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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




La politique européenne de la pêche
Supplément du Carré d'Europe N°15
ETE 2003

Dès 1977, l’Union s’est dotée d’une politique commune de la pêche basée sur la productivité, la stabilisation des marchés, la sécurité des approvisionnements, et l'assurance de prix raisonnables pour les consommateurs. S'y ajoutent la préservation de la ressource halieutique, et les négociations de droits de pêche dans les eaux de pays tiers.

Après avoir poussé - à la demande des États - son industrie maritime à investir dans des bateaux de plus en plus "performants", l’Europe, depuis peu, cherche à enrayer la raréfaction alarmante des bans de poissons, en payant à l'inverse pour limiter une flotte de pêche désormais trop prédatrice.

Pour ne plus dépasser les quotas de captures par espèce et par zone qu'elle fixe annuellement, l’Europe bleue" recalibre sa flotte. Les effets de la diminution - très impopulaire dans les ports - du nombre de petits marins pêcheurs, semblent hélas annihilés par la modernisation, toujours en cours, des gros navires-usines. Par des fonds structurels, l'Union cherche à atténuer les conséquences sociales de ces mesures, en aidant à la reconversion industrielle de certains secteurs dépendants de la pêche.

La diminution des réserves halieutiques rend aussi plus difficile la conclusion d’accords de pêche avec des pays tiers, qui, même pauvres, n'admettent plus de voir la "riche Europe" venir piller leurs eaux.

Pour l'heure, le Parlement Européen - qui soutient les efforts de "pêche raisonnée" - n'est que consulté sur cette politique, sauf pour les accords de pêche impliquant des sommes importantes où son assentiment est requis. Le Conseil, lui, est bloqué par l'aveuglement des égoïsmes nationaux.

Outre les fonds structurels aidant les zones portuaires en difficulté, le budget annuel de cette politique de pêche vient de l’IFOP, l'Instrument Financier d’Orientation de la Pêche (environ 600 millions d'euros), et du fonds pour les accords de pêche (280 millions d'euros).

Les océans devaient être pour l'Humanité, le garde-manger mais aussi la réserve de biodiversité du 3ème millénaire. Cet espoir est en train d'être anéanti par un saccage de la ressource et de son milieu. Les Verts européens appellent à une refonte complète des politiques de pêche.

Préserver. Réduire encore - et/ou rendre plus sélectif - les quotas de pêche jusqu'à reconstitution durable des stocks de poissons. Recenser et protéger les organismes marins, inestimables richesses potentielles.

Sanctionner. Punir lourdement les pollueurs des mers. Moderniser les flottes et les procédures de surveillance et de sécurité. Durcir les législations sociales et environnementales maritimes. Créer un corps de garde-côtes européen garant de la protection des eaux.

Développer. Soutenir l'activité des petits marins pêcheurs, peu prédateurs de ressources et créateurs d'emplois, au détriment des grands navires-usines mécanisés et destructeurs. Aider les marchés locaux de qualité, plutôt que l'exportation intensive. Développer une aquaculture (animale ou végétale) raisonnée, extensive, à bon bilan protéique. Soutenir la recherche pour le développement durable marin.

Modifier. Changer les méthodes de pêche (grille de tri,interdiction des filets de grande taille ou à mailles non sélectives...) afin de limiter les prises fortuites (jeunes poissons et espèces protégées) et les dommages aux fonds sous-marins ou au plancton.

Réorienter. Donner aux accords de pêche internationaux un caractère de "service public" rompant avec la logique de privatisation des stocks. Aider le Tiers-Monde à exploiter durablement (préservation de la pêche artisanale) ses ressources halieutiques, plutôt que de les anéantir en les vendant à d'autres.

Concerter. Favoriser une collaboration entre États côtiers pour assurer une gestion halieutique efficace et raisonnée. Instaurer un dialogue apaisé et permanent entre pêcheurs, consommateurs et protecteurs de l'environnement.

Démocratiser. Donner au Parlement Européen un rôle législateur en matière de pêche, garant de l'intérêt général par-delà les égoïsmes nationaux.