|
|
||
|
|
||
|
Sommaire |
Edito |
|
|
Les
faits |
Le débat sur la Turquie a été politiquement atteint par la bombe à fragmentation du 29 mai dernier. Il est, dès lors, de plus en plus difficile de l'appréhender de façon globale et apaisée au niveau européen, vu qu'il est désormais morcelé en 25 débats nationaux, où les tentations des uns et des autres de l'instrumentaliser pour de douteuses fins partisanes sont immenses. Dans une Union en panne institutionnelle et budgétaire, et qui connaît des repliements nationalistes sans précédent, la Turquie va peut-être d'avantage s'inscrire - et pour longtemps - dans le tempo des consultations électorales nationales que sur l'agenda communautaire. Pourtant la Turquie est un véritable sujet européen, puisqu'il pousse chacun à divulguer son projet sociétal et ses vues géopolitiques à long terme, ce qui est l'essence même de la construction de l'Union. Il est vrai que de tous les élargissements qu'à connu l'histoire de l'Europe, c'est celui-ci, par sa nature et son ampleur, qui révèle le mieux les carences du processus européen. C'est un débat complexe, aux multiples facettes. Il réveille bien des cicatrices et agite bien des fantasmes. Les obstacles sont nombreux sur le chemin - incertain - d'une adhésion de la Turquie. Parmi ces obstacles, le strict respect des droits fondamentaux ne sera pas le plus simple à franchir. Une boutade dit que les trois ouvrages les moins épais de la bibliothèque européenne sont le livre sur "les victoires de l'armée italienne", le livre sur "les délices de la cuisine anglaise", et le livre sur "les Droits de l'Homme en Turquie"… Le long processus d'adhésion qui vient de démarrer devrait contribuer à épaissir ce dernier volume. C'est là tout l'intérêt, et tout l'honneur, du projet européen. Gérard ONESTA |
|
|
|
|
|
|
|
||
|
|
|
Historique de l'élargissement de l'Union européenne |
|
|
. La Communauté Économique Européenne s'est pour la première fois élargie en 1973 vers le Danemark, l'Irlande et la Grande-Bretagne. L'adhésion de la Grèce a suivi en 1981, puis celle de l'Espagne et du Portugal en 1986, et enfin l'adhésion de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède en 1995. Entre temps, la Norvège, par référendum, avait (momentanément ?) renoncé à rejoindre un club où sa richesse risquait d'être diluée. Des Quinze aux Vingt-cinq, l’Union européenne n’a ensuite fait qu’un seul pas - le plus périlleux sans doute -, le 1er mai 2004, en direction de l'Est, en absorbant d'un coup la République tchèque, l'Estonie, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Slovénie et la Slovaquie.
Depuis,
les négociations d'adhésion sont en voie
d'achèvement avec la Bulgarie et la Roumanie qui ont signé
leur traité d'adhésion le 25 avril 2005 et
devraient rejoindre l'Union au 1er janvier 2007 (ou
2008, un décalage d'un an étant accepté par
les parties signataires). Le 3 octobre dernier, le même
(long) processus vient de s’engager officiellement avec la
Croatie et la Turquie. D'autres pays enfin, comme l'Ukraine ou la
Moldavie ont déjà signalé leur envie d'être
les suivants sur la liste… |
|
|
|
||
|
Mais
par ailleurs, "l'élargissement institutionnel",
plus connu sous le nom "d'approfondissement", lui, n'a
pas vraiment suivi, puisque que les mécanismes
institutionnels depuis un demi-siècle sont, peu ou prou,
restés les mêmes. Et l'échec du projet de
Constitution n'a fait que renforcer cet état de fait. Même
chose pour "l'élargissement budgétaire"
qui n'a pas eu lieu, ce qui fait que l'Union n'adosse pas son
projet à de vrais moyens financiers, mais en reste à
mobiliser pour celui-ci qu'une part infime (1 % du PNB) de la
richesse continentale. |
||
|
|
||
|
Le choix d'un bon tempo est sans doute, pour un élargissement, le gage le plus sûr de sa réussite. Un élargissement, effectué à marche forcée - parce qu'il entraîne alors, par de brutales restructurations, une casse sociale - est la source de bien des tensions. La réunification allemande (une sorte "d'élargissement intérieur") en est un triste exemple. D'un autre côté, un attentisme excessif fait le jeu des discours ultra nationalistes, prêts à catalyser les impatiences et les déceptions dans les pays candidats. Chaque élargissement, jusqu'à l'Europe des Quinze, a renforcé la cohésion de l’Union européenne, lui donnant plus d'influence pour répondre aux nouveaux enjeux planétaires. L'élargissement de 2004, et ceux à venir, renforceront-ils de la même manière la position de l'Union face au défi de la mondialisation, et face à sa capacité de défendre le modèle social européen ?
|
||
|
|
||
|
En 1993, lors du Conseil européen de Copenhague, l’Union a défini les critères d’adhésion, auxquels il est, depuis, souvent fait référence en tant que "critères de Copenhague". Ces conditions à remplir préalablement à l'adhésion impliquent que le pays candidat doit donner des garanties de trois ordres : Politiques : avoir mis en place des institutions stables garantissant la démocratie, l'état de droit, les droits humains, le respect des minorités et leur protection ; Économiques : avoir institué une économie de marché viable ayant notamment la capacité de faire face à la pression concurrentielle à l'intérieur de l'Union ; Juridiques : avoir la capacité d'assumer les obligations de l'adhésion, c'est-à-dire de reprendre et d'appliquer l'ensemble de l'acquis communautaire (incluant l'obligation du passage à terme à l'euro). |
||
|
|
|
|
|
|
. Signataire, depuis septembre 1963, d’un accord d’association avec la Communauté européenne, la Turquie a dû attendre 1995 pour conclure un accord d'union douanière avec les Quinze. Le 14 avril 1987, Ankara déposait formellement son acte de candidature à la Communauté économique européenne, candidature qui fera l'objet d'un avis négatif de la Commission le 18 décembre 1989. Il a donc fallu à la Turquie patienter encore jusqu'à la décision du Conseil européen d'Helsinki de 1999 pour que soit reconnue officiellement sa "vocation" à rejoindre pleinement l'Union sur la base des mêmes critères que les autres pays candidats. Cependant, en décembre 2002, quand le feu vert fut donné à 10 pays pour leur entrée dans l'Union dès 2004, on fit savoir à la Turquie - d'abord furieuse, puis résignée - qu'elle devrait attendre 2005 pour savoir si elle pouvait commencer à espérer adhérer à son tour…. Pourtant, durant tout ce temps, la Turquie se liait à l'Europe à de nombreux niveaux institutionnels. Elle affichait son ancrage occidental en 1952 en adhérant - comme la plupart des états de ce qui allait devenir l'Union européenne - à l'OTAN, dont le siège est à Bruxelles. En intégrant dès le 9 août 1949 le Conseil de l'Europe - cet organisme qui siège à Strasbourg et qui a vocation à promouvoir les droits humains (!) - elle y devançait des pays tels que l'Allemagne, l'Espagne, la Pologne, l'Autriche, la Finlande… En parallèle, la Turquie, renonçant à sa dimension asiatique, décidait d'investir aussi toutes les structures européennes en matière sportive (elle ne joue que dans les fédérations européennes), ou de média (elle est membre de l'Eurovision) Dans l'année écoulée, du côté des institutions européennes, les étapes marquantes furent les suivantes : - Le 6 octobre 2004, la Commission européenne rend son rapport indiquant que le processus d'adhésion à la Turquie peut commencer, mais, pour la première fois de l'Histoire européenne, elle propose une double clause spéciale : - 1) le lancement de la procédure ne donne aucune garantie sur sa conclusion positive à terme - 2) la Turquie sera sous haute surveillance, et tout manquement sur le chemin des réformes demandées interrompra le processus.
- Le 15 décembre 2004, le Parlement européen vivait un moment historique en votant, à une large majorité, en faveur de l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie.
- Le 17 décembre 2004, le Conseil avançait d'avantage encore sur la voie du processus d'adhésion turc, en intégrant les préoccupations de la Commission et le feu vert du Parlement.
- Le 28 septembre 2005, le Parlement européen donnait une dernière fois son analyse à quelques jours du Conseil décisif. Tout en réaffirmant son soutien à l'ouverture des négociations d'adhésion, l'assemblée adoptait un ton plus dur vis-à-vis d'Ankara.
- Le 3 octobre 2005, le Conseil des ministres des affaires étrangères des Vingt-cinq, réuni à Luxembourg, signe avec la Turquie un document historique qui - pour la première fois - ouvre formellement la voie à l'adhésion de la Turquie à l'Union.
Avec cet accord, la Turquie et l’Europe unissent formellement leurs destins, même si le temps des fiançailles s'annonce long… et les épousailles incertaines.
. |
|
|
|
|
Le jour J |
|
|
.
08H16
: Jack Straw "pas certain" d'un accord |
|
|
|
|
La pré-adhésion |
|
|
. En parallèle, la Commission met en place une "stratégie de pré-adhésion", arsenal de mesures techniques et financières pour aider le pays candidat dans son cheminement. |
|
|
. |
||
|
|
||
|
|
|
Les limites géographiques de l'Union |
|
|
. Le Traité en vigueur (celui de Nice) dit simplement en son article 49 : "Tout État européen qui respecte les principes énoncés à l'article 6, paragraphe 1, (qui stipule que "L'Union est fondée sur les principes de la liberté, de la démocratie, du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'État de droit, principes qui sont communs aux États membres.) peut demander à devenir membre de l'Union. Il adresse sa demande au Conseil, lequel se prononce à l'unanimité après avoir consulté la Commission et après avis conforme du Parlement européen qui se prononce à la majorité absolue des membres qui le composent". Au sujet de la candidature de la Turquie, en se replongeant dans les manuels de géographie, on ne trouve dans aucun d’entre eux l’indication formelle que la frontière naturelle, tectonique, géologique ou climatique de l’Europe passerait par Galatasaray ou Fenerbace, clubs de football turcs qui jouent pourtant sans contestation en Ligue des Champions européenne… En termes de proximité géographique, on ne se souvient pas non plus de protestation lors de l'adhésion de Chypre - située à 70 Km au sud de la Turquie - qui ne se trouve pourtant qu'à 103 Km à l'ouest de la Syrie, alors qu'elle se retrouve à quelques 800 Km du premier territoire incontestablement européen (il s'agit de la Grèce continentale, avec laquelle la Turquie a, pour sa part, une frontière terrestre directe…)
Il
est ainsi des territoires totalement africains qui sont dans
l'Union (enclaves de Ceuta et de Mellilla, île de la
Réunion…). Il est aussi un immense territoire
totalement américain (infiniment plus vaste que la plupart
des États membre de l'Union) où s'appliquent toutes
les directives européennes, vu que ce territoire est
partie intégrante de l'Union. Il s'agit de la Guyane, et
on est parfois étonné de réaliser que, grâce
à la France, l'Europe a une très longue frontière
terrestre avec …le Brésil ! Il est enfin un état
membre dont le territoire est situé à 100 % en Asie
: il s'agit de Chypre, toute bonne encyclopédie vous le
confirmera. |
|
|
|
|
L'histoire turque et l'histoire européenne |
|
S'il est absurde de minimiser les racines orientales de la Turquie, il est tout aussi vain d'en nier la part de racines européennes… |
. C'est en effet après la chute de Constantinople en 1453, que s'ouvre une ère de domination ottomane qui couvrira l'ensemble des Balkans jusqu'aux marches de l'Autriche. Cette domination, pour guerrière qu'elle fut, est considérée par les historiens comme plutôt "douce" et "relativement respectueuse" en comparaison de la situation des populations soumises dans le monde, aux mêmes périodes, aux armées chrétiennes. Après la déflagration de la première guerre mondiale, le traité de Sèvres, en 1920, démembre ce qui reste de l'empire du sultan, et le califat d'Istanbul disparaît dans la foulée. Le XXème siècle renforce alors le "tournant européen" de toutes les élites turques. Qu'elles soient administratives, universitaires, industrielles, militaires, sportives…, toutes les couches dirigeantes de la population turque se forment à l'école européenne et "se pensent européennes". En Turquie, le monde des médias et de la publicité vit à l'heure occidentale.
Durant
tout ce temps, l'Europe, de son côté, ne fit rien -
bien au contraire - pour décourager ce tropisme
occidental, trop contente d'engranger un allié de poids
sur son flanc Est. Les Ottomans, qui n'appartiennent pas (même
si la confusion est entretenue par l'extrême droite) à
la nation arabe, ont des relations tendues avec ce monde
arabisant, au point d'avoir des relations privilégiées
avec Israël… |
|
|
|
|
Les droits humains en Turquie |
|
|
. Pourtant la Turquie a adopté deux grandes réformes constitutionnelles (2001 et 2004) et huit séries de réformes législatives (entre février 2002 et juillet 2004) qui sont unanimement saluées par les défenseurs des droits humains. Liberté d'expression, liberté d'association, lutte contre les mauvais traitements, droits des minorités, droits de femmes, diminution du poids institutionnel de l'armée, procès équitables, les avancées sont insuffisantes (le droit syndical reste, par exemple, en deçà des conventions de l'OIT) mais incontestables… |
|
|
|
||
|
|
||
|
|
||
|
|
||
|
|
||
|
|
||
|
|
|
L'islam |
|
|
. On oublie cependant de préciser plusieurs choses : d'abord qu'il y a Islam et Islam. La pratique de la religion musulmane en Turquie est modérée et combat l'intégrisme. Ensuite la Turquie est un des rares pays strictement laïque (voir détail plus loin en rubrique "Zoom"), ce qui est loin d'être le cas de la plupart des États membres de l'Union européenne. Par ailleurs, s'il est vrai que c'est un parti "islamique" qui est pouvoir à Ankara, il fait tout pour prouver que l'on peut concevoir des partis "démocrates musulmans", comme il existe des partis "démocrates chrétiens".
Au
final, doit-on juger la Turquie pour ce qu'elle est, ou pour ce
qu'elle fait ? |
|
|
|
|
La Turquie est-elle soluble dans l'Europe (et vice versa)? |
|
|
.
Par
ailleurs, le poids démographique de la Turquie fait peur à
certains qui annoncent 100 millions de Turcs à l'horizon
2020. Pourtant, selon d'autres études, la Turquie ne
devrait atteindre que les 80 millions d'habitants en 2020.
D'après le Conseil de l'Europe, sa démographie
devrait par la suite se stabiliser, le taux de fécondité
passant de 2,5 enfants par femme en 2001 à 2,1 d'ici 2015.
Ainsi en 2030 et en 2040 la population turque ne devrait guère
dépasser la population allemande. La vérité
est que quel que soit le nombre final, une Turquie membre de
l'Union - de par les mécanismes institutionnels européens
de prime aux petits États - ne pourra rien imposer, ni
bloquer, dans l'Europe. Elle devra entrer, comme les autres, dans
le mécanisme de recherche de consensus. |
|
|
|
|
La question kurde |
|
|
. Suite aux pressions européennes, l’état d’urgence dans le Sud Est de la Turquie a été levé le 30 novembre 2002. Cependant, les affrontements dans la région entre forces de sécurité et groupes armés continuent d’occasionner des violations des droits de l’Homme. Entre janvier et juin 2004, on a relevé 18 cas d’exécutions extrajudiciaires. Le conflit armé entre les forces de sécurité turques et le PKK dans le Kurdistan turc a fait environ 30 000 morts, et plus de 250 000 déplacés internes, souvent du fait de la destruction de villages. À ce jour, il n’existe pas de plan du gouvernement pour le retour des déplacés internes. Les paquets d’harmonisation adoptés en août 2002 et en juillet 2003 ont reconnu le droit d’accès aux émissions de radio et de télévision et à l’enseignement dans des langues autres que le turc. Ainsi la première émission en langue “régionale” a été diffusée à la télévision publique le 9 juin 2004. Les radios privées ont été autorisées le 19 août 2004 à produire des émissions en kurde et en d’autres "dialectes". Par ailleurs, les cours de kurde dans des écoles privées ont débuté. À Dyarbakir, "capitale du Kurdistan turc", les écoles privées enseignant le kurde ont toutefois été priées de descendre leur panneaux aux couleurs du Kurdistan par le gouverneur local. Vingt et un membres fondateurs de l’organisation GIYAV (Migration and Humanitarian Assistance Fondation) ont fait l’objet de poursuites judiciaires pour avoir employé des expressions telles que :"de langue maternelle kurde", "multiculturalisme", "personnes déplacées" ou "pratiques mises en œuvre dans le cadre de l’état d’urgence". Le 20 octobre 2003, la Cour a acquitté les membres du GIYAV.
Le
plus gros risque d'embrasement de la région réside,
en fait, de l'autre coté de la frontière, au
Kurdistan irakien. Si la désagrégation actuelle de
l'Irak menait à l'indépendance de ce bout de
Kurdistan, Ankara a d'ores et déjà annoncé
qu'elle interviendrait militairement pour éviter toute
"contagion" sur son propre Kurdistan… |
|
|
|
|
Le cas chypriote |
|
|
. Ancienne colonie britannique, Chypre accède à l'indépendance en 1960. Trois ans après, les premières violences éclatent entre ses communautés grecque et turque. Un point culminant est atteint en 1974 avec une tentative grecque de prise de contrôle de l'appareil d'État insulaire et une réplique immédiate d'Ankara, qui occupe militairement la partie Nord et refuse de reconnaître la zone Sud. Depuis l'île est traversée par une ligne de démarcation quasi infranchissable. En 1983, cette partie nord de l'île, contrôlée par la Turquie, proclame son indépendance sous le nom de "République Turque de Chypre Nord" (RTCN). Au niveau international, cet état fantoche n'est reconnu que par Ankara. Il est impensable que la Turquie puisse entrer dans l'Union - zone de paix s'il en est - en occupant le territoire d'un autre état membre. Pourtant l'armée turque qui ne digère pas la perspective de devoir restituer ces territoires, utilise toute sa puissance institutionnelle et instrumentalise un populisme nationaliste pour faire pression sur le gouvernement d'Ankara. Ainsi, alors même que ce dernier a signé en 2005 l'extension aux 25 États membres de l'Union de l'accord douanier qui le liait à l'Europe des Quinze, la Turquie s'est empressée de déclarer que cette signature ne valait pas reconnaissance de Chypre Sud (ce qui est une ineptie en droit international, puisqu'on ne peut signer d'accord qu'avec des états dont on reconnaît l'existence !). Le Parlement européen, pour marquer sa désapprobation, en septembre dernier, a renvoyé à plus tard sa propre ratification de cet extension d'accord douanier. Les députés Verts ont regretté ce blocage du Parlement qui pénalise du coup tout le continent, Turquie incluse…
Il faudra pourtant bien, d'ici à la conclusion d'une éventuelle adhésion, que la Turquie ravale son nationalisme - et ses généraux leurs képis - et reconnaissent la souveraineté de la république Chypre sur l'entièreté de l'île. Mais les blocages ne viennent pas toujours forcément du côté où l'on croit : un des scénarios possibles de sortie de crise est le plan onusien dit "Plan Annan", déjà accepté par le premier ministre turc, mais rejeté par les chypriotes grecs (voir plus loin en rubrique "Zoom"). . |
|
|
|
|
Le génocide arménien |
|
|
.
La
diaspora arménienne a fait pression avec vigueur - et avec
parfois des excès de langage à la mesure du drame
qu'elle a vécu - pour que la reconnaissance formelle de ce
génocide par Ankara soit un préalable à
l'ouverture de tout processus de négociation. Plus
sage politiquement, et sûrement plus efficace, le Parlement
européen, en septembre dernier, a exigé que la
reconnaissance de ce génocide par la Turquie soit une
condition sine qua non à la conclusion de ce
processus. |
|
|
|
|
|
|
|
|
Choc des civilisations |
|
.
|
.
Faire
un choix différent serait renvoyer la Turquie vers un
"bloc islamique" supposé inconciliable avec
l'Occident. On sèmerait alors les graines de lourds
conflits à venir… |
|
|
|
|
Petite revue de textes |
|
|
.
|
|
|
|
||
|
|
|
L'économie turque |
|
L'Union
a peur des dégâts de dumping social qu'un pays de la
taille de la Turquie ferait courir à la stabilité
du marché intérieur européen. |
. Depuis le 1er janvier 2001, la Turquie applique les mêmes droits de douane que la Communauté européenne à l'égard des pays tiers ; cet exemple montre la particularité d'un tel accord douanier : la Turquie applique des mesures à la décision desquelles elle ne participe pas. L'accord douanier concerne la plupart des biens et marchandises, à l'exception des produits agricoles. À noter que les services ne sont pas non plus inclus dans l'accord. L'économie turque est loin d'avoir atteint son potentiel. Et c'est bien ce qui inquiète certains pays de l'Union, car la Turquie représente une formidable plateforme pour l'exportation vers les pays de la région. Sa main d'oeuvre est qualifiée et peu coûteuse, en particulier du fait de la faiblesse de la couverture sociale. Son positionnement géographique lui permet d'être proche des marchés du Moyen-Orient et de l'Asie centrale, dont plusieurs pays sont turcophones. L'Union a peur des dégâts de dumping social qu'un pays de la taille de la Turquie ferait courir à la stabilité du marché intérieur européen. En cela, l'Union ne fait que payer ses propres carences en matière de régulation économique et son absurde absence de volonté de développer une protection sociale continentale. En l'occurrence, la faute incombe à la "Mal Europe"… La France est le premier investisseur en Turquie en stock d'investissements cumulés, avec 5,7 milliards de dollars sur la période 1980-2002. Elle est suivie par les Pays-Bas, l'Allemagne, les États-Unis et le Royaume-Uni. Dans le secteur automobile, Renault, allié au fonds de pension de l'armée Oyak, a produit 100 000 véhicules particuliers en Turquie en 2002, soit environ la moitié de la production totale turque de véhicules particuliers. Malgré ses atouts - importance du marché intérieur, main d'oeuvre qualifiée et peu coûteuse -, la Turquie connaît un niveau statistique de richesse nationale faible. La corruption encore endémique même si elle est - grâce au rapprochement européen - en nette régression, contribue à la fragilité comptable turque. Il faut noter qu'elle n'a jamais fait défaut sur le paiement de sa dette extérieure. La perspective européenne est vécue dans ce contexte comme une force de stabilisation et comme un renfort de la confiance des investisseurs étrangers encore trop absents du pays.
. |
|
|
|
|
La laïcité |
|
|
.
Notons
le paradoxe : en Turquie, c'est le carcan rigide des institutions
ayant permis d'enraciner la laïcité dans la société
(contre l'influence des religieux) qui est aujourd'hui le
principal obstacle à l'entrée de la Turquie en
Europe. Les conditions imposées par Bruxelles à
Ankara pour entrer en l'Europe ne concernent en rien l'islam ni
la société, mais les institutions et le droit turcs
: ceux-ci sont considérés, à juste titre,
comme n'étant pas encore suffisamment démocratiques,
du fait du poids de l'armée, de la liberté d'action
de la police et des restrictions à la liberté
d'expression. Car cette laïcité autoritaire et ce
nationalisme militant sont défendus non seulement par
l'armée, mais aussi par une partie de la haute
administration (y compris la justice), un ensemble qu'on appelle
en Turquie "l'État profond", lequel se considère
comme dépositaire d'une légitimité et d'une
continuité qui ne sauraient être remises en question
par le vote populaire. |
|
|
|
|
Les Verts en pointe dans ce débat |
|
|
. Un groupe de parlementaires européens est en première ligne pour suivre les évolutions de ce processus d'adhésion. Cette délégation qui régit les relations interparlementaires entre l'Union européenne et la Turquie est présidée par le député Vert néerlandais Joost Lagendijk. Né en 1957, Joost est député européen élu aux Pays-Bas depuis 1999. Il a une formation d'historien et a été libraire puis éditeur. Au Parlement, il est membre de la Commission des Affaires étrangères et préside donc la Commission Parlementaire mixte Union européenne / Turquie. Peu
d'eurodéputés parlent couramment le turc et peuvent
lire chaque jour la presse d'Ankara "dans le texte".
Cem Özdemir, député Vert allemand n'a aucun
problème pour suivre le dossier de l'adhésion
d'Ankara "en langue originale", car il est un des rares
parlementaires d'origine turque. Né en 1965, Cem est
député européen élu en Allemagne. Il
a une formation d'éducateur, et participe régulièrement
aux travaux des Verts allemands sur les minorités en tant
que spécialiste de la Turquie. Au Parlement, il est
membre de la Commission des Affaires étrangères, et
membres de la Commission Parlementaire mixte Union européenne
/ Turquie. |
|
|
|
|
Le futur référendum sur la Turquie en France |
|
Au final, comme pour toutes les autres adhésions à l'Union, une fois toutes les ratifications et référendums nationaux effectués, c'est au Parlement européen - et à lui seul - que reviendra, au travers de la procédure de "l'Avis conforme", le pouvoir ultime de dire oui ou non à un nouvel élargissement… |
. Cette concession faite par Chirac aux (nombreux) turcophobes de son propre parti, va peser lourd dans les années à venir dans les débats hexagonaux. De Villiers et Le Pen ont déjà enfourché ce cheval de bataille pour leur future campagne présidentielle. Ces tristes sires espèrent bien surfer sur le rejet turc que les français annoncent dans toutes les enquêtes d'opinion…
À
noter que ce référendum ne concerne que les pays
qui n'avaient pas encore eu l'accord du Conseil européen à
la date du 1er juillet 2004 (la Bulgarie et la
Roumanie ne sont donc pas concernées). |
|
|
|
|
Le Plan Annan |
|
|
. Les résultats du référendum organisé le 24 avril 2004 ont réduit à néant les efforts de Kofi Annan, la communauté grecque s'étant massivement prononcée contre le plan. Les Chypriotes grecs ont rejeté à 76 %, le projet de réunification, approuvé au contraire par 65 % des Chypriotes turcs. Ce rejet a été un échec pour la paix et la coexistence, deux valeurs fondamentales de l'Union européenne. Les Verts/ALE s’étaient battus pour que Chypre soit réunie avant de joindre l'Union, mais en mai 2004 seule la partie grecque de l'île a fait son entrée au sein de l'Union européenne.
Les
grandes lignes du Plan Annan :
. |
|
|
|
|
Vienne, dernier rempart ? |
|
| ||