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Sommaire
L'Europe
vue de l'Hémicycle A
loi fondamentale, débat fondamental Derrière
le mur, le trottoir Antiracisme : l'Europe s'engage Grandes
oreilles (suite) Petite leçon d'eurojargon Première
manche Les "ambassadeurs" de l'Europe Vrac
d'Europe
L'Europe
vue de Midi Pyrénées Métro,
c'est trop ! Cessez-le-feu ! Syndicat en sursis ? Les
restos des sans-coeur
L'Europe
vue d'Aquitaine Faire
barrage au gâchis Symphonie pathétique Social
en carton-pâte Chasse gardée Pau Canfran :
attention au départ ...
Importants
progrès du rapport Buitenweg : permettre à une
organisation d’ester en justice pour représenter
une personne victime de discrimination ; gratuité des
plaintes ; inversion de la charge de la preuve ("Le
demandeur bénéficie de tout doute qui pourrait
subsister") ; indemnisation des victimes, etc.
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Gérard
ONESTA Député Vert européen, Vice
Président du Parlement européen
Carré
d'Europe N°3 – Eté 2000
L'Europe
vue de l'Hémicycle
A
loi fondamentale, débat fondamental
Fédéralisme,
bicamérisme, présidentialisme… Ces mots en
"isme" rebutent le citoyen lambda, qui les trouvent
abstraits et déconnectés de la vie quotidienne.
Coup sur coup, deux hommes politiques européens ont
réussi à mettre le débat institutionnel
sur la place publique, en lançant chacun un pavé
dans la mare. Le 10 mai 2000, pour exorciser les fantômes
d’un autre 10 mai, le "pépé flingueur"
Giscard se requinquait à coup de quinquennat, alors même
qu’il était contre en 1981, comme Chirac jusqu’en
1999. La boîte de Pandore d’une réforme de
la Constitution est ainsi ouverte. En se penchant sur les
systèmes politiques de leurs voisins européens,
les Français pourraient bien prendre conscience de
l’archaïsme et du déséquilibre
d’institutions taillées sur mesure par un général
prétendant, en son temps, incarner à lui seul la
patrie. Deux jours plus tard, le Vert Joschka Fischer,
ministre des Affaires étrangères allemand (et
vice-chancelier) sortait brusquement le débat européen
de la rengaine "élargissement et/ou
approfondissement", dont l’écho ne dépassait
pas jusqu’alors le petit cénacle des chancelleries
et des couloirs du Parlement européen. Á
l’inverse d’un Giscard qui n’en finit pas de
régler des comptes avec ses "amis" de 30 ans,
Joschka Fischer trace des perspectives audacieuses pour le long
terme et reprend à son compte les mises en garde émises
depuis des mois par les Verts et par les autres partisans d’une
Europe fédérale : "On court le risque qu’un
élargissement à 27 ou 30 Etats membres engendre
des crises graves." Cinquante ans après la
déclaration de Robert Schuman, qui avait lancé le
premier étage de la fusée Europe, Joschka Fischer
échafaude le second étage, qui doit aboutir à
une Europe fédérale (le mot est lâché
!), dotée d’une Constitution, d’un
gouvernement et d’un parlement composé de deux
chambres. Conscient des réticences de certains Etats
(en particulier le Royaume-Uni), Fischer propose qu’un
noyau de pays se lance en premier, noyau qui pourrait regrouper
les pays de la zone euro, mais aussi les pays candidats qui le
souhaiteraient. Les Verts français ont accueilli le
discours de Josckha Fischer avec une satisfaction mêlée
d’interrogations. Au Parlement européen, Gérard
Onesta a souligné en effet que si la “ musique ”
du discours (l’obligation d’un renforcement de
l’Europe politique) est bonne,les “paroles”
ne sont pas toujours à la hauteur : une Europe à
géométrie variable courrait le risque de voir se
reconstituer des fractures entre les pays les plus impliqués
et ceux qui ne voudraient (Royaume-Uni, Scandinavie…) ou
ne pourraient (ex-Yougoslavie, Ukraine, Turquie…)
rejoindre le noyau central. De plus, les propositions faites
par Fischer pour démocratiser les institutions sont
assez décevantes. Désolé Joschka : si tu
as parfaitement raison de défendre le bicamérisme,
qui est la base de tout vrai fédéralisme, ta
définition des deux assemblées est à
revoir. On ne peut pas revenir en 1979, où la chambre
incarnant l’Union - le Parlement européen - était
constituée de simples délégués des
parlements nationaux. L’élection directe des
députés européens sur listes
transnationales est la seule à même de renforcer
les liens qui unissent notre continent. Quant au sénat
européen que tu appelles, avec nous, de tes vœux,
pour incarner la richesse des différences, il ne peut
nier l’existence des régions, ces entités
très proches des gens, dont le poids est sans cesse
grandissant d’Allemagne au Royaume-Uni, d’Italie en
Espagne. Et ce sont des Français, victimes du
jacobinisme, qui te le confirment. Quoi qu’il en soit,
et bien que les idées avancées par Fischer ne
soient pas nouvelles, son discours a utilement secoué
les chancelleries, dans toute l’Europe et surtout en
France, ce qui prouve bien le vide sidéral où
s’enfonçait la construction européenne.
Aux citoyens de se saisir de ce débat à
présent, en particulier autour de l’élaboration
de la Charte européenne des droits fondamentaux - en
cours de finalisation et qui pourrait être adoptée
au sommet européen de Biarritz en octobre prochain -, et
autour de la Conférence Inter Gouvernementale, qui
devrait déboucher en décembre à Nice, où
les acteurs de la société civile européenne
se sont d’ores et déjà donné
rendez-vous.
Pour
alimenter le débat et mettre en évidence ces
enjeux de la présidence française les neuf
députés Verts français au Parlement
européen ont édité une plaquette,
disponible auprès d’Annie Lahmer.

Derrière
le mur, le trottoir
En mai dernier,
le Parlement européen a adopté le rapport de la
députée Patsy Sörensen : "pour de
nouvelles actions dans le domaine de la lutte contre la traite
des femmes". Patsy, élue sur la liste Agalev (Verts
flamands) est engagée depuis longtemps dans l’aide
aux prostituées d’Anvers. Les filières de
l’Est, qui se sont considérablement développées
depuis la chute du Mur, rendent d’autant plus urgent le
renforcement de la répression, mais aussi de l’aide
aux victimes, que le trafic de femmes provient ou passe, pour
une grande part, par des pays candidats à l’Union.
Principales avancées du rapport Sörensen :
soutien aux victimes ; développement d’ONG
spécialisées dans la lutte contre la traite en
Europe de l’Est ; coopération policière et
judiciaire; extension de la définition de la traite aux
femmes amenées à l’étranger et
forcées à se marier à des fins
d’exploitation sexuelle commerciale ou à se livrer
à des formes de commerce sexuel autre quela
prostitution.

Antiracisme
: l'Europe s'engage
Années
1980, les partis racistes resurgissent partout en Europe. En
1986, l’Europe adopte une déclaration commune
contre le racisme et la xénophobie. À l’occasion
de l’année européenne contre le racisme
(1997), le Conseil a créé l’Observatoire
européen des phénomènes racistes et
xénophobes, dont le siège est à…
Vienne ! Son inauguration, en avril dernier, fut l’occasion
pour la Présidente de rappeler l’attachement du
Parlement européen aux droits de l’être
humain et son aversion pour toute forme de racisme, comme elle
l’a fait avec conviction, 5 jours plus tard, lors de la
réception officielle par le Parlement européen du
président autrichien Thomas Klestil. Ce qui n’a
pas empêché les conservateurs autrichiens, alliés
au parti xénophobe de Jörg Haider, de réintégrer
- après deux mois de suspension - le Parti Populaire
Européen, principal groupe représenté au
Parlement européen et auquel appartient Nicole Fontaine.
En mai, le Parlement européen a adopté le rapport
de la vertenéerlandaise Kathalijne Buitenweg, sur "la
mise en œuvre de l’égalité de
traitement entre les personnes sans distinction de race ou
d’origine ethnique". La législation
antiraciste est désormais harmonisée et
renforcée.

Grandes
oreilles (suite)
Après
à la mobilisation des députés Verts au
Parlement européen (cf. Carré
d’Europe n°2),
le nombre de signatures nécessaire à la
constitution d’une commission d’enquête
parlementaire destinée à examiner "les
allégations d’infraction au droit communautaire
due à l’existence et aux utilisations présumées
du système Echelon" a été réuni.
Outre les députés du groupe Vert/ALE et ceux de
la gauche européenne (PC, extrême gauche), les
socialistes français et les membres du groupe UEN,
présidé par Pasqua, ont apporté leur
soutien à cette initiative. Hélas ! le groupe
socialiste du Parlement européen, par voix de son
président, l’espagnol Enrique Barón Crespo,
a une nouvelle fois - solidarité avec les travaillistes
anglais oblige - fait preuve d’une suspecte inertie.
Ainsi, début juin, les deux grands groupes,
sociaux-démocrates (PSE) et chrétiens-démocrates
(PPE), ont-ils préféré limiter les
pouvoirs d’enquête du Parlement, en proposant pour
une "commission temporaire", et non pour une
"commission d’enquête". Ce n’est
pas qu’une question de vocabulaire, car le règlement
du Parlement donne beaucoup moins de pouvoir d’investigation
à une commission temporaire, qui ne peut "baser ses
travaux que sur des documents accessibles au public général"
et ne comporte pas, en définitive, de véritables
pouvoirs d’enquête. Paul Lannoye, co-président
du groupe Vert/ALE en a appelé à la plénière
pour trancher. A suivre. Profitant
d’une délégation
du Parlement européen
en
visite officielle en Nouvelle-Zélande, en mars dernier,
Gérard Onesta s’était rendu sur le site
d’une des bases d’Echelon, à Waihopai,
accompagné d’un député Vert
néo-zélandais, pour dénoncer la complicité
de la Nouvelle-Zélande dans ce système
d’espionnage mondial mis en place par les services
secrets des Etats-Unis. Au passage, quel plaisir de
constater qu’aux antipodes, les écologistes se
battent exactement sur les mêmes thèmes qu’en
Europe : OMC, OGM, nucléaire, droits des peuples
autochtones… et bien évidemment Echelon. Cette
opiniâtreté politique a été payante,
puisque le parti Vert néo-zélandais (le plus
ancien parti écologiste au monde) a fait une entrée
remarquée au Parlement en décembre dernier.
Contact
Green Party of New Zealand… PO Box 11652,
Wellington, Nouvelle-Zélande www.greens.org.nz

Petite
leçon d'eurojargon
Les
délégations interparlementaires Les
626 députés européens sont en contact avec
leurs homologues des parlements de pays non membres de l’Union.
Il existe 35 délégations
interparlementaires. Chaque délégation est
composée d’une quinzaine de députés
européens, et est en relation avec les assemblées
parlementaires des pays non membres de l’Union. Les
députés sont ainsi des "ambassadeurs"
de l’Europe. Il ne s’agit pas seulement de
rencontres entre députés (avec visite mutuelle),
mais d’une connaissance approfondie des dossiers locaux,
de contacts avec les ONG…
On
compte trois catégories de délégations
interparlementaires :
Les
14 commissions parlementaires mixtes font le lien
chacune avec un pays candidat à l’entrée
dans l’Union, préparant ainsi son élargissement.
Ce sont les délégations qui abordent les sujets
les plus concrets et complexes.
Les
20 délégations inter-parlementaires établissent
des relations avec un ou plusieurs pays hors Union européenne
et non candidats à l’adhésion. Pour les
grandes entités, il n’y a qu’un pays
(Russie, Chine, Japon, Etats-Unis, Canada…) ou deux
(Australie et Nouvelle-Zélande…), mais parfois
beaucoup plus (Amérique du Sud, Asie centrale…).
Une délégation concerne l’Espace Economique
Européen (EEE), sorte de marché commun des pays
de l’Europe de l’ouest qui refusaient de construire
une Europe politique. Au fil des ans, cette délégation
s’est réduite, et ne comprend maintenant plus que
la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein, puisque
la Suisse a refusé d’y participer et que les
autres pays qui en faisaient partie (Royaume-Uni, Irlande,
Portugal, Danemark, Autriche, Finlande, Suède) ont tous
fini par adhérer à l’Union européenne.
À noter deux délégations diplomatiquement
très sensibles : Israël et Conseil législatif
palestinien.
L’Assemblée
paritaire Afrique-Caraïbes Pacifique/Union
européenne (ACP/UE) est une délégation
inter-parlementaire particulière, car elle est de loin
la plus importante en nombre de sièges, composée
de 71 députés européens et de 71
parlementaires issus des 71 pays d’Afrique, des Caraïbes
et du Pacifique, signataires de la Convention de Lomé.
Pilotant le Fonds européen de développement (FED)
dans le cadre d’accords pluriannuels, cette Convention,
qui instaure un partenariat privilégié entre
l’Europe et la plupart de ses anciennes colonies, est
malmenée par les règles cyniques de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Première
manche
L’absence de statut
pour les assistants des députés européens
permettrait des dérives inadmissibles : assistants
sous-payés ou sans contrat, sans couverture sociale,
emplois fictifs… Première
victoire : après 6 mois de concertation intensive,
Gérard Onesta, vice-président en charge de ce
dossier, a réussi à faire voter par le Bureau du
Parlement européen un net renforcement du contrôle
sur l’utilisation des indemnités de secrétariat.
La droite s’est divisée, la présidente et
les vice-présidents de la droite italienne et espagnole
se désolidarisant de leurs collègues anglais et
allemands, plus rétrogrades. Dorénavant, les
députés devront fournir une copie des contrats
les liant à leurs assistants et des documents prouvant
leur couverture sociale et une assurance. Enfin, pour la
première fois, la liste des assistants sera rendue
publique. Le déblocage de ce dossier en souffrance
depuis plus de 20 ans a valu aux Verts une large couverture de
presse (et la franche inimitié des fraudeurs, envers de
Gérard !). Pourtant, le combat n’est pas terminé.
Reste à trouver, avec la Commission et le Conseil, une
base juridique pour régler les problèmes en
suspens (employeurs transfrontaliers, salaires minima…).
Un enjeu pour la présidence française qui vient
de débuter.

Les
"ambassadeurs" de l'Europe
Dans
quelle délégation interparlementaire siègent
les euro-députés Verts ?
Daniel
Cohn-Bendit : président de la délégation
Turquie Marie Anne Isler Béguin : membre de la
délégation Arménie-Azerbaïdjan-Géorgie Alain
Lipietz : membre de la délégation Amérique
du Sud et Mercosur (marché commun sud-américain) Hélène
Flautre : vice-présidente de la délégation
Maghreb, suppléante dans la délégation
Turquie Gérard Onesta : membre de la
délégation Australie & Nouvelle-Zélande,
suppléant de la délégation Espace
Economique Européen Danielle Auroi : membre de
la commission parlementaire mixte République
tchèque Didier-Claude Rod : membre de
l’Assemblée paritaire ACP/UE Alima
Boumediene-Thiery : membre de la délégation
Mashrek et Etats du Golfe Yves Pietrasanta : membre
de la délégation Mashrek et Etats du Golfe
A
noter aussi, parmi les autres membres du groupe Vert/ALE :
Per
Gahrton (Vert suédois) président de la
délégation République populaire de Chine
; Bart Staes (régionaliste flamand) président
de la délégation Kazakhstan, Kirghizstan,
Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan et
Mongolie ; Pierre Jonckheer (Ecolo belge) :
vice-président de la délégation Israël
; Wolfgang Kreissl-Dörfler (Vert allemand) :
vice-président de la délégation Amérique
centrale et Mexique ; Elisabeth Schroedter (Verte
allemande) : vice-présidente de la délégation
Ukraine, Biélorussie et Moldavie ; Matti Wuori
(Vert finlandais) : vice-président de la délégation
Estonie.

Vrac
d'Europe
Plein
vent Une directive européenne de 1993
portant sur la conservation des denrées alimentaires
pour les "marchés de plein vent". Son
application par la France (arrêté ministériel
de 1995) est entrée en vigueur au mois de mai, marquée
par un hygiénisme extrême (au-delà de ce
que demande la directive), dérive que les écologistes
ont toujours condamnée. La mobilisation a porté
ses fruits. Constatant que le droit français allait
au-delà de ce que demandait le droit européen,
plusieurs députés ont annoncé des
initiatives pour obtenir des dérogations. C’est
maintenant aux autorités nationales de prendre les
dispositions nécessaires pour que les spécificités
locales soient respectées, et que chacun puisse
continuer à faire son marché hebdomadaire de
produit frais, de qualité et de bon goût.
La
démocratie par l'eau Les 7 pays les plus
riches de la planète se réunissent régulièrement,
c'est le fameux Groupe des 7 (ou G7). Depuis 1997, les ONG de
développement et les écologistes organisent des
P7, réunissant des représentants des pays les
plus pauvres. Début juin était organisé, à
Bruxelles, le quatrième sommet du P7, sur le thème
: "eau, droit de vie au XXIe siècle". Des
représentants du Burkina-Faso (Ram Ouedraogo, ministre
Vert de l'Environnement), du Sénégal, d'Ethiopie,
de Madagascar, de Palestine, du Vietnam et de Colombie sont
venus échanger avec les Verts et les ONG. Face à
la tendance à la privatisation de cette ressource
vitale, et face aux politiques destructrices promues par la
Banque mondiale et le FMI, le P7 a réaffirmé
plusieurs principes : le droit à l'accès à
l'eau, source de vie non substituable ; le maintien de la
propriété et de la gestion des services d'eau
dans le domaine public, sous contrôle démocratique
; enfin, l'eau doit contribuer à la solidarité de
vie entre communautés, pays, sexes et générations.
L’autre
Tunisie À l'initiative de plusieurs députés,
dont Hélène Flautre, membre de la délégation
UE/Maghreb, le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik, celui par
qui la dictature de Ben Ali est enfin dévoilée au
grand jour, est venu au Parlement de Strasbourg en mai dernier.
Hélène s'est rendue à Tunis pour assister
au procès en appel de Jalel Zoghlami, frère de
Taoufik Ben Brik. Par contre les deux grands groupes au
Parlement européen (droite et socialistes) ont refusé
qu'un débat d'urgence soit organisé au Parlement
européen, sans doute pour ne pas gêner "notre
ami Ben Ali".
Coup
de tabac L’industrie du tabac a subi un échec
à Strasbourg, le 14 juin dernier. Didier-Claude Rod,
membre de la commission Santé, s'est déclaré
satisfait : les avertissements sur les paquets de cigarettes
auront une taille suffisante, les termes "légères"
ou "ultra-légères" seront interdits, de
même que l'ammoniac, qui provoque une augmentation de
l'accoutumance. Les taux maxima de nicotine, goudron et
monoxyde de carbone seront diminués. Danielle Auroi,
membre de la commission Agriculture, a fait voter un amendement
: la Commission européenne pourra utiliser son fonds de
recherche et d'information sur le tabac pour permettre aux
producteurs de tabac de s'adapter, dans les meilleures
conditions, aux nouvelles normes. La bataille en seconde
lecture s’annonce rude, nous en reparlerons plus en
détail dans Carré
d’Europe n°4
Cap
au Sud À l'occasion du P7 (voir ci-contre),
et à l'invitation de Didier-Claude Rod, de nombreux élus
écologistes chargés de coopération
décentralisée et de solidarité
internationale se sont rencontrés à Bruxelles.
Après des échanges fructueux entre Verts, puis
avec des représentants du Sud, des migrants et des ONG
de développement, il a été décidé
de plusieurs actions et d'une coordination entre élus.
Contact : Ludovic Bu, Tél : 03 88 17
74 37, e-mail : didierrod@europe.com
Libres
paroles "Pour que Vivent nos langues",
c’est l’association créée par des
animateurs de la fédération "Régions
et Peuples Solidaires" (branche hexagonale de l’ALE),
des Verts et des mouvements culturels. But principal : la
ratification par la France de la Charte européenne des
langues régionales et minoritaires. Première
action : collecte de "chèques-pétition"
de 10 F, pour constituer un solide réseau. Contact
PQVNL 22 rue Calvin, 56100 An Oriant/Lorient, Tél :02
97 84 85 23.
C’est
pas le Pérou ... Alain Lipietz, membre
de la délégation Amérique du Sud du
Parlement européen, s’est rendu en Equateur, où
il a rencontré la coordination des indigènes (le
quart de la population du pays). Le parti le plus enraciné,
Pachakutic, venait d'emporter un succès considérable
aux élections cantonales et régionales, en
gagnant 5 régions sur 20. Ils sont demandeurs de
contacts avec les Européens. Avis aux municipalités
vertes qui veulent faire des jumelages. Contact :
Augusto Barrera : augusto@ciudad.ecuanex.net Alain
s'est ensuite rendu en Colombie, ravagée par la guerre
civile. Il a rencontré le "parti frère"
Oxigeno Verde. Il a été décidé
d'entretenir des rapports plus solides. Enjeu à venir et
à suivre avec attention, tout particulièrement au
niveau européen : le plan de paix pour la Colombie, en
passe de devenir les Balkans de l'Amérique du
Sud. Contact : Alain tèl : 00 32 22 84
72 07 , e-mail : alipietz@europarl.eu.int
Timbrés
! La poste est un service public. C’est grâce
à cela qu’une lettre envoyée d’un
hameau lozérien vers une île bretonne coûte
le même prix qu’une lettre allant d’un
arrondissement parisien à un autre. Un projet de
directive européenne, dans le droit fil de la politique
libérale en vogue à Bruxelles, vise à
"libéraliser" les services postaux pour toutes
les lettres pesant plus de 50 g. Un appel "Pour un service
universel postal de haut niveau" est lancé. Au 15
juin, il avait déjà recueilli les signatures de
110 députés européens sur 626 (la plupart
des groupes Vert/ALE et Gauche unitaire européenne, mais
aussi des socialistes français et quelques travaillistes
britanniques). A suivre. Contact : Hélène
ou Marie Anne tél. 00 32 22 84 73 64, e-mail :
hflautre@europarl.eu.int tél.
00 32 22 84 75 72, e-mail : maisler@europarl.eu.int
Passeport
pour la liberté 17 députés
européens, dont Dany Cohn-Bendit, ont lancé
l’initiative "Passeport pour la liberté".
Le but : établir un lien de solidarité politique
et morale entre des personnes luttant dans leur pays pour les
droits de l’homme contre une forme d’oppression
politique, et des députés souhaitant s’engagerà
les soutenir dans leur lutte. Il y a certes Alain Madelin et
Thierry Jean-Pierre parmi les signataires, mais aussi Mario
Soares, ancien président socialiste du Portugal, Emma
Bonino, Philippe Morillon, Michel Rocard, Fodé Sylla,
Geneviève Fraisse ... Contact : Dany Tél
: 00 32 22 84 74 98, e-mail : dcohnbendit@europarl.eu.int
AOC
ou OGM ? La Commission européenne introduit
subrepticement le vin génétiquement modifié
dans sa proposition de modification d'une directive sur la
commercialisation des matériaux de multiplication des
vignes. Marie Anne Isler Béguin, membre de la commission
Environnement du Parlement européen, a dénoncé
ce nouveau scandale, alors qu'aucune demande n'émane de
la part des viticulteurs, toujours fortement attachés à
l'authenticité du vin.
Charte Alima
Boumediene-Thiery, avec les ONG, mène un double combat :
que la Charte des droits fondamentaux ait un contenu ambitieux,
et qu’elle fonde le futur droit européen. Les
opposants des Verts se contenteraient soit d’un texte
édulcoré, soit d’un texte fort mais
purement déclaratif (et décoratif ?). Nous y
reviendrons en détail dans le prochain Carré
d’Europe. Contact : Alima Tél :
00 32 22 84 75 74, e-mail : aboumedienne@europarl.eu
Mare
nostrum Un peu comme "Lomé", qui
sert de nom générique pour la politique de
l’Union européenne d’aide au développement
des pays ACP (cf. Eurojargon), le "processus de Barcelone"
évoque, dans le "parler bruxellois", la
coopération euro-méditerranéenne, en
référence à un sommet réuni dans la
capitale catalane en 1995. "Méda" est
l’instrument financier du partenariat euro-méditerranéen,
censé assurer un développement autochtone durable
dans les 12 pays partenaires. Yves Piétrasanta est
rapporteur du Parlement européen, chargé de
proposer des modifications pour "Méda 2", qui
devrait être adopté sous présidence
française. À l’initiative du WWF, de la
fondation Heinrich Böll et d’ONG méditerranéennes,
un dialogue s’est instauré pour un processus de
renégociation de Méda. Le dialogue s’est
poursuivi le 29 juin au Parlement européen. Compte rendu
dans le prochain Carré d’Europe. Contact
: Yves , Tél : 00 32 22 84 74 75, e-mail
: ypietrasanta@europarl.eu.int
Chiche
! Effet de serre : Le projet "The bet" (le
pari), dont le but est de réduire de 8 % en 8 mois les
émissions de gaz à effet de serre (cf. Carré
d’Europe n°2),
démarre bien. Cinquante participants se sont retrouvés
au premier meeting international, venant de toute l’Europe
(jusque l’Estonie). Des subventions sont déjà
trouvées, des cofinancements (éthiques, bien sûr)
sont encore recherchés. Ventes d’armes : Chiche
! a participé aux actions contre le salon Eurosatory du
Bourget, du 19 au 23 juin. Eté studieux : European
youth environment festival (Festival environnement de la
jeunesse européenne) du 12 au 19 juillet en Angleterre.
Camp d’été à Mecklembourg (nord
de l’Allemagne) du 27 juillet au 2 août. Rencontre
Ekotopia en Finlande, du 1er au 16 août. Contacts
: Ecotopia European youth forest action, Tél.
+358-09 26 09 074, e-mail : ekotopia@kulma.net Chiche
! : Olivier Richard, Tél : 06 84 12 11 06, e-mail:
chiche@innocent.com

L'Europe
vue de Midi Pyrénées
Métro,
c'est trop !
Toulouse s’est dotée,
depuis 10 ans, d’une ligne de métro automatique.
Pourtant, cette agglomération reste en France celle où
la part des déplacements en voiture est une des plus
grandes ! C’est que le choix du métro va de pair
avec un refus de remettre en cause la place accordée à
la voiture individuelle.À l’inverse, le tramway
est un mode efficace, convivial, d’un coût
raisonnable, et qui permet unerequalification du paysage urbain
et un partage de la voirie. Mais certaines villes
françaises, comme Rennes ou Toulouse, s’obstinent.
Ainsi le projet de plan de déplacements urbains de
l’agglomération toulousaine prévoit que 1,2
milliard d’euros sur 1,8 milliard seront affectés
au métro. Pour rentabiliser la première ligne, on
a dû densifier l’habitat sur son parcours en créant
de véritables nouveaux quartiers comme à
Jolimont. Ce n’est plus le métro qui dessert la
ville, c’est la ville qui dessert le métro. Une
deuxième ligne est prévue, qui ne desservira,
pour l’essentiel, que la commune de Toulouse. Il semble
que ce choix n’ait fait l’objet d’aucune
étude comparative poussée. Pourtant, la même
somme permettrait de construire 4 fois plus de lignes de
tramway, en moins de temps. Bordeaux, a fait le choix du
tramway, tout comme Nantes, Orléan, Grenoble ou
Montpellier, qui vient d’inaugurer sa première
ligne. La cohérence des transports collectifs dans
l’agglomération toulousaine est ainsi obérée,
au profit d’un équipement qui ne résout
qu’une petite partie des besoins de déplacement.
Cet investissement disproportionné va en effet
pomper tous les crédits transport de l’agglomération
pendant dix ou quinze ans. La réglementation européenne
en matière de transports urbains est pourtant très
claire : la lutte contre l’effet de serre et contre les
nuisances passe par une inversion des priorités, au
profit des modes alternatifs à la voiture individuelle.
C’est aussi le sens de la loi sur l’air, et du plan
de déplacements urbains qu’elle rend obligatoire
dans toutes les agglomérations de plus de 100 000
habitants. Beaucoup de villes européennes - et
quelques villes françaises, dont Strasbourg, une des
capitales de l’Europe, qui a prouvé que le tram
est une réussite - ont d’ores et déjà
mis en place les mesures indispensables pour réduire la
place de la voiture en centre ville, premier pas vers une autre
façon de penser la cité. A lire également
le dossier du journal "le Monde" du 18 juin 2000 sur
le tramway.

Cessez-le-feu
!
Dix-huit jours de tir en janvier
2000, 26 en février, 30 en mars… Non, ce n’est
pas la macabre comptabilité d’un quelconque
état-major d’un pays en guerre, mais celle de
l’ADRICC, association de défense des riverains du
camp de Caylus (Tarn-et-Garonne). Ce sont 6 000 hectares de
causse qui servent de terrain d’entraînement aux
militaires d’un peu partout. Avec leur kyrielle de
nuisances sonores et environnementales. Les défenseurs
du camp, dont les élus locaux, évoquent les
retombées économiques de la présence
militaire dans la région. Mais "l’armée
ne paye ni taxe locale, ni contribution aux communes voisines",
affirme le président de l’ADRICC, Gérard
Dupin. Les retombées de la présence du camp sur
l’environnement n’ont jamais vraiment été
évaluées. Pourtant, depuis 1886, les réceptacles
de tir reçoivent munitions et explosifs contenant des
produits chimiques dangereux pour la santé (TNT,
composés aromatiques, métaux lourds…). Les
risques de pollution des nappes phréatiques sont
importants, sur un sol ultra poreux comme l’est celui du
causse. Cerise sur le gâteau : un transformateur au
pyralène a été retrouvé, abandonné,
dans une faille sur le camp. Les services de l’Etat se
renvoient la balle : DRIRE (Direction Régionale de
l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement)
et préfecture se sont déclarées
incompétentes. Seule l’armée peut
intervenir sur le domaine militaire. Aucune garantie donc sur
les informations que peut donner " la grande muette". Dans
ces conditions, comment faire appliquer les directives
européennes qui protègent l’environnement
et les riverains ? Peut-être que l’intégration
du canton de Caylus à l’éventuel Parc
Naturel Régional de la vallée de l’Aveyron
et de la Grésigne permettrait une certaine transparence.
Mais les doutes persistent. Autre espoir : une réglementation
européenne est en préparation sur les nuisances
sonores. Mais là encore, si l’armée reste
seule compétente sur ses terres, comment faire appliquer
la loi ? Quant à la future défense européenne
en cours d’élaboration, elle doit, selon les
Verts, être fondée sur la prévention des
conflits et sur un véritable contrôle citoyen. On
évitera ainsi bien des gâchis budgétaires,
environnementaux et humains, à Caylus comme ailleurs.
Décidément,
l’armée aime le Tarn-et-Garonne ! Un camp
militaire est en projet à Lavilledieu-du-Temple.
Pourquoi ? On ne sait pas. Aucune information ne filtre. Secret
défense… Les
expropriations ont commencé dans une zone de 400 à
500 hectares située dans la grande couronne de Montauban
et limitrophe à Castelsarrasin, soit dans un bassin de
vie de près de 100 000 personnes. L’association
théopolitaine contre les nuisances locales (ATHENUL) ne
veut pas être mise devant le fait accompli. Tout sera mis
en place pour empêcher la construction d’un camp
qui n’a pas d’utilité dans ce département.
Déjà la résistance s’organise, avec
l’ADDRIC de Caylus. D’autres actions sont prévues…
Contact
Association théopolitaine contre les nuisances
locales (ATHENUL), c/o Jean-Pierre & Geneviève
Delfau, Paulet-Bas, 82290 LAVILLEDIEU ADDRIC, Saillagol,
82160 ST PROJET

Syndicat
en sursis ?
Dans
Carré
d’Europe n°2 nous avions
rencontré Raymond Fabrègues, porte-parole de la
Confédération paysanne de l’Aveyron. Il
avait évoqué une possible mise en examen du
syndicat paysan "en tant que personne morale", suite
à la destruction d’une parcelle de maïs
transgénique près de Rodez. Prévision
hélas ! vérifiée début juin. Cette
poursuite judiciaire crée un dangereux précédent
en Europe car elle constitue une atteinte caractérisée
à la liberté des syndicats, qui risque, à
terme, d'être réduite à son strict minimum
! Cette tentative de criminalisation peut être fatale
pour ces organisations. Elle peut les museler en les asphyxiant
financièrementpar de lourdes amendes, et en les
obligeant de facto à mettre la clef sous la porte. Il
devient urgent de mettre en place une véritable Europe
sociale et environnementale, pour que soit préservée
la liberté syndicale, et pour que les syndicats puissent
jouer leur rôle indispensable de contre-poids à la
mondialisation libérale. Les OGM sont rejetés par
une majorité des citoyens, mais aussi de députés
européens (voir éditorial). Ne laissons pas
les multinationales dicter leur loi.

Les
restos des sans-coeur
Embauché
en contrat à durée indéterminée au
Mac Donald’s de Lescure d’Albigeois (Tarn) depuis
septembre 1999, Rémi Millet, 23 ans, a été
licencié le 7 janvier 2000, pour faute . Il a fait appel
aux prud’hommes, qui statueront le 12 juillet prochain à
Albi. Au-delà d’une injustice flagrante à
l’égard d’un employé puni pour avoir
obéi à sa conscience, c’est la froide
logique d’un système économique fondé
sur le profit et l’asservissement qui est en cause. En
mai, les eurodéputés Sylviane Ainardi et Fodé
Sylla, du groupe de la Gauche unitaire européenne,
accompagnés de Stéphane Pocrain, porte-parole
national des Verts, étaient venus à Albi pour
soutenir le plaignant. Le 12 juillet, ce sera au tour de Gérard
Onesta, vice-président du Parlement européen,
d’être présent aux côtés de
Rémi pour dénoncer avec lui le manque d’Europe
sociale. Interview.
Rémi,
qu’as-tu fait de si grave pour être licencié
? Rémi Millet : un jour, une gitane est
entrée dans le restaurant et, par trois fois, a répété
"j’ai faim". Je lui ai dit que la mendicité
était interdite dans le restaurant, mais je ne pouvais
pas, humainement, ne pas l’aider. J’ai donc décidé
de lui donner 5 cheeseburgers, pris sur les points-repas
auxquels j’avais droit chaque jour pendant mes heures de
pause, et après avoir obtenu l’accord de ma
"manager". Celle-ci serait pourtant allée
ensuite me dénoncer auprès du directeur, et j’ai
été licencié. J’ai fait appel aux
prud’hommes, et le directeur du Mac Do a monté de
toutes pièces un dossier d’accusation, avec pas
moins de 35 fautes, dont une seule est exacte : une absence
injustifiée. La vraie raison, il ne me l’a avouée
qu’oralement : " on ne donne pas aux gitans".
J’ai donc été
licencié pour l’exemple.
Dans
quel contexte travaillais-tu ? RM : le
directeur d’un restaurant franchisé (c’est
le cas des Mac Do) a une assez grande marge de manœuvre.
C’est lui, par exemple, qui peut décider ou
refuser de nourrir les SDF. C’est lui, surtout, qui est
responsable de la gestion du personnel et donc de l’ambiance
de travail. Sauf ceux qui ont de la promotion, les employés
du Mac Do restent rarement longtemps, souvent quelques mois
seulement. Les manquements à la législation du
travail sont flagrants, par exemple le trafic de pointeuse
quand la durée légale de récupération
n’a pas été respectée. Les normes
d’hygiène très sévères, qui
font la réputation de Mac Do, sont parfois bafouées,
par commodité, comme lorsque l’on va se fournir
dans un autre restaurant de la région en cas de rupture
de stock, quitte à casser la chaîne du froid. J’ai
aussi remarqué que le restaurant était toujours
prévenu quelques jours à l’avance de la
visite des services vétérinaires. Quant à
la provenance des aliments, elle n’est pas toujours aussi
sûre qu’annoncé. Depuis mon licenciement,
j’ai beaucoup lu d’articles et de livres sur Mac
Donald’s, et j’ai appris, par exemple, qu’ils
embauchaient des gosses de 12 ans dans les pays où la
législation du travail est moins regardante qu’en
Europe.
Y
a-t-il eu des pressions psychologiques sur toi ou sur les
autres employés ? RM : oui. Dans un
premier temps, les employés du restaurant qui me
soutenaient ont eu une sorte de chantage à l’emploi,
qui s’est traduit par la signature d’une pétition
diffamatoire contre moi, envoyée à l’AFP.
Pétition rédigée par un attaché de
communication de Mac Do… comme je l’ai su plus
tard. Bien sûr, la plupart des signataires ont eu droit à
une promotion interne. Ma fiancée a été
attaquée en mon absence, chez nous. On nous a tué
un chat, et nous avons eu des menaces téléphoniques.
Ma compagne travaille toujours au Mac Do, et je crains pour sa
sécurité.
Ton
cas a été largement médiatisé
(presse écrite, télé…). N’y
a-t-il pas un risque de bulle médiatique qui pourrait
retomber après le jugement des prud’hommes ? RM
: la médiatisation est une bonne chose, car des
milliers de gens subissent les mêmes injustices et les
mêmes conditions de travail. Il faut qu’ils sachent
qu’ils ne sont pas seuls, qu’il ne faut pas se
résigner. La couverture médiatique doit être
un tremplin d’information contre la précarité,
contre le harcèlement, contre les situations présentes
dans ces grandes entreprises qui bafouent les droits de chacun
et que l’on ne peut accepter plus longtemps. Mon cas
n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Il
faut prendre conscience que les gens ne sont pas une
marchandise, qu’un employeur ne peut pas tout se
permettre parce qu’il a de l’argent ou parce qu’il
représente un grand groupe, ou encore parce que la
plupart de ses employés ont moins de trente ans.
Quelles
suites envisages-tu pour cette affaire ? RM : je
souhaite parvenir à fédérer les nombreuses
initiatives de soutien dans un réseau, une fondation ou
une association. Un site Internet pourrait servir à
pérenniser les initiatives. Des personnalités
m’ont apporté leur concours : Bertrand Tavernier,
Léon Schwarzenberg, Albert Jacquard… J’étais
hier à un contre-sommet de l’UNICE (le “
MEDEF ” européen) à Bruxelles, et j’ai
pris des contacts très fructueux avec des syndicalistes
(Confédération européenne des travailleurs
de l’alimentation), avec des journalistes… Je suis
déjà aidé par la CGT, le PC, l’UNEF,
ATTAC, etc. mais je voudrais que le cercle des mouvements qui
me soutiennent s’élargisse, pour éviter les
accusations de récupération. Je suis allé
en mai dernier au Parlement européen, où j’ai
pu rencontrer, entre autres, des députés Verts.
Bien entendu, je suis déjà en contact avec José
Bové et les gens de la Confédération
paysanne, et je serai le 30 juin à Millau pour leur
procès. Le jour où je passerai pour la seconde
fois devant les prud’hommes (prévu le 10 mai, le
jugement a été reporté au 12 juillet),
j’aimerais qu’il y ait des rassemblements devant
tous les Mac Do.
Contact
Association Agir Autrement 30, rue de Palouzie,
93400 Saint-Ouen Action Rémi Millet : les
dons sont les bienvenus

Faire
barrage au gâchis
Gardères-Eslourenties
pourrait être le beau nom d’une base de loisirs
nautiques du Béarn. Il n’en est rien. C’est
un projet pharaonique de retenue d’eau pour l’irrigation
et le soutien au débit d’étiage qui serait,
s’il se réalisait, le deuxième grand
chantier des Pyrénées-Atlantiques après…
le tunnel du Somport. Une digue de 550 mètres de long
et de 30 mètres de haut, qui créerait un plan
d’eau de 220 à 320 hectares, contenant 21 millions
de m3 d’eau. La vallée de Gabas serait noyée,
alors qu’elle est propice à une agriculture
extensive, respectueuse de l’environnement. Le soutien
au débit d’étiage de l’Adour et de
ses affluents n’est qu’un prétexte. Cet
ouvrage servira principalement à l’irrigation.
Résultat : pollution des nappes et des rivières
par les pesticides et les nitrates, suppression de haies,
lessivage des sols, augmentation de la vitesse d’infiltration,
d’où sécheresse et donc besoin d’irrigation
supplémentaire. C’est le cercle infernal. En
six ans, les surfaces irriguées ont été
multipliées par huit dans les Pyrénées-Atlantiques.
Faut-il multiplier les projets de stockage pour pouvoir adapter
l’offre à la demande ? Ici aussi, le marché
fait la loi. L’Europe, partenaire financier du projet à
ses débuts, tente désormais de limiter la
surproduction du maïs. Son désengagement
financier va donc être supporté par l’Agence
de l’Eau Adour-Garonne, qui ne peut pas laisser tomber sa
filiale, la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de
Gascogne chargée de la réalisation et de la
gestion du barrage. Cette politique est poussée par
les industriels de l’agroalimentaire et par les chambres
d’agriculture, qui cherchent à augmenter encore
les surfaces de maïs irrigué. On impose donc aux
petits agriculteurs (la surface moyenne des exploitations,
souvent tenues par des jeunes, est de 21 ou 22 hectares) de
s’adapter ou de mourir. Plus de matériels, plus de
surface cultivée, plus de production, et des marges qui
se réduisent… À terme, ne subsisteront que
ceux qui ont les moyens, donc les grosses exploitations. De
cette agriculture-là, les citoyens européens ne
veulent plus. La mobilisation contre la malbouffe ou les OGM le
prouve. La politique agricole commune (PAC), qui subventionne
fortement l’hectare aconstruit ce monde artificiel où
les paysans disparaissent, les cours des produits s’effondrent,
la nourriture est de mauvaise qualité, et les sols et
les eaux pollués. Cette fuite en avant devra cesser un
jour. Le plus tôt sera le mieux. Le refus de ce barrage
s’inscrit dans ce combat. Mais les lobbies
agroalimentaires et certains syndicats agricoles ne veulent pas
voir disparaître leur fonds de commerce...
Les
Verts du Bearn, 1 rue des Balaïtous, 64000 Pau
Tél. 05 59 32 46 08

Symphonie
pathétique
Le bassin
d’Arcachon fait partie du programme européen
"Terra Symphonie", qui a pour objectif d’accélérer
le développement durable sur les zones côtières. Dans
ce contexte, la décharge d’Audenge est un
véritable scandale écologique, où la
mauvaise foi côtoie l’absence de volonté
politique. Ouverte dans les années 1970,à une
époque où l’environnement ne préoccupait
pas grand-monde, personne n’a maintenant le courage de
prendre les décisions qui s’imposent. Installée
à deux pas du bassin d’Arcachon et à
proximité immédiate du parc ornithologique du
Teich, et malgré une géologie peu favorable, la
décharge accueille des déchets de toutes
catégories, venant de tout le sud de la France, en toute
impunité. Du jus d’ordure concentré
s’infiltre dans le sol sablonneux et altère la
nappe phréatique, comme le montrent des analyses
effectuées fin 1999, du Centre européen de
recherche et d’application géologique. Les risques
de pollution des ruisseaux se déversant dans le bassin
d’Arcachon ne sont pas négligeables. Le plan
départemental d’élimination des déchets,
fondé initialement sur le tout-incinération, a
négligé le recyclage et les autres formes de
valorisation. Il est vrai que la décharge est une
véritable manne financière, autant pour la
commune (environ 12 millions de francs en 1998), que pour les
exploitants (dont une filiale de la Lyonnaise des Eaux), ou
encore pour les entreprises de transports de déchets.
Mis au pied du mur à cause de leur attitude laxiste et
irresponsable, élus et administration s’enlisent
dans leur inertie. Les nombreuses infractionsconstatées
par les associations de défense de l’environnement
sont maintenant soumises à la justice et à
l’appréciation de la Commission européenne. Seule
une fermeture rapide de la décharge couplée à
un nettoyage du site et un recyclage des déchets
permettra peut-être, d’éviter une pollution
majeure dans le secteur. Simple question de bon sens…
et de courage politique.
Aquitaine
Alternative, 3 rue Tauzia, 33800 Bordeaux Tél.
05 56 91 81 95

Social
en carton-pâte
A Talence
(Gironde), 131 personnes risquent de se retrouver sur le
carreau. Schéma classique : des rachats en série
permettent à certains de s’engraisser… en
"dégraissant", sans se soucier des
conséquences sociales. Au final : une grosse entreprise
qui fait des profits et qui veut se débarrasser des
branches fragilisées et, en bout de course, la
délocalisation. La grande entreprise, c’est
Ahlstrom (rien à voir avec Alstom), qui a un chiffre
d’affaires de 1,7 milliard d’euros. L’entreprise
en difficulté, c’est Cartonnages de France de
Talence, qui fabrique des boîtes en carton. Depuis
septembre 1999, ce sont des pressions sur les salariés,
mais aussi des moments de mobilisation pour défendre les
emplois et prouver que l’entreprise peut vivre. Car
tout est réuni pour que l’entreprise prospère
: un outil de travail moderne et performant, un personnel
qualifié et compétent, des marchés locaux
et nationaux. Mais pour être viable, cette entreprise
a besoin que l’Europe se dote de règles empêchant
le dumping social et arrête de favoriser d’inutiles
flux de marchandises, comme celui de la pâte à
papier scandinave vers la forêt des Landes.
FILPAC
CGT Cartonnage de France, 82,
rue Fernand Izer, 33400 Talence

Chasse
gardée
L’Aquitaine,
ses plages immenses, sa forêt landaise, sa gastronomie
inégalable, son Histoire riche et … ses
chasseurs. Véritable lobby, l’extrême
chasse, minoritaire chez les chasseurs, fait régner une
sorte de terreur politique. Derrière un semblant de
notabilité, menaces et coups bas sont légion. Un
seul mot d’ordre : la défense des privilèges
d’un autre temps, au détriment de l’avenir
commun. Dernièrement, les élus CPNT (Chasse,
pêche, nature et traditions) du Conseil régional
d’Aquitaine ont conditionné leur vote positif pour
le contrat de plan Etat-Région à l’adoption
d’une motion demandant aux députés de "bien
voter" sur la loi "Chasse" à l’Assemblée
nationale. Pourtant, rares sont les écologistes qui
réclament l’abolition de la chasse. Ils demandent
simplement un compromis intelligent entre les chasseurs et les
autres usagers du milieu naturel. Ils exigent la mise en
conformité de la loi française avec la directive
européenne de 1979, dite "directive oiseaux"
qui, seule, peut permettre la protection d’espèces
dont tous les comptages montrent la grave diminution des
effectifs. C’est de toute façon indispensable, la
France pouvant se voir infliger un amende européenne
allant jusqu’à 633 000 euros par jour ! La
France est, en fait, le seul pays européen où la
chasse fait problème. L’ouverture de la chasse
aux oiseaux d’eaux est la plus précoce de toute
l’Europe de l’Ouest. La période de chasse
est la plus longue d’Europe, et c’est le pays où
l’on chasse le plus grand nombre d’espèces
d’oiseaux. Le tout en contradiction totale avec les
fondements de la directive Oiseaux. De plus, la plupart des
pays européens permettent aux propriétaires
d’interdire la chasse sur leurs terres, et ont instauré
un ou plusieurs jours de non-chasse. Interdiction de chasser le
dimanche dans certains comtés anglais et au Pays-Bas. En
Italie, la loi nationale interdit la chasse le mardi et le
vendredi, et limite le nombre de jours de chasse à trois
jours par semaine. Au Portugal, la chasse se limite au jeudi et
au dimanche. Des dérogations peuvent être
acceptées dans certains pays pour la chasse de nuit,
mais celle-ci reste interdite la plupart du temps. Pourtant
nulle part en Europe la chasse n’a disparu. Elle joue
son rôle de régulation des espèces, en
l’absence de prédateurs naturels, et de gestion
des espaces. C’est une chasse raisonnable. Alors
pourquoi tant de bruit ? La réponse se trouve peut-être
dans le pouvoir exorbitant des fédérations de
chasse. Véritables entreprises commerciales, aux
pratiques discutables dans certaines régions, elles sont
peu contrôlées. La cour des comptes a épinglé
les fédérations sur leur gestion scandaleuse des
fonds publics et sur les trop fréquentes confusions
entre leurs comptes et ceux de CPNT. Une remise à plat
est indispensable. L’Europe montre le bon exemple. La
nouvelle loi Voynet sur la chasse va permettre enfin de le
suivre, permettant une harmonisation des rapports entre tous
les utilisateurs de la nature. En Aquitaine aussi.

Pau-Canfran
: attention au départ...
La
décision de réouvrir la ligne ferroviaire
Pau-Canfranc est une grande victoire pour tous les écologistes
européens. Les travaux de réaménagement de
cette ligne, fermée depuis 1970, ont été
programmés dans le contrat de plan Etat-Région
voté par le Conseil régional d’Aquitaine.
Victoire symbolique puisqu’elle participe à une
prise de conscience sur le nécessaire rééquilibrage
des divers modes de transports. La ligne devrait être
prochainement inscrite au schéma européen des
transports. Ainsi 68 millions de francs seraient investis par
l’Union européenne, soit 20 % du montant total.
Plusieurs alternatives à la route peuvent maintenant
être envisagées pour relier la péninsule
ibérique au reste de l’Europe. Par le rail,
avec le projet de TGV Perpignan-Figueiras, et bien sûr
par la ligne Pau-Canfranc. Et n’oublions pas la mer,
car les capacités en matière de cabotage, tant en
Méditerranée que dans l’Atlantique, sont
très prometteuses. Construire de nouvelles routes
dans les Pyrénées serait donc non seulement
destructeur et ruineux, mais aussi superflu. L’Europe
a un rôle important à jouer pour promouvoir une
politique soutenable des transports. La taxation des transports
polluants pourrait être un premier pas…
Nouveau
défi pour Dominique Voynet, qui va présider
pendant 6 mois le Conseil des ministres de l’environnement
de l’Union.
Groupe
des Elus Verts, Conseil Régional d’Aquitaine
14, rue françois de Sourdis, 33077 Bordeaux
cedex Tél : 05 57 57 80 95 Fax
: 05 57 57 84 18

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