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Sommaire
L'Europe
vue de l'Hémicycle Le
tigre et la carpette Les animaux malades de la PAC Pirates
contre poètes ? Pauvre uranium Petite leçon
d'eurojargon Vrac d'europe
L'Europe
vue de Midi Pyrénées L'Europe
en compote Cause toujours Pic du Midi, bouillon de onze
heure ? Puisque Chérif ne va pas en prison …
L'Europe
vue d'Aquitaine Ça
vaut la peine Airbus au ras du bitûme Pas nette
l'économie ! Mégajoule, mégâchis
|
Gérard
ONESTA Député Vert européen, Vice
Président du Parlement européen
Carré
d'Europe N°6 – Printemps 2001
L'Europe
vue de l'Hémicycle
Le
tigre et la carpette
La vague
d'indignation soulevée à travers tout le
continent, par le traité de Nice, ne serait pour
monsieur Védrine, qu'une "erreur d'appréciation
collective" ! Hubert Védrine est content
de lui : Nice a accouché d'un bon traité. Quant à
la vague d'indignation que ledit traité a soulevé
à travers tout le continent, ce n'est, pour monsieur
Védrine, qu'une "erreur d'appréciation
collective" (sic !). Voici donc le traité de Nice
en quête de ratification par les 15 parlements nationaux.
Quid du Parlement Européen ? Le traité n'est
pas conçu pour s'embarrasser de l'accord de l'assemblée
représentant les citoyens de l'Union… Pourtant le
Parlement Européen peut avoir un vrai poids moral, s'il
décide de se faire entendre. Mais de quelle voix :
rugissement ou murmure ? On dit souvent que, parce que les deux
"grands" groupes (PPE et PSE) qui le dominent sont
rapidement rappelés à l'ordre par leurs
gouvernements respectifs, ce parlement a coutume de "bondir
comme un tigre… et d'atterrir comme une carpette". Qu'en
sera-t-il cette fois ? Un rapport prévu pour mai
s'annonce virulent et critique comme jamais ce parlement n'osa
l'être lors de l'évaluation des traités
précédents. Pour autant, le courage politique du
PPE et du PSE n'irait pas jusqu'à sommer les parlements
nationaux de rejeter le "machin" niçois. On
s'oriente plutôt vers "l'exigence" faite au
Conseil Européen d'un saut institutionnel d'ici 2004. Le
Conseil devrait alors garantir (mais comment ?) d'abandonner le
système de la Conférence Inter Gouvernementale,
qui ne sécrète que la stérilité des
égoïsmes nationaux, pour le remplacer, dès
2002, par une Conférence Constitutionnelle, composée
de parlementaires européens et nationaux (et régionaux
?) chargée de rédiger, en concertation étroite
avec la société civile, les futures règles
démocratiques de l'Union. Sur le modèle de la
"Convention" qui avait élaboré la
Charte des Droits Fondamentaux, une refonte générale
s'impose : rôle de l'Union, désignation de
l'exécutif, renforcement du contrôle parlementaire
et des institutions juridiques (voir la Petite
leçon d'eurojargon), amélioration de la
Charte… Le Parlement ne veut pas de sujet tabou. Les
grandes manœuvres ont commencé pour faire pression
sur le Conseil : en mars la Commission a lancé un débat
dans les écoles européennes, et la Commission des
Affaires Constitutionnelles accueillait des élus
nationaux de tous les Etats membres et des pays candidats à
l'Union. Le constat est unanime : Si l'Europe n'avance pas,
elle meurt. Critique féroce de Nice, urgence d'une
constitution européenne, autant d'éléments
repris dans l'appel lancé par des députés
européens français de tous bords à
l'adresse de leurs homologues de l'Assemblée Nationale.
À l'origine de cette initiative, on trouve Alain
Lamasssoure (UDF), Philippe Herzog (apparenté PC), Alain
Duhamel (PS), ainsi que Gérard Onesta et Dany
Cohn-Bendit (Verts). À peine né, le traité
de Nice doit être dépassé. C'est dire sa
valeur. Alors, tigre ou carpette ? … à suivre.
Contact
Intergroupe pour une Constitution Européenne
Tél. : (00 32)
25 08 30 30

Les
animaux malades de la PAC
Du poulet
à la dioxine à la fièvre aphteuse en
passant par la vache folle, la Politique Agricole Commune (PAC)
n’en finit plus de traverser des zones de turbulence. Le
programme actuel de la PAC devait s’achever en 2006, mais
tout porte à croire que, face à une crise sans
précédent, un virage salutaire sera pris dès
2002 ou 2003. Les cogestionnaires du système en
faillite, tels Jean Glavany, ministre français de
l’Agriculture, ou encore Franz Fischler, commissaire
européen en charge du dossier, sont subitement touchés
par la grâce et déclarent aujourd’hui qu’il
faut rompre avec le productivisme. D’ailleurs, si le
Royaume-Uni semble à la source de tous les maux
agricoles actuels, c’est bien parce qu’il a poussé,
pendant l’ère Thatcher, le productivisme agricole
à son paroxysme : concentration des exploitations,
diminution du nombre de vétérinaires,
marchandisation à l’extrême des filières,
etc. Premier changement de cap : la nomination de deux
écologistes comme ministres de l’agriculture, en
Italie (Alfonso Pecoraro Scanio) et en Allemagne (Renate
Künast), réorientant fondamentalement la politique
agricole. En revanche, signe plus inquiétant : l’Europe
paralysée par ses procédures de décision
“renationalise” sa seule vraie politique intégrée,
déléguant les décisions aux égoïsmes
nationaux, à un moment où l’agriculture
européenne a justement besoin de plus de concertation et
de cohérence. Les Verts Danielle Auroi et Friwi Graefe
zu Baringdorf, membre et président de la commission
Agriculture du Parlement européen, tempêtent de
voir que ce Parlement dispose de très peu de pouvoirs
pour réorienter la PAC, alors que celle-ci absorbe près
de la moitié du budget de l’Union européenne.
Et le traité de Nice ne changera rien à cela.
Pour
les Verts européens, la réforme de la PAC doit
être engagée sur tous les fronts 1•
Intégration du principe de précaution dans la
production de denrées alimentaires 2• Garantie
de critères écologiques et sociaux pour
l’obtention d’une aide publique ; 3•
Organisation d’une concurrence loyale : suppression du
dumping à l’exportation, qui déstabilise
l’agriculture du tiers-monde ; adaptation des règlements
en matière d’hygiène ; suppression des
privilèges pour les exploitations agro-industrielles
; 4• Qualification et diversification des aides vers
des marchés de qualité : extensification et
limitation des primes par exploitation ; 5• Transfert
progressif des moyens de la production vers la gestion de
l’espace rural, la promotion des produits de qualité
et leur moyen d’identification ; 6• Promotion
d’une agriculture moins polluante, aides à la
reconversion en ce sens 7• Maîtrise de la
production et bilan protéique : assainissement des
terres arables au lieu de leur mise en jachère ; primes
à l’herbe plutôt qu’à
l’ensilage de maïs ; 8• Protection des
agriculteurs et des pratiques saines dans le cadre des
négociations agricoles de l’OMC, afin d’éviter
d’absurdes mesures de rétorsion de la part des
Etats-Unis, par exemple ; 9• Recherche agricole axée
sur l'innovation dans l'agriculture biologique et
l'exploitation des ressources génétiques;
moratoire sur les OGM ; dialogue permanent entre producteurs et
consommateurs. 10• Contrôle démocratique
et codécision du Parlement européen pour la PAC

Pirates
contre poètes ?
Droit d’accès
contre propriété intellectuelle ou piratage
contre show-biz, tels étaient les termes du débat
qui a animé le Parlement européen en février
dernier, lors du vote sur la directive visant à
dissuader les copies pirates d’œuvres diffusées
sur les nouveaux supports numériques (internet, CD-Rom,
etc...). Les députés furent pris en tenailles
entre plusieurs lobbies très actifs : d’un côté
l’industrie de l’écrit, du son et de
l’image, aidée des artistes, dont certains ont
fait le déplacement à Strasbourg (la chanteuse
Axelle Red, George Martin, ex-producteur des Beatles…),
et de l’autre les associations de consommateurs, pour une
fois en accord avec les fabricants d’appareils
électroniques. Une large majorité du groupe
Verts/ALE a suivi Mercedes Echerer - eurodéputée
Verte autrichienne mais aussi artiste connue dans son pays -
qui arguait que l’art pour tous ne peut exister si l'on
tarit la source que sont les moyens de l'artiste. Au final,
le Parlement a adopté un texte plutôt équilibré,
étendant le régime juridique du droit d’auteur
à la reproduction numérique, permettant ainsi la
transposition dans le droit européen des dispositions
prises par l’Organisation mondiale de la propriété
intellectuelle. La directive assure la protection juridique des
ayants-droit, mais prévoit - ce que soutenaient
également les eurodéputés Verts - des
exceptions en faveur des bibliothèques, du système
éducatif, des médias, des hôpitaux, des
prisons et des handicapés. Un certain flou subsiste
pourtant sur la notion de "copie à usage privé",
et l’on peut s’interroger sur la fiabilité
des dispositifs techniques "anti-copies multiples".
La nouvelle directive implique la fermeture ou la taxation des
sites web d’échange d’œuvres gratuit,
type Napster (un milliard de connexions pour leseul mois de
septembre 2000 !) et laisse aux États la possibilité
d’instaurer des taxes sur le matériel
informatique, comme l'avait envisagé Catherine Tasca,
ministre de la Culture. Un regret dans ce débat sur
l’accès à la culture et son coût :
les profits de l’industrie du show-biz - intermédiaire
clef - ne peuvent-ils pas être mis à contribution,
plutôt que de n'envisager comme seules "victimes"
que les artistes ou les consommateurs ?

Pauvre
uranium
Pendant que l’OTAN
bombardait le Kosovo et la Serbie, au printemps 1999, les
députés Verts européens avaient écrit
à Javier Solana, alors Secrétaire général
de l’OTAN, pour demander que soit mis fin à
l’utilisation d’armes à uranium appauvri,
susceptible de causer des problèmes de santé aux
civils et aux militaires, en plus de la contamination de
l’environnement. Aucune réponse. Deux ans plus
tard - ironie de l’Histoire - Javier Solana est devenu
"Monsieur PESC", c’est-à-dire le
responsable de la Politique Étrangère et de
Sécurité Commune de l’Union européenne,
en charge de "reconstruire" les Balkans… Alors
que la presse européenne s’interrogeait à
pleines pages sur les morts inexpliquées chez les
militaires "vétérans" des Balkans, le
groupe Verts/ALE a obtenu de haute lutte que le scandale de
l’utilisation des armes à l’uranium appauvri
soit débattu en plénière. Paul Lannoye,
député Écolo belge, a alors rappelé
que ce type d’uranium était un déchet de
l’industrie nucléaire, et qu’il devait en
conséquence, selon la législation européenne,
être confiné et non disséminé dans
l’environnement. Le Parlement a adopté une
résolution sévère, demandant, entre
autres, aux États membres faisant partie de l’OTAN
un moratoire sur l’utilisation de telles armes. Sur ce
point, les Verts et la gauche ont été rejoints
par quelques députés de droite, dont les
centristes français, mais lâchés par les
deux tiers des travaillistes britanniques. Les bombardements de
l’Irak par Bush et Blair, en février, sont venus
rappeler que le Royaume-Uni, même dirigé par les
"travaillistes", restait le plus fidèle allié
de l’Oncle Sam.

Petite
leçon d'eurojargon
Les institutions
juridiques européennes L’Union
européenne s’est dotée de deux
instances judiciaires : la Cour de justice, créée
en 1952, et le Tribunal de première instance, créé
en 1988, tous deux installés à
Luxembourg. Précisons
que la Cour européenne des droits de
l’homme (CEDH), qui siège à
Strasbourg, dépend quant à elle du Conseil de
l’Europe (43 États membres) et non de l’Union
européenne (à 15). La CEDH examine les recours -
après épuisement de tous les recours nationaux -
de personnes morales ou physiques s’estimant victimes
d’une violation de droits fondamentaux.
La
Cour de justice, composée de 15 juges et de 9
avocats généraux nommés pour 6 ans par les
États membres, donne une interprétation cohérente
et uniforme du droit communautaire (traités, directives,
décisions de la Banque centrale européenne, etc.)
et veille à son respect par l’ensemble des États
de l’Union et de leurs citoyens.
Les
recours de la Cour sont de 4 ordres : 1•
Manquement : Sur recours de la Commission
européenne ou d’un État membre, la Cour
peut constater un manquement et peut demander à l’État
incriminé d’y mettre fin sous peine d’amende.
La France totalise le plus grand nombre de manquements : 35 en
1999, devant l’Italie (29) et le Luxembourg (14), et
aucun pour la vertueuse Finlande. Les manquements en matière
d’environnement (Natura 2000, chasse…) expliquent
le mauvais classement de la France. 2•
Annulation : Sur recours du Conseil, de la
Commission, du Parlement, d’un État membre ou de
la Cour européenne des comptes, la Cour de justice peut
annuler tout ou partie d’une disposition communautaire
illégale par rapport aux traités. 3•
Carence : Sur recours de la Commission ou
du Parlement, la Cour de justice peut constater une carence
dans le droit communautaire, et demander au Conseil et à
la Commission de combler ce vide juridique. 4•
Réparation : La Cour peut
déterminer la responsabilité de la Commission
pour des dommages causés par les institutions ou leurs
agents, et déterminer les éventuelles
réparations.
Par
ailleurs, la Cour est l’instance d’appel du
Tribunal de première instance, mais aussi
l’interlocuteur des juges nationaux qui demandent une
interprétation du droit européen. Elle est
également consultée avant la signature d’accords
internationaux afin d’en vérifier la compatibilité
avec les traités.
Le
Tribunal de première instance, composé de
15 magistrats nommés pour 6 ans par les États
membres, aide la Cour de justice pour tout type de recours
(manquement, annulation, carence, réparation) introduits
non par des institutions européennes mais par des
personnes morales ou physiques contre des décisions des
institutions européennes.
Et
après Nice ? Le (mauvais) traité de Nice
introduira quelques améliorations dans le dispositif
judiciaire : le Parlement européen verra son droit de
recours élargi, et des chambres juridictionnelles
spécialisées seront créées en
première instance, pour accélérer les
procédures. Pour autant, la Cour et le Tribunal n’auront
toujours pas decompétences sur la sécurité
publique ni sur la suppression des contrôles aux
frontières. Quant à la coopération
judiciaire, si elle semble progresser, via l’unité
"Eurojust", la demande du Parlement Européen
de création d’un "procureur européen",
ayant toute liberté pour traquer les fraudeurs partout
dans l’Union, n’a pas abouti. Enfin, la Charte des
droits fondamentaux, à laquelle le traité de Nice
s’est bien gardé de faire référence,
n’est pas encore le socle du droit européen.
La
primauté du droit européen La
jurisprudence fait du droit communautaire une réalité
pour les citoyens européens, qui peuvent demander qu’une
loi nationale ne leur soit pas appliquée si elle est
contraire à la législation européenne.
Ainsi, depuis 1962, l’arrêt Van Gend en Loos pose
le principe de l’application immédiate du droit
communautaire devant les tribunaux des États membres, et
l’arrêt Costa C/Enel (1964) établit la
primauté de la règle communautaire sur la règle
nationale.

Vrac
d'europe
Plus
techno que bio La nouvelle directive "OGM"
(rapport Bowe) a été adoptée en février.
La procédure de conciliation Parlement/Conseil lancée
après les mauvais votes d’avril 2000 (voir Carré
d’Europe n°3) a permis d’améliorer
le texte. Il faut dire que 5 ministres Verts siègent
parmi les 15 du Conseil de l’Environnement, et que c’est
Dominique Voynet qui dirigeait alors les débats. La
nouvelle directive respecte beaucoup mieux le principe de
précaution, mais la grande majorité du groupe
Vert/ALE s’est abstenue, s’indignant contre de
possibles nouvelles autorisations de mise en culture d’OGM.
Le risque, en cas de rejet du nouveau texte, était de
voir s’appliquer l’ancienne directive, infiniment
plus laxiste. Quoi qu’il en soit, les 6 pays de l’Union
(dont la France) qui ont imposé un moratoire sur les OGM
se voient reconnus ce droit à l’"objection de
conscience".
Via
atomica Le rapport de Marie Anne Isler Béguin,
eurodéputée Verte, sur les transports de matières
radioactives a été largement amendé en
janvier, en commission Transport, par les deux "grands"
groupes PPE et PSE (droite et socialistes) et sous la dictée
du lobby nucléaire. La preuve : 6 amendements identiques
- mot pour mot - ont été déposés
par des députés de l’un ou l’autre
groupe. Au final, les députés Verts, en plénière,
ont voté contre ce rapport, totalement dénaturé,
vidé en particulier d’une disposition centrale :
pour réduire les risques de tels transports, il faut
remettre en question le retraitement des déchets
nucléaires. Marie Anne a publiquement renié ce
texte en demandant que son nom soit retiré du
rapport. Contact : Marie Anne, Tél. :
00 32 22 84 75 72, maisler@europarl.eu.int
Recalés À
la quasi-unanimité, le Parlement Européen a
rejeté en mars les 5 textes proposés par les
États membres concernant les procédures de droit
d’asile, de contrôle aux frontières et de
répression de l’immigration clandestine. Les
députés européens ont ainsi manifesté
leur mécontentement face à la volonté des
États de maintenir trop d'incohérences nationales
en la matière, alors que l’ouverture des
frontières internes à l’Union européenne
(espace Schengen) appelle une véritable politique
communautaire de l’asile et de l’immigration. Et,
sur ce point-là non plus, le traité de Nice ne
permettra, hélas, aucun progrès. Au sein du
groupe Verts/ALE, c’est Alima Boumediene qui est en
pointe sur ces dossiers. Contact : Alima Tél.
00 32 22 84 75 74, Fax 95 74, aboumedienne@europarl.eu.int
Divorce Après
le divorce du couple Pasqua-Villiers, ce sont leurs "enfants"
qui se chamaillent. Les six députés villiéristes
du groupe UEN, qui réunit entre autres les élus
de la liste Pasqua et les ex-fascistes italiens de l’Alliance
Nationale, ont quitté ce groupe pour rejoindre les
non-inscrits. Charles Pasqua, quant à lui, après
avoir annoncé son départ du Parlement Européen
- où il n’a jamais brillé par un activisme
débridé - se dit qu’après tout, une
bonne immunité parlementaire, ça peut encore être
utile quand la justice s’intéresse à vous…
Cages
d'escalier Les eurodéputés Verts ont
pris part à la "vague verte" des municipales.
Certains menaient des listes, comme Hélène
Flautre à Arras (élue conseillère
municipale d’opposition après fusion avec la
gauche), Alima Boumediene à Argenteuil (le PC ayant
refusé l’alliance au second tour perd la mairie
qu’il détenait depuis 1934) et Alain Lipietz, élu
à Villejuif où sa liste Verte a obtenu plus de
23% face à la majorité PC-PS. Gérard
Onesta était en dernière position sur la liste
écologiste d’Albi (2 élus au second tour
après fusion avec la gauche). Marie Anne Isler Béguin
et Danielle Auroi figuraient, dès le 1er tour, sur des
listes de majorité plurielle, elles sont devenues
conseillères municipales d’opposition à
Metz pour la première, et dans la majorité
plurielle à Clermont-Ferrand pour la seconde. À
Mèze, c’est un Vert qui remplace Yves Piétrasanta
à la mairie, ce dernier devenant 1er adjoint pour
respecter la loi anticumul. Quant à Dany Cohn-Bendit et
Didier-Claude Rod, non candidats, ils ont, comme leurs
collègues, sillonné l’Hexagone pour
contribuer au succès des listes Vertes. Les capitales
européennes semblent d'ailleurs à l'unisson :
12,5% pour les Verts à Paris ... et 12,5% pour les Verts
autrichien pour les municipales à Vienne.
BEI
: Banque Écologiquement Indifférente La
Banque européenne d’investissement (BEI) est moins
connue des militants écologistes, tiers-mondistes et
anti-mondialisation que le FMI ou la Banque mondiale. Pourtant,
la BEI, bras financier de l’Union européenne,
prête plus que la Banque mondiale, et ses choix
d’investissement ne sont pas neutres : autoroutes en
Europe, barrages au Lesotho, mines d’or en Papouasie…
autant d’atteintes à l’environnement
contraires aux beaux discours de l’Europe et aux
engagements pris à Kyoto pour une réduction des
émissions de gaz à effet de serre. Le réseau
CEE Bankwatch et les Amis de la Terre ont édité
un "Guide citoyen de la BEI", préfacé
par Alain Lipietz, député européen Vert et
auteur d’un rapport très critique sur la BEI,
adopté au Parlement européen en février
dernier. Contact : Amis de la Terre, tél.
01 48 51 32 22 France@amisdelaterre.org,
www.amisdelaterre.org/economie
Chiche
! 21-22 avril : jour de la Terre, enregistrez vos
projets en ligne : www.earthday.net
ou
www.foeeurope.org Du
22 au 28 avril : semaine sans télévision. Mêmes
dates : festival des associations à Nanterre et Censier,
avec l’ICRA, Survival, Amnesty, Médecins du
Monde… 26 avril : débat sur "mode de vie
et conditionnement" (avec Chiche, RAP, Souriez vous êtes
filmés, OGM danger). 27 avril au 13 mai : les 15
jours du commerce équitable.
m.chaplain@maxhavelaarfrance.org 3
mai : devant toutes les préfectures : manif pour le
droit de vote des résidents étrangers. 26-27
mai : formation sur les institutions financières
internationales (FMI, Banque mondiale…), avec CRID, Agir
Ici et AITEC. 9 juin : Ecolo-parade à
Paris. Juillet-août : chantier de jeunes au Viel-Audon
(Ardèche) pour les 17-25 ans : écologie au
quotidien et autogestion. Contact : Olivier
Richard, Tél./Fax 01 43 55 44 05 ,
richardolivier@yahoo.com
Le
sida tue (surtout les pauvres) Dans le tiers monde,
30 millions de personnes infectées par le VIH n'ont pas
accès aux médicaments, protégés par
les brevets des firmes pharmaceutiques, et dont le coût
est prohibitif.En mars, Didier-Claude Rod, eurodéputé
Vert, a fait voter par le Parlement européen un
amendement demandant explicitement que l'on délivre aux
pays en développement, en situation d'urgence sanitaire,
les licences gratuites leur permettant de fabriquer ou de
commercialiser les médicaments appropriés, en
contournant les obligations de l'OMC sur les brevets. Même
si ce texte n’a pas encore force de loi, il s’agit
d’une avancée politique majeure. En septembre
dernier, la droite et une partie des socialistes avaient rejeté
cette requête des Verts, pourtant inscrite comme "clause
de sauvegarde" dans les accords de l‘OMC sur la
propriété intellectuelle. Les multinationales
pharmaceutiques en procès contre le gouvernement
sud-africain, ou les États-Unis déposant plainte
contre les médicaments génériques
brésiliens, ne semblent pourtant pas prêts à
lâcher le moindre dollar.Avec cette nouvelle position du
Parlement européen, le droit à la santé
serait-il en train de prendre le pas sur le droit aux brevets
? Contact : Didier-Claude, Tél. : 00 32
22 84 74 37, drod@europarl.eu.int
Le
retour du grand blond (avec une chaussure brune) Déchu
de son mandat européen en octobre 2000, à la
demande de la France (pour violence physique envers une
candidate PS en 1997), Jean-Marie Le Pen a obtenu un sursis
devant le Tribunal de première instance des Communautés
européennes. Il est donc réintégré
dans son mandat, dans l’attente du jugement sur le fond.
Nicole Fontaine, la présidente du Parlement européen,
a pu souligner que "la jurisprudence Le Pen contribue à
faire prévaloir la compétence des institutions
européennes sur celle des gouvernements nationaux"…
Ce qui ne manque pas de sel.
Erratum
basque Dans l’article sur Basta Ya (Carré
d’Europe n°6, p.8), une grossière erreur
s’est glissée : la vitrine politique de l’ETA
est Herri Batasuna, donc HB, et non EA, Eusko Alkartasuna parti
basque indépendantiste qui refuse tout recours à
la violence, et dont Gorka Knörr Borràs, député
européen membre du groupe Verts/ALE, est secrétaire
général. Nous lui présentons nos excuses
et tous nos vœux de succès pour les élections
du 13 mai en Euskadi qui s'annoncent cruciales.
Thon
balladeur Le travail d’Yves Piétrasanta
a été plébiscité en plénière.
Son rapport sur les poissons grands migrateurs (thons,
espadons…), unifiant les règlements dits
"régionaux" (Atlantique, Pacifique oriental,
Océan indien) a été voté à
l’unanimité. Il y a urgence : la surpêche et
la capture des juvéniles ont pour conséquence une
sérieuse diminution de la ressource. Le rapport propose,
entre autres, le recensement des navires de pêche et
l’élimination de ceux sous pavillon de
complaisance, des mesures sur la taille et le poids minimum des
captures, des restrictions sur les périodes et zones de
pêche, et sur certaines techniques (palangre et senne
tournante…). Contact : Yves, Fax. 00
32 22 84 94 75, ypietrasanta@europarl.eu.int
Public
chéri Le service public "à la
française" tente de résister à la
mode libérale en cours à l’Europe, où
l’on préfère parler de modestes "services
d’intérêt général". Le 29
mars était organisé à Paris, par
l’eurodéputée Verte Hélène
Flautre, un séminaire sur "les services publics,
leviers pour une Europe des citoyens", avec des
représentants de la Commission européenne, des
syndicats CFDT et Sud-PTT et de la Confédération
européenne des syndicats, des chômeurs, des
associations, de la RATP, et les députés
européens Gilles Savary (PS) et Philippe Herzog (app.
PC). Actes du colloque et contact : Claude Taleb,
Tél. 00 32 22 84 73 64, fax 93 64,
hflautre@europarl.eu.int

L'Europe
vue de Midi Pyrénées
L'Europe
en compote
L'insertion par le
travail et la formation : l'idée n'est pas nouvelle.
Mais quand le travail de tels salariés permet aussi à
d'autres personnes en difficulté de manger à leur
faim, c'est là une démarche innovante. À
Montauban, l'association INSERFRUIT produit, depuis 1997, de la
purée de pommes à partir de fruits de retrait.
Mais cette production n'est qu'un prétexte, car les
vrais objectifs sont de lutter contre le gaspillage, de former,
d’insérer, et d’avoir une action
humanitaire. Pourtant tout a failli s'arrêter, à
cause de l'Europe et de ses règles trop uniformes,
capable parfois de casser ce qu'elle a contribué à
créer.
Carré
d'Europe a rencontré Francis Vidal, responsable
technique d'INSERFRUIT.
Quelle
est l'origine du projet ? L'idée
d'INSERFRUIT vient du toulousain Monsieur de Gaulejac,
vice-président de la fédération française
des banques alimentaires. Au niveau national, ces banques sont
habilitées à recueillir des denrées
alimentaires de diverses origines. Il y a les excédents
européens, les rebuts (mais tout à fait
consommables) des entreprises agroalimentaires, les "J-2"
ou "J-3" des grandes surfaces, qui sont distribués
dans la journée, et, enfin - mais nous n'y comptons pas
beaucoup bien sûr -, les accidents de camions qui
transportent des produits alimentaires… Les banques
alimentaires récupèrent et stockent ces produits,
dans les règles de l'art, et les distribuent aux
associations caritatives, mais pas aux particuliers. Pour
les fruits, quand les cours s'écroulent, l'Europe
autorise le retrait des marchandises du marché et
indemnise les agriculteurs. Au lieu d'être détruits,
ces fruits peuvent bénéficier aux associations
caritatives. Le problème, c'est que de grosses quantités
arrivent d'un seul coup et nous ne pouvons pas tout distribuer
sous forme de produits frais. D'où l'idée de M.
de Gaulejac de faire transformer ces fruits par des chômeurs
de longue durée.
Comment
l'atelier de Montauban a-t-il été créé
? Le Tarn-et-Garonne a d'abord été
choisi parce que c'est un département producteur de
fruits et qu'il y a eu une écoute attentive de la
municipalité montalbanaise de l'époque. Ensuite
parce que le groupement de producteurs Blue Whale, dont le
siège est à Montauban, s'est engagé à
nous fournir 300 tonnes de pommes de retrait par an. Nous
transformons les fruits en compote et les mettons en boîtes
qui sont ensuite distribuées par les 74 banques
alimentaires départementales. Je tiens à préciser
que le tout est vérifié par les organismes de
l'État - dont les douanes - qui contrôlent que les
pommes ne seront pas remises sur le marché. La Banque
Alimentaire a signé une convention avec l'Office
National Interprofessionnels des Fruits, des Légumes et
de l'Horticulture (ONIFLHOR), organisme habilité à
gérer les retraits. Pour nous lancer, nous avons eu des
subventions d'investissement pour acheter les machines : 50%
venant du ministère de l'Emploi et de la Solidarité,
50 % venant de l'Europe.
L'Europe
vous a aidé, … et puis ? Et puis
l'Europe a failli tout casser en voulant appliquer aveuglément
ses règles. En effet, selon la directive 398/2000, quand
le produit de retrait est transformé, les producteurs ne
peuvent plus bénéficier de la subvention pour
l'emballage en caisses de 12 à 13 kg. Cette directive
vise à limiter les dérives, car certaines
associations caritatives faisaient transformer leurs fruits par
des entreprises et, pour payer cette opération,
laissaient aux transformateurs une partie des produits
reconditionnés. Ce "troc" remettait alors dans
le circuit commercial une partie de la marchandise d'origine,
ce qui faussait la concurrence car ces produits avait déjà
été subventionnés pour être retirés.
Donc, comme les producteurs ne sont plus payés pour
l'emballage en petites caisses, ils ne peuvent livrer à
INSERFRUIT que des containers de 350 kg appelés "palox".
Nous étions coincés entre l'impossibilité
de manipuler ces "palox" et la directive européenne
qui ne prend pas en compte la spécificité d'une
association qui transforme elle même, et seulement au
profit de la Banque Alimentaire. Après de longues
démarches, INSERFRUIT a obtenu du ministère de
l'Agriculture une subvention de 140 000 F, via l'ONIFLHOR, pour
acheter la machine permettant de vider les palox... INSERFRUIT
est sauvé et la réglementation européenne
respectée…
INSERFRUIT
en termes d'emploi ? Notre atelier de transformation
emploie 2 équipes de 5 personnes qui travaillent une
semaine sur deux. Elles sont embauchées en "Contrat
Emploi Solidarité" de 6 mois renouvelable. Ce sont
généralement des chômeurs de longue durée
et pour la plupart des RMIstes. Nous devons donc les aider à
se remettre en question, à respecter les horaires, les
collègues… Notre but est vraiment la réinsertion.
Les salariés bénéficient d'un suivi
professionnel qui les incite à trouver autre chose qu'un
mi-temps à INSERFRUIT ! Nous les accompagnons pour
trouver une formation qui leur permettra d'apporter un plus à
leur CV : permis de conduire, remise à niveau en
français, formation pour pouvoir travailler dans des
entreprises de transport de denrées alimentaires et de
matières dangereuses, informatique… Et ça
marche : en 2000, 68 % des personnes qui sont passées
dans l'atelier ont trouvé un emploi stable par la suite.
C'est là que je me dis que je fais vraiment un travail
formidable !
Contact
INSERFRUIT, 1357, av. de Falguière 82000
Montauban Tél. : 05 63 63 15 10 - Fax : 05 63 63 15
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Cause
toujours
2001 est l'année
européenne des langues. Partout les pouvoirs publics
s'associent à cette manifestation d'envergure
continentale pour célébrer richesse de la
diversité et nécessaire des langues régionales.
Partout ? Voire. Gérard Onesta était le 20 mars à
Albi, aux côtés des enseignants et des parents
d'élèves de l'école primaire Rochegude,
occupant les lieux pour refuser suppression d'un poste
d'instituteur, qui entraînerait la fin certaine de
l'apprentissage de l'occitan tel qu'il y est pratiqué.
Car cette école n'est pas un simple point sur la carte
scolaire : C'est l'école pionnière qui, dès
1989, prouvait que l'enseignement public enrichissait toute sa
pédagogie par le bilinguisme précoce. L'académie
et le ministère, contactés par le député
européen, expliquent - gênés - qu'ils en
sont réduits à faire des choix entre les ZEP, les
handicapés et … la culture ( ! ). Mettre ainsi en
concurrence les urgences est indigne de la mission de
l'Éducation Nationale. Alors que ce ministère
multiplie les discours en faveur de la diffusion des langues
régionales, le citoyen ne peut que constater le décalage
entre parole et actes. Casser l'expérience de Rochegude,
unanimement saluée comme une totale réussite,
c'est s'attaquer à un symbole. Comment dit-on
"inadmissible" en occitan ?

Pic
du Midi, bouillon de onze heure ?
Le
Pic du Midi n'est pas qu'un relais qui permet aux chaînes
hertziennes d'arriver dans nos maisons. C'est surtout, depuis
1882, un site historique d'observation des astres. Mais, faute
de moyens d'entretien, les installations se faisaient vétustes,
et il a fallu penser à développer sur place des
aspects plus lucratifs afin de sauvegarder le pôle
scientifique. Préserver la recherche astronomique au
pic, tout en créant une vitrine pédagogique pour
le grand public, était une bonne idée. La
décision est donc prise au début des années
90 de créer une activité touristique liée
à la découverte du soleil, des planètes,
et de l'univers. Un restaurant sera ouvert. Les recettes
touristiques (160 F par visiteur !) doivent permettre de
financer la rénovation des bâtiments de recherche.
Ainsi, en novembre 1995, le syndicat mixte pour la valorisation
touristique du Pic du Midi est constitué. Hélas,
le projet est monté sans cahier des charges sérieux,
ni synergie avec les forces vives locales (entreprises,
restaurateurs, acteurs culturels…). Quant au budget de
départ, évalué à 114 millions de
francs, il est bouclé grâce à une forte
subvention de l'Europe… Puis c'est le dérapage
(toujours dangereux en montagne). Mal conçu, mal
réalisé, le projet connaît des surcoûts
colossaux, oscillant, selon les sources, entre le double et le
triple de l'enveloppe de départ. Dépassées,
les collectivités publiques offrent les clefs de
l'exploitation du site au privé. La STPM (Société
Touristique du Pic du Midi), détenue à 60 % par
la Sodexo et à 40 % par Transmontagne, signe alors un
contrat pour une durée de 30 ans. Mais en novembre 2000,
coup de théâtre : Suite à un accident de
téléphérique, dont la société
est jugée responsable, ponctuant une gestion
catastrophique, le syndicat mixte rompt le contrat avec STPM et
reprend tout en charge, trou financier inclus… Pour
donner une idée de la déconnexion du projet
actuel par rapport aux réalités montagnardes, il
faut savoir que même l'accès piéton au
site, très prisé par les randonneurs, est devenu
payant pour encourager l'utilisation du périphérique.
Amateurs d'exploits "sportifs", vous êtes les
bienvenus ! Imagine-t-on des cabines de péage sur les
autres hauts sommets européens ? Et si l'on remettait
tout à plat ? Un bigourdan passionné par sa
terre, Jacques Marion, propose depuis des années, en
alternative, une véritable démarche d'aménagement
intégré de ce territoire. "Bigorre, Terre de
Savoir" (voir carte) est un projet de développement
qui s'appuie sur une mobilisation des ressources humaines
locales réelles. "C'est une stratégie de
développement global et soutenable de longue durée,
qui nécessite au moins dix ans d'efforts pour sa mise en
place, mais permettra l'émergence des nouvelles
générations d'acteurs et décideurs locaux.
C'est un projet fédérateur de citoyenneté
active que l'Europe doit soutenir" martèle Jacques
Marion. "Bigorre, Terre du Savoir" regrouperait sur
son territoire - de façon enfin cohérente - une
douzaine de thèmes sur la connaissance universelle.
Chaque thème pourrait être décliné
du passé au présent vers l'avenir, et du local au
mondial. Le Pic du Midi deviendrait alors le pôle central
de cet ensemble, qui coordonnerait les éléments
de connaissance pour les ouvrir au monde.
Contact
Association de randonneurs, collectif Pic du Midi
c/o CAF 65, 49 boulevars du Martinet, 65000 Tarbes Tél.
Fax. : 05 62 36 93 23

Puisque
Chérif ne va pas en prison …
La
décision de la cour d’appel de Toulouse de relaxer
Chérif M’hamdi pour refus d’embarquement
vers la Tunisie en juin 2000 (Voir Carré d'Europe
n°5), et l’amende symbolique qui lui a été
infligée pour son séjour irrégulier en
France, est une belle victoire pour les défenseurs des
droits humains. La justice de notre pays s’honore en
reconnaissant ainsi que le pouvoir tunisien est un régime
totalitaire, puisque le retour d’un opposant comme Chérif
dans son pays l’exposerait à de grands
dangers. Les eurodéputés Verts Hélène
Flautre et Gérard Onesta sont fiers d’avoir
témoigné en faveur de Chérif lors de son
procès en décembre. À l'audience, Hélène
a apporté un témoignage précieux sur les
exactions du régime Ben Ali, qu'elle a pu constater lors
de ses nombreux voyages en Tunisie, notamment en compagnie de
l'opposant Taoufik Ben Brik. Gérard, pour sa part, a
plaidé pour que le tribunal inscrive tout de suite en
droit positif l'article de la Charte des droits fondamentaux de
l'Union, ratifiée quelques jours auparavant, et qui
proclame que "nul ne peut être éloigné,
expulsé ou extradé vers un État où
il existe un risque sérieux qu'il soit soumis à
la peine de mort, à la torture ou à d'autres
peines ou traitements inhumains ou dégradants". Cette
décision de justice va maintenant pouvoir faire
jurisprudence en faveur de tous les combattants pour le respect
des droits humains en Europe, dont le droit d’asile. Souhaitons
maintenant que la régularisation de Chérif
M’hamdi par la France qui, par ce jugement, s’affirme
comme une terre de protection, ne soit qu’une formalité…
Contact
"Laisser passer les sans papier", 1570,
route de Vignarnaud, 82000 Montauban Tél. : 05 63 20
16 20 - Fax : 05 63 20 50 67

Ça
vaut la peine
Carré
d'Europe n° 5
relatait
l'histoire de Khalifa Benaffane, qui, purgeant une peine de
prison, setrouvait, mécaniquement, sous le coup d'un
arrêté d'expulsion. Cette double peine,
inadmissible dans le pays des droits de l'Homme comme ailleurs,
est appliquée aux étrangers qui, en plus de payer
leur dette à la société, sont envoyés
manu militari dans leur pays d'origine, qu'ils vivent en France
depuis leur petite enfance, qu'ils soient mariés ou
aient des enfants français … Pour Khalifa,
enfermé dans une prison du Lot-et-Garonne, une
importante mobilisation avait vu le jour autour d'un comité
de soutien constitué dans son quartier bordelais. C'est
avec grande joie que nous avons appris que le préfet du
Lot et Garonne avait annulé son arrêté
d'expulsion. Khalifa est sorti de prison fin mars et peut
maintenant envisager l'avenir de façon plus sereine. Le
comité de soutien l'aide dans sa réinsertion
sociale et professionnelle. La preuve est faite qu'une vraie
mobilisation peut faire réfléchir
l'administration. Le comité va maintenant amplifier son
action. Objectif : abolir la loi sur la double pein.
Comité
de soutien, c/o Elisabeth Dumesny, App 401, 176 rue
Gabriel-Friseau, 33300 Bordeaux Tél.
: 05 56 39 80 32

Airbus
au ras du bitûme
La décision
de construire le gros porteur A380 à Toulouse est donc
prise. La dernière zone verte de Blagnac sera rayée
de la carte, et l'on fera un jour le compte réel des
emplois créés localement au regard des colossales
subventions accordées… Il faut maintenant faire
suivre la logistique de ce géant européen qu'est
Airbus, et se demander (enfin ?) comment faire venir les
tronçons de ce colosse (aile de 48 mètres de
long, section de fuselage de 12 mètres sur 13) depuis le
port de Langon jusqu'au site d'assemblage à Toulouse.
Plusieurs trajets sont envisagés : par les Landes et le
Gers, ou par le Lot-et-Garonne et le Gers. Ce sera, de toute
façon, un itinéraire à grand gabarit, dit
"d'intérêt national", qui nécessitera
le classement en route nationale de routes départementales.
De nombreux travaux d'aménagement seront nécessaires
: déviations, élargissements et rectifications de
tracés, destruction d'espaces vierges, démolition
de ponts et d'angles de maison, installation d'une foule de
feux tricolores et de panneaux …
Le
tout est évalué à 1,5 milliard de francs.
Quel impact pour les populations et leur cadre de vie ?
Personne ne semble en mesure de répondre. Pourtant, une
fois l'itinéraire réalisé, des convois
l'emprunteront de nuit, avec interdiction de circulation sur
100 km en amont et aval pour les riverains. Les énormes
camions ne rouleront qu'à une vitesse de 15 à 20
km/h, au rythme d'un convoi par semaine dans un premier temps,
puis à un rythme bien plus soutenu, et ce pendant des
décennies. Après quelques réticences
(pour mieux faire monter les enchères ?), les
collectivités locales concernées voient bien
l'intérêt qu'elles peuvent tirer des
"compensations" qui leur seraient accordés en
subventions d'aménagements. Certains élus vont
peut-être se battre pour avoir chez eux "l'autoroute
Airbus". Les responsables du consortium européen,
malgré l'évidence, bondissent à
l'évocation de ce terme : Malheureux ! Ne dites surtout
pas aux Américains de Boeing qu'Airbus va bénéficier
- ce qui est contraire aux accords sur la concurrence loyale -
d'aides publiques pour ses infrastructures ! Il faudra donc
recouvrir d'un hypocrite silence le fait que, une fois encore,
l'argent du contribuable européen ira au secours des
actionnaires du secteur privé, et à des
aménagements routiers qui n'ont rien d'indispensable
puisqu'une solution alternative bien moins onéreuse est
possible : le dirigeable. Oui, le dirigeable ! Tant d'années
après que le Hindenburg se fut consumé dans les
airs, il est grand temps de redécouvrir ce mode de
transport aujourd'hui totalement sécurisé par les
techniques modernes, et surtout infiniment moins coûteux
que le transport terrestre. En Allemagne, en Angleterre, en
Russie, aux États-Unis, les projets de dirigeables se
multiplient. Les études montrent que les avantages
économiques sont indéniables, la consommation
d'énergie à la tonne transportée étant
ridiculement faible. La vitesse de déplacement avoisine
les 100 km/h et les charges utiles vont jusqu'à 150
tonnes ! Et tout cela en silence, sans avoir à repenser
les gabarits des ponts ou à déplacer les réseaux
électriques, et sans gêner les populations. Cette
solution a même un temps été envisagée
par Airbus, mais les financements publics paraîtraient
bien plus difficiles à obtenir, le lobby du bitume
semblant plus fort que celui de l'hélium. Et si
l'Europe, si fière de "son" Airbus, s'en
mêlait ?
Conseil
Régional d'Aquitaine, Groupe des élus
Verts 14, rue François de Sourdis, 33077 Bordeaux
cedex

Pas
nette l'économie !
Vagues de
licenciement chez Solectron, multinationale américaine
et N°1 mondial de la sous-traitance électronique,
qui emploie 79 000 personnes dans le monde entier. Dernière
"charrette" annoncée : 8 200 emplois supprimés
! Les raisons : les difficultés des nouveaux réseaux
de télécommunication et la chute de la "net
économie" dans le sillage des fameuses start-up,
considérées trop vite comme la base de l'économie
du XXI e siècle. On découvre en fait combien
la "bulle euroland" - pourtant première
puissance commerciale de la planète - reste sans défense
face à la moindre anémie de la croissance
américaine. En France, Solectron est installé sur
le site girondin de Canéjan. Ici, ce sont les
travailleurs temporaires qui sont les premiers touchés
par la restructuration. Fin 2000, le site girondin
employait 2 300 intérimaires. Ils ne sont plus que 1 000
aujourd'hui et, d'ici juin, ces survivants devraient être
également été "remerciés".
A ce rythme, on peut légitimement se demander
combien de salariés permanents du groupe - 2 000
aujourd'hui - ne seront pas touchés par cette effroyable
hémorragie sociale; On voit ici le cynisme de
l'économie virtuelle qui s’appuie sur des emplois
précaires occupés par des salariés bien
réels, que l'on éjecte (comme une disquette ?)
selon l’humeur du Nasdaq. Cette nouvelle économie
augure bien mal des relations sociales dans les années à
venir. Il en sera hélas ainsi tant que les politiques
sociales et économiques européennes ne seront pas
coordonnées, et ne prendront pas le pas sur le dogme
monétariste en vogue à la Banque centrale de
Francfort.

Mégajoule,
mégâchis
Alors que
l’Europe de la défense émerge, avec un
retard criminel, du drame des Balkans, et sans trouver dans ses
caisses de réels moyens pour la prévention des
conflits, des milliards continuent à être
engloutis sur l’autel des vanités militaires
nationales. Le dernier joujou cocardier en la matière
s’appelle Mégajoule, un laser surpuissant simulant
des explosions nucléaires. La "Ligne d'intégration
Laser", construite au Barp près de Bordeaux, sert
d'étude de faisabilité pour permettre la mise au
point des bombes nucléaires françaises de
2020-2040, en créant des "explosions nucléaires
contrôlées en laboratoire" (sic). Des
montagnes d’euros dilapidées, que sont loin de
justifier les quelques applications civiles de la bête… Dans
les guerres du futur, des bombes "propres" seraient
donc savamment dosées et auraient l'avantage de ne
détruire "que" la vie, les constructions
restant debout et aussitôt réutilisables pour peu
qu’elles ne soient pas trop proches de l'impact. Il nous
tarde presque d’y être ! Pourtant, l'article VI
du traité de non-prolifération des armes
nucléaires, signé par la France en 1998, stipule
que "chacune des parties du traité s'engage à
poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures
efficaces relatives à la cessation de la course aux
armements nucléaires à une date rapprochée,
et au désarmement nucléaire dans le cadre d’un
traité de désarmement général et
complet sous un contrôle international strict et
efficace". Après avoir signé ce même
traité, les Etats-Unis ont lancé un programme
équivalent au Mégajoule, le NIF (National
Ignition Facility). Cette hypocrisie généralisée
n’est pas seulement un insupportable gâchis du
budget de la recherche européenne, c’est aussi la
relance de la course aux armements, donnant des raisons de plus
aux pays en voie de développement pour accéder à
l'arme atomique "classique", en passe de devenir
l’arme des pauvres…
Stop-Mégajoule,
13, rue du Chai-des-Farines, 33000 Bordeaux.

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