schuman - BP 403, F - 67001 Strasbourg Cedex
www.euro-ombudsman.eu.int/home/fr/links.htm
On noie le poisson
Réduire de 50 % les prises de poissons pour enrayer l'effondrement des stocks. C'était la proposition choc de la Commission européenne pour la campagne de pêche 2005. Couplée à la réduction de la flotte communautaire au travers d'aides de reconversion et à la promotion de l'aquaculture, cette mesure voulait sauver le métier des pêcheurs. Mais c'était compter sans ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs filets. Le Conseil, fin 2004, pour favoriser à court terme quelques pêches nationales, a ramené ce chiffre à 15 %, ignorant encore les mises en garde du Conseil International pour l’Exploration Marine. Au Bureau Européen du WWF, on est consterné : "La fermeture de zones en Mer du Nord a été retirée, et le quota pour la sole y a même été augmenté de 9 %". Pour l'anchois du Golfe de Gascogne - que l'on devait limiter à 5 000 tonnes en attendant les avis scientifiques - le quota a été fixé 6 fois plus haut, à 30 000 tonnes ! Seule décision raisonnable : la fermeture de certaines zones en Baltique, déjà exsangue. "Pêcheurs et poissons, même destin !" clame en vain le WWF.
Contact : www.wwf.fr
Crime de lèse océan
Le naufrage du pétrolier Prestige, en 2002, était un délit. Désormais toute pollution maritime - intentionnelle ou par négligence - sera un crime, passible de lourdes amendes et de prison. Ainsi en a décidé l'europarlement par son vote final, en codécision, le 23 février 2005. Le député Vert néerlandais, Joost Lagendijk, a salué "que la recherche de responsabilité porte non plus seulement sur l'équipage, mais sur toute la chaîne du transport, de l'affréteur aux autorités portuaires." La nouvelle directive intègre mieux dans le droit communautaire la Convention internationale MARPOL de 1973, (stockage, filtres, rejets autorisés…) Mais pour Joost, "l'élément crucial est l'accord - malgré l'opposition de certains États - sur la création d'un futur corps européen de garde-côtes, dédié à la prévention et à la réaction en cas de pollution". La Commission devra faire des propositions en ce sens dès 2006, et l'Agence Européenne pour la Sécurité Maritime (AESM) développera des solutions techniques (capteur dans les cuves, suivi satellite…) pour aider à débusquer les dégazages illégaux.
Contact : Joost : jlagendijk@europarl.eu.int
Vos papiers ! Pardon, votre plastique…
D'ici 10 ou 12 ans, les portefeuilles de l'Union auront un nouveau point commun. Après l'euro, ce sera le permis de conduire européen unique. Exit le dépliant en papier rose : il sera plastifié, format carte de crédit, les États pouvant y intégrer un microprocesseur contenant les seules informations relatives à ce permis. Car on imagine mal la jungle actuelle dans laquelle même la Police se perd : il existe 110 modèles de permis dans l'Union, à validité variable et autorisations de conduire différentes qui bloquent parfois les eurocitoyens aux frontières. Les fraudeurs, eux, se régalent : privé du précieux sésame dans un pays, ils s'en procurent un autre en Europe. Lors du débat présidé par Gérard Onesta, il a été établi que ce permis aurait une validité limitée (10 ans ?), mais uniforme, même pour les seniors de plus de 65 ans. Seuls les jeunes conducteurs l'auraient "de façon progressive". Restent à harmoniser les sous-catégories, les causes de retrait, les exigences médicales, les qualifications initiales, la formation des examinateurs, les échanges d'information sur les chauffards mais la lutte anti-fraude, la libre circulation et la sécurité routière sont à ce prix.
La pollution du problème
SCALE. Ce sigle cache le "Plan d'action environnement et santé 2004/2010" de la Commission européenne pour lutter contre les effets des phtalates, métaux lourds, solvants chlorés et autres pesticides… "Plan d'inaction !" s'est insurgé l'eurodéputé Vert flamand Bart Staes, en plénière, en février dernier. Oublié le principe de précaution : barricadé derrière l'incertitude scientifique et les annonces de recherche, la Commission a déçu. Bart s'est félicité que le Parlement "ait dénoncé la régression d'ambition considérable depuis la stratégie annoncée en 2003". La française Marie Anne Isler, a pointé les incohérences : "Il ne sert à rien de prétendre chercher les liens entre sources de pollution et effets sanitaires, quand on ne prend aucune mesure contre la présence dans notre quotidien de produits, tel le PVC, dont la toxicité est avérée". SCALE ne prévoit non plus aucun instrument juridique pour infléchir les politiques européennes, alors que la pollution environnementale est cause d'un sixième des décès d'enfants dans l'Union, ou que les allergies respiratoires y ont doublé depuis 20 ans…
Contact : Marie Anne : maisler@europarl.eu.int
Bart : bstaes@europarl.eu.int
OGM, les régions défient Bruxelles
"La législation européenne sur les OGM n'a pas permis d'améliorer l'acceptation des biotechnologies par les citoyens, et ces produits ne percent pas sur le marché." Cette phrase n'est pas de Gérard Onesta, ni d'aucun de ses co-inculpés pour arrachage de maïs transgénique : c'est la Commission européenne qui l'a affirmé en mars dernier, constatant par ailleurs qu'aucune majorité qualifiée ne se dessine au Conseil pour avancer sur la voie OGM. Dossier décidément pourri pour l'équipe Barroso puisque plus de 100 régions de 8 pays de l'Union viennent de se déclarer "Hors OGM", entrant en conflit juridique ouvert avec Bruxelles. En cause, la pollution génétique par pollinisation rendant la coexistence avec l'agriculture traditionnelle impossible. Et d'autres nuages s'accumulent : en Grande Bretagne, la plus importante étude jamais réalisée montre les nuisances des OGM sur la biodiversité, tandis qu'en France une autre expose les défaillances scientifiques lors de l'évaluation sanitaire des OGM : test sur animaux classés confidentiels, anomalie sanguines, poids des foies et des reins de rats nourris au maïs "bricolé" ayant augmenté de 20 %… Va-t-on poursuivre ces tests sur les 450 millions de consommateurs européens ?
Contact : Gérard : gonesta@europarl.eu.int
www.infogm.org
Pas excitante l'Europe ?
Choyés fonctionnaires européens ! Le fameux "Viagra" leur est remboursé en dépit de son coût élevé. Ce "luxe érectile" est d'autant plus troublant que la Caisse sociale de la fonction publique européenne bascule dans le déficit. Créée du temps de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier, elle comptait, avant élargissement de l'Union, 45 000 affiliés pour 85 000 bénéficiaires. Les fonctionnaires versent un tiers des cotisations, et le budget européen deux tiers. Depuis 2001, les dépenses du régime ont été supérieures aux contributions, à cause d'une vague de départs à la retraite qui devrait s'amplifier d'ici à la fin de la décennie. Or ces personnes âgées cotisent moins que les actifs, tout en consommant plus de médicaments. La date d'entrée d'un pays dans l'Union joue beaucoup sur la pyramide des âges : "Nous n'avons pas encore de retraités espagnols", constate un gestionnaire. Heureusement l'élargissement aux pays de l'Est devrait apporter un "afflux de sang neuf" (sic !).



L'Europe vue des régions

L'Europe vue de la Côte Vermeille
Au nord, c'étaient les coraux…
LITTORAL
La frontière entre Espagne et France se prolonge d'une bien étrange manière sous les eaux de la Méditerranée. Sous les flots de la Catalogne Sud, le corail rouge, si convoité par l'industrie joaillière, semble sous bonne garde, mais une fois franchie cette ligne invisible, "l'Or rouge" est livré au pillage dans les fonds marins de Catalogne Nord.
Trésor oublié par les pêcheurs de la Côte Vermeille pendant près de trente ans - ce qui a permis de reconstruire une flore et une faune d'une grande richesse - ce fragile corail attire désormais des convoitises venues d'ailleurs… C'est que l'or rouge, des belles branches adultes aux coraux les plus jeunes, rapporte gros aux joailliers. Mélangée à de la résine synthétique, même la poudre de corail est utilisée pour le commerce de bijoux de qualité inférieure.
Le corail rouge est un animal dont les élégantes ramifications du squelette peuvent atteindre 20 cm de haut. Cette espèce de Méditerranée occidentale colonise les roches peu baignées de lumière, généralement au-delà de 50 mètres de profondeur. Dans les faibles profondeurs, ce corail ne peut pousser que dans les grottes et sous les surplombs. Sur la côte rocheuse catalane des Albères, le corail rouge est très (trop ?) accessible, car on le trouve dès 15 mètres de profondeur, du fait de la turbidité des eaux et d'un écosystème riche en infractuosités.
Aujourd'hui, une exploitation sauvage menace les colonies d'or rouge de disparition irréversible. Pour en dénicher encore, les pêcheurs corailleurs de Provence ou de Corse sont déjà obligés de travailler, dans leurs eaux, à près de 100 mètres de profondeur. Ces derniers, attirés par les faibles profondeurs, viennent dévaster les eaux catalanes.
Les premiers à avoir observé la dégradation rapide du massif corallien sont les responsables des clubs de plongée de la Côte Vermeille. Ces professionnels des promenades sous marines sont conscients de la valeur patrimoniale du corail rouge à léguer aux générations futures, mais aussi de son intérêt pour maintenir leur activité à forte valeur touristique et sportive pour le développement local.
Les centres de plongée, tel le Centre International de Plongée de Collioure (CIPC) sont signataires de la "Charte de Partenariat Plongée" avec la Réserve maritime de Banyuls-Cerbère. En 2004, ses animateurs ont reçu Gérard Onesta sur leur bateau pour lui exposer la non-application du droit européen. Car l'Union européenne a désigné dès 1998, via le réseau "Natura 2000", les fonds marins d’Argelès à Cerbère comme "Site d’Importance Communautaire", notamment à cause de la présence de récifs et de grottes abritant le corail rouge. Une fois parachevé, ce réseau de 18 000 sites couvrira plus de 15 % du territoire de l'Union, dont 7,7 millions d'hectares de sites marins. De fait, la pêche sous-marine à l’aide de bouteilles d'air comprimé - telle qu'elle est malheureusement pratiquée sur ces coraux - est interdite en Méditerranée. Pourtant, chaque année, le Préfet maritime responsable de tout le Golfe du Lion délivre une dérogation qui ne mentionne aucune restriction par rapport aux prélèvements (taille des colonies, quantité…) et n’exclut aucune zone du littoral ! La France est pourtant tenue de suivre les réglementations internationales qu'elle a transposées en son droit national et qui classent le corail rouge comme espèce protégée à exploitation réglementée. Rappelant que "le corail ne grandit que de 2 ou 3 mm par an", Julien Girodeau, Directeur du CIP Collioure en appelle à la Préfecture maritime de Toulon pour que cesse une exploitation sans éthique : "une pêche corallienne raisonnée est dans l'intérêt de tous, y compris celui de l'industrie joaillière si elle veut pérenniser ses approvisionnements". Julien Girodeau demande que l'on rompe avec le laxisme administratif, "en respectant les zones protégées, et en adoptant - comme l'ont auto-instauré les pêcheurs corses - une interdiction de prélèvement entre 0 et 50 mètres de profondeur, couplé à un système de jachère". Le CIP Collioure exige surtout la concertation des acteurs locaux avant toute délivrance d'autorisations de pêche, car c'est ce principe qui a permis, en Catalogne Sud, un accord sur les tailles de récolte minima.
Ainsi, l'Europe du corail est encore en apnée, et la France est loin d'y obtenir la "palme" de l'excellence…
Julien Girodeau : cip.collioure@wanadoo.fr
Centre International de Plongée de Collioure
Tél : +33 (0)4 68 82 07 16

L'Europe vue du Vallespir
Ligne de front
ENERGIE
Deux logiques s'affrontent. Inconciliables. D'un côté, on trouve le "château d'eau nucléaire" français, d'une EDF en voie de privatisation bien qu'engloutissant des budgets publics colossaux, qui ne sait plus comment fourguer - sur des distances de plus en plus longues - ses mégawatts excédentaires (15 % de sa production). De l'autre, les énergies renouvelables - privilégiant la production de proximité - que les pouvoirs publics français laissent en déshérence…
Coté atomique, on balaye d'un revers de main tous les reproches liés au transport : déperdition d'énergie, saccage environnemental des paysages, vente à vil prix pour écouler la production, troubles sanitaires pour les populations exposées au rayonnement des lignes, coût prohibitif venant en déduction des budgets de développement des énergies alternatives… Côté énergies propres, on tire la sonnette d'alarme : alors que la France est tenue par les objectifs de la directive européenne qui fixe à 21 % la part d'énergie "verte" à atteindre en 2010, notre pays a vu ce secteur passer de 18 % en 1990, à… 13,5 % en 2003 ! Soulignons, de plus, que 97 % des énergies renouvelables françaises sont fournis par les seuls barrages hydroélectriques. Le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER), en février dernier, a souligné que Paris était le cancre de la classe européenne : par exemple, en capacité éolienne installée, la France n'a que 386 mégawatts, contre 1 125 MW pour l'Italie, 8 200 MW pour l'Espagne, et 16 600 MW pour l'Allemagne…
Tout choix énergétique est, fondamentalement, un choix de société. Une manche de ce "match" crucial se joue actuellement en Vallespir. Tout à sa fuite en avant, le nucléaire cherche désespérément une voie de passage à travers la chaîne pyrénéenne. Ses tentatives de franchissement à grands coups de balafres de lignes THT ont déjà été bloquées au Pays basque en 1984, puis au Val Louron en 1996, ont ensuite avorté à Gavarnie puis en Couserans en 1999, et encore au Perthus en 2003. Nouvelle tentative, donc, pour le Réseau de Transport d'Électricité (RTE), en amont d'Amélie-les-Bains, pour y installer des pylônes de 60 mètres portant une ligne de 2 fois 400 000 volts… Pour Dominique Janin, porte parole des Verts de Perpignan, "au-delà du saccage insupportable de notre Catalogne imposé par de lointaines "élites", laisser passer cette THT - rejetée par les populations et l'ensemble des élus - serait faire le bouche à bouche au nucléaire obsolète, tout en privant d'oxygène les énergies alternatives". Dominique rappelle que les besoins supposés d'interconnexion franco-ibérique sont, de plus, fantaisistes : "Les 10 % demandés par la Commission européenne, chiffre lancé sans socle scientifique, ne correspondent à aucun besoin réel dans le cas des échanges pyrénéens. En effet, l'Espagne - qui va par ailleurs voir sa production augmentée par l'arrivée de nouvelles centrales de cogénération à gaz - n'est pas déficitaire, mais fait ponctuellement appel à l'électricité française pour pouvoir elle-même vendre, en retour, sur le marché européen."
RTE veut pourtant en force, prétendant - alors que rien n'est officiel - imposer une enquête d'utilité publique en 2005, le début des travaux en 2006 et la mise sous tension en 2007 (!). Réplique des Verts : pas question de favoriser la course libérale entre producteurs d'électricité dans le cadre de la dérégulation européenne en cours. Après avoir participé aux rencontres européennes du Collectif anti-THT, fin 2004, ils demandent qu'un référendum soit organisé par le Conseil Général dans toutes les Pyrénées-Orientales pour contrer cette casse du développement local basé, lui, sur un environnement préservé.
Ce sera un moment clef pour sauver le Vallespir, et réorienter la politique énergétique européenne.
Dominique : janin.dominique@wanadoo.fr
Collectif "400 000 Volts No Grácies !"
www.lesverts66.org
www.collectif-nonalatht.com

Linha de front
ENERGIA

Doas logicas inconciliablas s¹afrontan. D¹un costat se trapa lo « castèl d¹aiga nuclear » francés amb una EDF en via de privatisacion, emai per engolir d¹unes budgètes publics colossals. Entrepresa que sap pas mai cossí far per forvendre sus d¹unas distàncias de mai en mai longas, sos megavats excedendaris (15 % de la seu produccion). De l¹autre costat, las energias renovelablas, privilegiant la produccion de proximitat, que los poders
publics freceses daissan de caire.
Costat atomic, se balaja d¹un revèrs de man totes los repròchis ligats als carreges : deperdicion d¹energia, destrusida environamentala dels paisatges, venta a estraça de mercat per far partir la produccion, trebolicis sanitaris per las populacions expausadas a las radiacions de las linhas, còst proïbitiu venguent en deduccion dels bugètes de desvolopament de las energias alternativas. Costat energias netas, se tira l¹esquila d¹alarma : alara que França es tenguda pels objectius de la directiva europèa que fixa a 21 % la part d¹energia « verda » a atenher d¹aicí a 2110, nòstre país a vist aqueste sector passar de 18 % en 1990 a sonque 13,5 % en 2003 ! Ademai, es de notar que 97 % de las nergias renovelablas de França son fornits pels sols barratges idroelectriques. En febrièr passat, lo Sindicat de las Energias Renovelablas (SER) soslinhèt que París èra lo cabolhon de la classa europèa. Per exemple, tocant a la capacitat eoliana installada, França a pas que 386 megavats mentre qu¹Itàlia a 1 125 megavats, Espanha 8 200 MV e alemanha 16 600 MV.
Tota causida energetica es, fondamentalament, una causida de societat. Una part-temps d¹aqueste « rescontre » se joga actualament en Vallespir. Pres que pres per la seu fugida en abans, lo nuclear cèrca a tot perdre una via de passatge a travèrs la cadena pirenenca. Sas temptativas per far darcar a belses còps de nhafras, linhas a Fòrça Nauta Tension (FNT) foguèron blocadas en País Basque en 1984, puèi en Val Loron en 1996. Meteissa causa a Gavarniá e pus tard, en 1999, en Coserans e tanben al Pertús en 2003. Adoncas, nòva temptativa pel Rasal de Carreges d¹Electricitat (RCE en occitan e RTE en francés) en amont d¹Els Banhs, per i quilhar d¹unes pilònes de 60 mètres d¹auçada suportant una linha de dos còps 400 000 vòlts. Per Domenge Janin, pòrtaparaula dels Verds de Perpinhan, « Al-delà del sacatge insuportable de la nòstra Catalonha impausat per d¹unas londanas « eleits », daissar passar aquesta FNT -fòragetada per las populacions e l¹ensems dels elegits- seriá far lo boca-en-boca al nuclear obsolete, tot privant d¹oxigène las energias renovelablas ». Domenge rebremba que los besonhs supausats d¹interconexion franco-iberic son, ademai, fantasieroses : Les 10 % demandats per la Comussion europèa, chifra lançada sens cap de basa scientifica, correspondon pas de cap de biais als besonhs reals dins lo cas dels escambis pirenencs. D¹efièch, Espanha -que d¹un autre latz va véser la seu produccion augmentar amb l¹arribada d¹unas nòvas centralas de cogeneracion al gas- es pas deficitària, mas fa rampèl, còps entr¹autres, a l¹electricitat francesa per dire de poder ela-meteissa ne tornar vendre sul mercat europèu ».
Mendre e malgrat tot, alara que res non es oficial, RCE preten e vòl impausar de fòrça una enquista d¹utilitat publica per 2005, la debuta dels obratges per 2006 e la mesa jos tension per 2007 ! Replica dels Verds : es pas question d¹afavorisar la competicion liberala entre productors d¹electricitat dins l¹encastre de la deregulacion europèa en cors. Aprèp aver participat als rescontres europèus del collectiu anti-FNT, fin de l¹an 2004, demandan qu¹un referendum siá organisat pel Conselh General dins tota Catalonha Nòrd per contracarar aquela ablasigadura del desvolopament local basat, el, subre un environament presenvat.
Aquò¹s serà un moment magèr per la salvagarda del Vallespir e reorientar la politica energetica europèa.
Revirat en lenga nòstra per Sèrgi Viaule

L'Europe vue d'Ariège
Faites de bio rêves
AGRICULTURE
S'il s'agissait de faire de l'agriculture biologique le fer de lance de l'agriculture durable, et non une sympathique "niche économique" aux visées limitées, l'objectif est loin d'être atteint. C'est l'appréciation que le Parlement européen a porté, en mars dernier, sur le plan d'action européen de la Commission en matière d'alimentation et d'agriculture biologiques, en adoptant massivement le rapport de Marie-Hélène Aubert. Pour cette députée Verte "ce plan se caractérise par très peu de mesures concrètes et encore moins contraignantes, et surtout par un manque total d'ambition. Il illustre bien le double discours tenu par la Commission européenne à l'égard du bio qui ne cesse d'en souligner les vertus, mais qui met en place une Politique Agricole Commune aux mécanismes contradictoires avec l'approche biologique".
En Midi-Pyrénées, l'horizon de "l'agrobio" est encore plus sombre. Le Groupement de Développement de l’Agriculture Biologique (GDAB), confronté à des problèmes de financement de ses actions, a dû déposer son bilan. Cette structure, qui définissait les filières bio à développer et coordonnait les actions des associations départementales d'agrobiologistes, avait pourtant lancé une politique partenariale lui permettant d'occuper la première place en terme de surfaces de bio cultivées. Le Conseil Régional n’est pas disposé à relancer une telle structure qui pourrait rassembler producteurs, consommateurs et représentants politiques. On voit, dés lors, que déléguer totalement au niveau national ou local la faculté de promouvoir (ou pas) le développement du bio, c'est fragiliser toute la filière qui a besoin d'un cadre budgétaire clair, d'objectifs précis, de normes communes, et de soutiens constants.
Sur le papier, le plan de la Commission européenne en faveur de l'agrobio semble cohérent en s'articulant autour de trois priorités : développement du marché, aide publique plus efficace, amélioration et renforcement des normes communautaires. Mais sur le terrain, en France, faute de moyens communautaires pour la promotion ou la recherche, le bio ne se développe qu'à l'initiative des agriculteurs, avec l'appui de citoyens intéressés. Alors que certains États membres, comme le Luxembourg, la Suède ou l'Allemagne, fixent des objectifs à atteindre, en termes de pourcentage de part de marché ou de surface agricole utile, la Commission n'adopte malheureusement pas une telle attitude volontariste et choisit de "faire confiance au marché agricole"… dont elle n'encourage guère, via la PAC, que le volet intensif. Il est loin le temps où un ministre de l'agriculture français affirmait que "l’agriculture biologique doit être le laboratoire de l’agriculture de demain", et que "d’ici 2010, 10 % des terres cultivées devaient l'être en bio". Carton rouge pour l’actuel gouvernement : la mise à mort des Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE) et la trop longue mise en place des Contrats d’Agriculture Durable (CAD) a freiné le bio français tout 2004. Le refus de rémunérer les effets positifs de la bio sur l’environnement, comme cela ce fait dans d’autres pays d’Europe pousse les céréaliers bio à revenir à une culture polluante, puisque, privés de soutien, ils vont cette année vendre à perte. Et que dire de la promotion par les autorités de "l'agriculture raisonnée", terme vide de sens qui n'est que le cache sexe de l’agriculture conventionnelle ? Pourtant le bio commence à trouver sa place dans l'Union. De 1985 à 2000, le nombre d'exploitations biologiques y a été multiplié par 25, et la surface agricole qui lui est consacrée (aujourd'hui 3,3 %) par 44 ! Mais depuis - sans relais de financements européens concrets - le bio stagne. Son chiffre d'affaires n'est pourtant pas anecdotique puisqu'il est déjà évalué à 11 milliards d'euros au niveau européen, et à 23 milliards d'euros au niveau mondial.
François Calvet aborde la question dans la globalité et à long terme. Administrateur à la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique, il fait du bio labellisé "Nature & Progrès" en Ariège. Pour lui, "l’objectif devrait être que toute l’agriculture européenne devienne rapidement bio, labellisée ou pas. On ne peut plus se contenter d’une simple proportion de bio en Europe, il faut aller vers une agriculture européenne écologique. Le but n’est pas de répondre à un supposé segment de marché, mais de passer à une agriculture qui soit durable. Et la seule qui soit durable …est biologique !". Et François de préciser que "la PAC doit être profondément modifiée pour être centrée sur "l’éco-conditionnalité", c'est à dire la recherche et le développement d’une agriculture qui se passe de pesticides et d'engrais".
Le rapport Aubert souligne par ailleurs que la filière de distribution est un des points faibles de l'agrobio. Même s'il est nécessaire de soutenir la vente directe, "canal historique" pour l'écoulement des produits bio, celle-ci n'est plus une réponse suffisante quand l'objectif est d'atteindre le plus grand nombre, et de ne plus réserver la nourriture saine à une clientèle aisée. Aujourd'hui, les magasins spécialisés en bio, comme la vente de ces produits en grande distribution, mettent en évidence la faiblesse organisationnelle des producteurs biologiques face à la puissance commerciale des grands groupes. Pour permettre aux agrobiologistes, de Midi-Pyrénées et d'ailleurs, de vivre de leur travail, il faut que l'Union aide à la création d'organisations de ces producteurs facilitant la commercialisation par des circuits communs. L'action de l'Europe est aussi attendue au travers de programmes d'information, ainsi que sur la promotion qui pourrait se concentrer, au début du moins, sur les cantines scolaires.
Le force du bio, c'est sa "propreté". On comprend dès lors que Marie-Hélène ait insisté pour que la question des pollutions de cette filière par des OGM ne soit pas abordée par le biais du niveau des seuils "tolérables". Pour les Verts, il est clair qu’en cas de contamination, même fortuite, la responsabilité financière doit incomber exclusivement au transgénique, et non à tout le secteur agricole.
Marie Hélène : mhaubert@europarl.eu.int
François Calvet : Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique
fnab@fnab.org
Tél : +33 (0)1 43 38 38 69

L'Europe vue de Bigorre
Ours cours !
FAUNE
En mars dernier, l'Europe a refusé d'ouvrir des négociations d'adhésion avec la Croatie, suspecte de ne pas livrer ses criminels de guerre à la Justice. Plusieurs "ressortissants" croates pourraient cependant bientôt obtenir un droit de séjour permanent dans les Pyrénées. Des "ressortissantes" plutôt, car il s'agirait de femelles… ours. La Slovénie, en 1997, avait déjà anticipé son adhésion à l'Union par l'envoi de 3 plantigrades, pour repeupler nos montagnes. Mais derrière l'anecdote se cache un drame écologique. Celui de la mort de Cannelle, la dernière ourse des Pyrénées, en 2004, abattue par un crétin de chasseur… Malgré tous les appels au secours des écologistes depuis des décennies, cette sous-espèce d’ours brun est donc bel et bien éteinte. Réagissant - enfin, mais en retard - les pouvoirs publics ont promis de lancer un vrai programme de repeuplement : 5 ours en 2005, et une dizaine de plus dans les 3 ans, doublant ainsi la population ursine pyrénéenne actuelle.
Si les sondages indiquent que 70 % des pyrénéens sont favorables à la présence de cet animal, on trouve encore des gens ravis de se voir débarrassés de la "gène" de la vie sauvage : des éleveurs, relayés par des élus locaux peu sensibilisés à la cohabitation pastorale, dénigrent l'intérêt naturaliste du maintien de l'animal.
Pourtant le bilan de la première réintroduction de l'ours en Pyrénées centrales est positif : le "Pays de l'Ours" a vu ouvrir des gîtes ruraux et apparaître de nouveaux acteurs économiques dans les vallées : accompagnateurs de montagne, artisans, restaurateurs…, développant un tourisme vert basé sur une nature intacte. L'ours a clairement été un ambassadeur pour l'image de la région.
Pour dépasser les faux débats, une Coordination Associative Pyrénéenne pour l’Ours (CAP Ours) - 28 associations qui militent pour la cohabitation entre humains et ours - a engagé des discussions avec tous les acteurs agri-pastoraux et les autorités locales : zones de pacage protégées, utilisation de chien de race "patou" spécialiste pour éloigner les ours, meilleures indemnisations des dégâts… les solutions ne manquent pas. Versant espagnol, les choses avancent aussi : en février dernier, Navarre, Catalogne et Aragon ont convenu du principe d'une réintroduction, en lorgnant sans doute sur le cheptel ursidé des Monts Cantabriques où l'Espagne compte encore quelques 150 ours. Pour Michel Geoffre, membre de CAP Ours, "si l'animal ne connaît pas la frontière pyrénéenne, la réparation de ses éventuels dégâts reste à harmoniser : on pourrait s'inspirer du Val d'Aran où toute disparition dans un troupeau est indemnisée, sans même que l'on ait à prouver la faute d'un ours. Il faudrait aussi revoir la réglementation des battues au sanglier, les méthodes d'exploitation forestières, etc…"
Outre le nombre de spécimens, une autre menace plane sur la pérennité de l'ours : la rareté des zones réservées à sa protection. La France s'est encore fait épingler par la Cour de Justice de l'Union pour l'indigence de la liste des espaces naturels que notre pays entend protéger. Le 10 décembre dernier, la Commission européenne a de nouveau demandé à Paris quelles étaient les mesures prises pour sauvegarder les habitats de l’ours brun. Selon Cap Ours, les écarts sont grands : "en Béarn, toutes les zones à ours sont incluses dans le réseau "Natura 2000", en Bigorre ce réseau couvre une grande partie de la zone montagne, alors qu'en Haute-Garonne aucune zone à ours n’a été prise en compte…"
Le rôle de l'Europe ne peut cependant se réduire à celui de donneuse de leçon. Le Parlement européen a adopté en mars dernier le rapport de la députée Verte danoise Margrete Auken sur le financement de Natura 2000. Pour Margrete, "l'engagement européen de stopper l'appauvrissement de la diversité biologique d'ici 2010 ne peut pas être tenu avec la faiblesse des budgets actuellement mobilisés par l'Union". Margrete considère que "ces sommes sont des investissements : outre les économies dans la lutte contre les pollutions, Natura 2000 a déjà permis la création de 125 000 emplois".
Combien de bigourdans savent-ils qu'ils doivent sans doute une part de leur emploi à l'ours ?
Margrete : mauken@europarl.eu.int
Michel Geoffre : Secrétaire Général du Conseil International pour la Protection des Pyrénées (CIAPP) : michel.geoffre@wanadoo.fr
cap.ours@wanadoo.fr

L'Europe vue de Roncevaux
Mobilité : l’overdose
TRANSPORTS
Le bureau du Président de la Commission des Transports de l'europarlement est "encombré", depuis quelques semaines, d'une colossale pile de milliers de pétitions venant des confins du Béarn et du Pays basque. Déposées par Gérard Onesta au nom des citoyens de l'Ouest pyrénéen, ces signatures illustrent parfaitement le peu de cohérence des politiques nationales et européennes en matière de transports. Pour les pétitionnaires, regroupés par l'association LEIA, il s'agit de s'opposer à une "deux fois 2 voies" qui cache mal la création, à la hauteur de Roncevaux, d'une autoroute trans-européenne, bref d'un nouvel égout à camions dans nos montagnes. Il faut dire que tout le massif montagneux, d'Irun au Perthus, est menacé par ce genre de projets, dont l'empilement constitue une parfaite illustration de développement "non soutenable" …et contradictoire avec les objectifs affichés par l'Union.
On est là, en effet, loin des accords de Kyoto sur la réduction des gaz à effets de serre. Les décideurs/aménageurs ne pensent qu'à "accompagner" d'infrastructures nouvelles une sempiternelle augmentation des transports, dont aucun ne semble vouloir questionner la raison ou la pertinence. Dans les cartons des élus locaux, dorment des projets de tunnel qui perceraient les Pyrénées tous les 60 kilomètres en moyenne ! Même le ferroutage - qui pourrait avoir le soutien des écologistes - n'est envisagé, au travers de la TCP (Traversée Centrale des Pyrénées, dont le coût prévisionnel varie de 5 milliards à 15 milliards d'euros) qu'en adjonction de nuisances, et non en transfert de tonnages de la route vers le rail… Le réseau transeuropéen, et ses projets d'axes prioritaires cofinancés par l'Union - que la Commission souhaite coupler avec un concept de "déclaration d'intérêt européen" - fait saliver le lobby des travaux publics, alors même que l'Europe indique, dans son dernier Livre Blanc sur les transports, qu'il est urgent de se tourner vers d'autres techniques, tel le cabotage maritime : faut il rappeler que le fret pourraient, dans ce cadre, aisément franchir les Pyrénées sur les eaux de l'Atlantique ou de la Méditerranée. Selon Jenofa Cuisset, membre de LEIA, "aucune approche globale n'existe dans nos montagnes. On juxtapose des projets d'infrastructures sans les relier à d'autres thématiques comme le tourisme, l'emploi, la préservation des espaces naturels… Le projet respectueux des Pyrénées et des Pyrénéens reste à écrire !".
Jenofa : verts.paysbasque.free.fr
LEIA : BP3 , F - 64430 Baigorri
Tél : +33 (0)5 59 37 03 62
Repères
Source : Commission européenne
PYRENÉES : Près de 5,5 millions de poids lourds traversent chaque année les Pyrénées, contre environ 3 millions pour les Alpes françaises. L'augmentation du trafic franco-espagnol sur bitume a été de 300 % en 15 ans.
La répartition actuelle des volumes traversant les Pyrénées est de 5 % pour le rail, 22 % pour le maritime (mais 4 % en valeur marchande), et 73 % pour la route.
80 millions de tonnes de marchandises transitent entre France et Espagne chaque année, et certaines estimations tablent sur 200 millions de tonnes en 2020. Environ un tiers de ce trafic n'est qu'un simple transit vers d'autres pays européens. Le Nord de l'Espagne assure 40 % du commerce extérieur espagnol dont un dixième seulement concerne la France, tandis que notre Sud-Ouest ne représente que 8 % du commerce extérieur de la France, avec également un seul dixième relatif à l'Espagne.
MOBILITÉ : La "mobilité moyenne" des Européens est passée de 17 km par jour en 1970, à 35 km en 2000. Dans le même temps, le parc automobile de l'Union a triplé, passant de 62,5 millions de voitures à près de 175 millions. La Commission européenne a "décrété" que le transport des marchandises augmenterait de 50 % entre 2001 et 2010. L'Europe "espère" une augmentation de la part de marché du transport aérien de 30 % d'ici 5 ans. À cause des barrières techniques et administratives, la vitesse moyenne d'un convoi de fret ferroviaire dans l'Union est "inférieure à celle d'un brise-glace en mer Baltique".
PART : En Europe, la route représente 44 % du transport de marchandises, contre 8 % pour le rail, 41 % pour la mer, 4 % pour les voies fluviales et 3 % pour les pipelines. Le transport routier de passagers y représente environ 88 %, l'aérien 5 % et le ferroviaire 7 %. La part de marché du fret pour le rail est passée dans l'Union de 21 % en 1970 à 8 % en 1998, alors qu'elle est encore de 40 % aux États-Unis. 600 km de voies ferrées sont fermées chaque année en Europe. Le transport européen de voyageurs par rail n'est passé que de 217 milliards de passagers/km en 1970, à 290 milliards en 1998.
MER : Le transport maritime représente 70 % du total des échanges entre l'Union et le reste du monde. Les ports européens voient passer chaque année 2 milliards de tonnes de marchandises. Par rapport au début des années 1980, l'Union a perdu 40 % de ses effectifs de marins. En 2006, l'Union devrait manquer d'environ 36 000 gens de mer qui seront recrutés à vil prix dans le Tiers-Monde.
IMPACT : Les camions et voitures représentent 84 % des émissions de CO2 dûes au transport, les avions 13 %, les bateaux 3 %. Sur une même distance - sans compter les coûts environnementaux et sanitaires, une tonne de marchandise transportée par la route coûte 5 fois plus cher aux collectivités que celle acheminée par rail. En 2000, les accidents de la route ont provoqué la mort de plus de 40 000 personnes dans l'Union. Une personne sur trois sera blessée au cours de sa vie dans un accident. Le coût total des accidents de la route représente 160 milliards d'euros par an, soit 2 % du PNB de l'Union (la totalité du budget de l'Union plafonne, lui, à 1 % du PNB).

Konstituzioa tresna bat da. Baitezpadakoa
MUGIDA : NEURRI EROA
Garraioak
Euoparlamentuko Garraioen Komisioko Lehendakariaren bulegoa zinez poxulatua da zenbait aste hautan Euskal Herri eta Biarno hegietarik heldu zaizkion milaka eta milaka eskaerek egiten duten metaketaren gatik.
Gérard Onesta-k horrarat ekarriak, Pirine mendebaleko biztanleen izenean, sinadura horiek argi uzten dute zoin trakeski eremanak diren garraio mailan nazio eta Euopar politikak.
LEIA elkartearen baitan bilduak diren sinatzaile hoiek erakusten dute «  2 aldiz 2 bide » egituraren kontra direla, honek, egia erran, ez baitu errexki itzaltzen ahal Orreaga gainean egin nahi den Europagaindiko autobidea, hots gure mendietan ezarri nahi den kamiunezko hodi zikina. Erran behar da Irundik Perthuserainoko mendiketa guzia mehatxatua dela holako xedekin. Xede hauen metaketak berak ezinago hobeki erakusten baitauku «  ezin jasanezko » garapen bat... Europar Batasunaren helburuekin kosk egiten duena.
Urrun gara hor, alabainan Kyoton baimenduekin, lurra ez berotzeko apaldu beharko litezken gazekin. Erabakitzaile/ Antolatzailek ez dute besterik deus buruan garraioen betiko emendaketaren eraikidura berri batzuez «  laguntzea » baizik, horietarik nehork ez baitu eraiketa hoien arrazoina edo egokitasuna ikusi nahi.
Tokiko hautetsien paperetan lo dira 60 kilometro guziz bata beste, tunel edo lurpeko bide asmoak. Burdinbidea bera- ekolojisten sustengua lukeena – ez da aurrikusten edo hautemaiten ere TCP ( Traversée Centrale des Pyrénées ) delakoan, honen gastu saria baitoa 5 miliar eurotarik 15 miliar eurotarat. Izaitekotz ere burdinbide garraioen kalte sailetan sartzen dute eta ez bidetarik burdinbidetarat garraiatzen ahal dituen tonaka salgaien aldetik. Europan barnako bide sareak eta dituen xede ardatzen xedeak- Europar Batasunak diruz erdizka lagundu nahi dituenak-«  Europaren Interesetan » dela, erranez – obra publikoen indarra areagotzen du. Alta Europak garraioetaz idatzi bere azken Liburu Zurian erakusten du behar beharrezkoa dela beste teknika batzueri buruz joan behar dela, hala nola, itsas ontzi garraioetarat : Orroitarazi behar ote dugu molde hortan ontzikargek Pireneak errex iragan lezazketela Atlantiko edo Mediterraneko uretan gaindi.
Jenofa Cuisset en arabera –Leia ren kide dena- «  Ez da gure mendieri buruz ikusmolde orokorrik batere. Infraestruktura xedeak metatzen dira elgarren gainean beste sail batzuekin loturarik egin gabe, hala nola turismoarekin, enpleguarekin, eremu naturalen zaintzearekin.
Pirenetaz eta Pirenetarretaz izan diteken begirunezko edo errespetuzko xedearen liburua oraino idazteko dago. »
Artikulua, Beñat Oteiza-k

L'Europe vue d'Ipar Euskadi
Europe : l’éprouvette basque
INSTITUTIONS
En février dernier, le Congrès des députés espagnols a massivement rejeté l'accord de "libre association du Pays Basque à l'État espagnol", dit "Plan Ibarretxe" du nom de son instigateur, le Président de la Communauté Autonome Basque (côté sud, donc) et membre du Parti Nationaliste Basque (PNB). Ce texte prévoit, entre autres, une représentation directe du Pays basque au sein de l'Union européenne, la création d'une carte d'identité d'Euskadi et d'un tribunal supérieur de justice basque, ou encore la possibilité de convoquer des référendums (d'autodétermination ?). À cause des élections au Parlement Basque (Sud), ce plan se retrouve au cœur du débat, de part et d'autre de la frontière. Considéré par les "partis madrilènes" comme une véritable provocation pour le pouvoir central, il laisse septiques certains nationalistes basques qui en dénoncent la genèse et les limites. Gorka Torre, membre de Démo, groupe autonomiste pacifiste basque, et candidat sur la liste conduite par Gérard Onesta lors des dernières élections européennes, analyse ce plan dans le contexte du Pays Basque Nord.
Que penses-tu du Plan Ibarretxe ?
Je suis très dubitatif. Le fait que ce soit justement le plan de Monsieur Ibarretxe et non le plan des citoyens basques pose problème. La société civile, les acteurs associatifs, syndicaux ou économiques n'ont pas eu leur mot à dire : aucun citoyen n'a été consulté pour son élaboration. Ce plan n'est donc pas porté par la société de la Communauté Autonome Basque et reste celui d'un responsable politique dont le parti a de gros intérêts en jeu lors des élections dans la région autonome, le 17 avril. Nous craignons que ce plan soit plus un calcul électoral que l'affichage d'une véritable volonté politique.
Pourquoi ?
Parce qu'avec l'interdiction du parti politique Batasuna, 15 % de l'électorat basque - sa part nationaliste la plus déterminée - sera "orphelin", ne sachant pour qui voter. En proposant ce plan qui lui donne une image de radicalité, mais en renvoyant son hypothétique mise en œuvre à l'après-élection, le PNB pense pouvoir capter à bon compte une partie de cet électorat… La suspicion est d'autant plus forte que le PNB ne s'est pas montré très volontaire pour que le gouvernement espagnol revienne sur l'interdiction de Batasuna…
Vois-tu toutefois des points positifs dans ce plan ?
S'ils aboutissent, certains éléments peuvent être intéressants, mais s'ils sont sincères et sans instrumentalisation partisane, ce qui reste, encore une fois, à prouver. Par exemple, la possibilité de faire un référendum concernant toute la société basque est une bonne chose, car les habitants du Pays Basque sont depuis trop longtemps privés de parole. Mais encore faut-il que la question posée soit élaborée en concertation avec la société civile de la Communauté Autonome, et pas seulement par un parti politique… Par ailleurs les revendications positives de ce plan, au niveau culturel ou institutionnel, ne dessinent aucune perspective pour l'ensemble du Pays Basque. Elles se limitent à la Communauté Autonome et oublient les autres parties que sont la Navarre et les trois provinces du Pays Basque Nord. Il serait préférable d'avoir une réflexion sur l'ensemble du Pays Basque, nord et sud, et de voir ensuite comment l'appliquer dans chaque région administrative, au-delà des découpages actuels.
Penses-tu que ce plan puisse conduire à des avancées pour le Pays Basque Nord, qui est bien loin d'avoir une autonomie - et donc des pouvoirs - équivalents à sa partie Sud ?
Difficile à dire à ce jour. Si ce projet devait aboutir - c'est-à-dire s'il démontrait qu'on peut lier plus fortement un territoire à ses citoyens et à l'Europe, en le détachant d'une tutelle d'État central - les nouvelles compétences de la Communauté autonome Sud seraient sans doute un élément de réflexion utile pour le Pays Basque Nord. Mais on n'en est pas là…
Justement, quelle est la situation au Pays Basque Nord ?
Comme annoncé l'année dernière, une chambre d'agriculture du Pays Basque a été créé à l'initiative de la Confédération Paysanne et du tissu associatif local, avec le soutien de syndicats basques du Sud. Cette initiative civique, qui rompt avec le carcan administratif et juridique imposé par Paris, a capté beaucoup de forces militantes ces derniers mois. Une assemblée constituante a "officialisé" son existence en janvier, et un bâtiment a été acheté. Il est maintenant indispensable de la faire vivre, car c'est un enjeu important face au mépris gouvernemental. Les agriculteurs basques, qui réclamaient depuis longtemps cet outil, peuvent désormais définir et appliquer la politique décidée par eux et adaptée à leur terre. Tous ceux qui demandaient une institution politique spécifique pour le Pays Basque Nord militent actuellement en priorité pour renforcer cette chambre d'agriculture. C'est une démonstration "grandeur nature" de la pertinence de l'autonomie : il faut donc gagner sa reconnaissance publique, car si ça fonctionne, on pourra envisager de faire la même chose sur le plan institutionnel.
Quelle a été la réaction des autorités ?
La Préfecture a bien évidemment essayé de saboter la mise en place de cette chambre d'agriculture, notamment en faisant pression sur les maires basques qui avaient apporté leur soutien. Les autorités françaises ont aussi essayé "d'allumer des contre-feux", en mettant en place des structures qui se veulent concurrentes mais sans aucun pouvoir de décision, et dont le seul objectif est de casser une dynamique dont elles savent bien qu'elle peut être riche de lendemains…
Lors des élections européennes, tu étais - aux cotés des Verts - un des leaders des mouvements "régionalistes". L'immense majorité des composantes de la fédération de ces mouvements, "Régions et Peuples Solidaires" a tranché pour le Oui au Traité constitutionnel européen, en considérant que ses dispositions permettaient de faire avancer leurs revendications en permettant, entre autres, le dépassement du modèle "État Nation". Ton propre mouvement, Abertzaleen Batasuna, qui penchait plutôt pour le Non, a choisi de ne pas donner de consigne de vote. Où en es-tu de ta propre réflexion ?
Je reste très perplexe. Je suis sûr que la construction européenne ne peut être que bénéfique pour le Pays Basque, car pire que le jacobinisme français, c'est impossible ! La France est le pays d'Europe le plus attardé sur le plan linguistique par exemple… Quand on voit, en France comme en Espagne, la négation de notre droit en tant que peuple à décider de notre avenir, quand l'existence même du Pays Basque est niée, on se dit qu'un échelon supérieur permettra cette reconnaissance qui est déjà acquise, pour d'autres, ailleurs. Mais je ne suis pourtant pas convaincu que cette Constitution donne plus de pouvoir aux régions, ni qu'elle permette aux langues régionales de perdurer. Je reste sur l'idée que les parties 1 et 2 du Traité peuvent constituer des avancées pour la construction politique de l'Europe, mais qu'avec les parties 3 et 4, c'est une Europe ultra-libérale qui se poursuit. Et j'ai bien peur que, dans la balance, ce soit ce libéralisme qui écrase la construction européenne. L'idéal serait, par un refus de cette logique, de repartir sur des bases plus saines. Je suis actuellement sur un "Non" à ce traité, mais je ne serai sûr de mon vote que le jour où je mettrai mon bulletin dans l'urne. Je suis donc vraiment preneur de débats contradictoires entre anti-libéraux opposés sur leur analyse sur ce Traité Constitutionnel Européen…
Propos recueillis par Guillaume Cros

Gorka : gorka.torre@club-internet.fr
Démo est mouvement d’action non-violente en faveur de la langue basque, d’une institution politique pour le Pays Basque et du respect des droits des prisonniers politiques basques.
www.demoak.ht.st