La
procédure budgétaire
Carré
d'Europe N°5
HIVER 2000/2001
Le
Parlement européen et le Conseil des ministres des
finances constituent l’autorité budgétaire
qui adopte le budget annuel de l’Union européenne.
La
procédure d’examen puis d’adoption de ce
budget se fait de juin à fin décembre.
À
chaque organe européen correspond une section du budget,
mais c’est la "section 3", celle de la
Commission, qui est la plus importante, avec 98 % du budget
total de l’Union pour financer toutes les politiques
communautaires.
À cela s’ajoute une bizarrerie
que sont les quelques fonds encore "hors budget",
tels que le FED (Fonds européen de développement,
qui finance les accords de Lomé) ou le budget CECA
(charbon et acier, la préhistoire de l’Europe…)
sur lesquels le Parlement ne donne qu’un avis.
Chacun
de ces volets comprend des dépenses obligatoires (DO)
tels que les dépenses agricoles et les dépenses
liées aux accords internationaux, et des dépenses
non obligatoires (DNO). Sur les DO, qui représentent
pourtant plus des trois quarts du budget, le Parlement est
scandaleusement réduit à un rôle de
commentateur car, sur ce type de dépenses, le Conseil a
le dernier mot.
Par ailleurs, les accords
inter-institutionnels (AII), et les perspectives financières
(PF), adoptés lors de Conseil européen et
valables pour 6 ans, fixent les méthodes de répartition
des sommes entre les institutions et leurs variations
maximales. Dès lors, même sur les DNO, le
Parlement, terriblement corseté, ne peut modifier que
peu de choses.
La procédure budgétaire débute
par une consultation des trois institutions, puis un
avant-projet de budget est transmis par la Commission au
Parlement et au Conseil courant juin. Conseil et Parlement
s’entendent alors sur un projet de budget. En octobre,
après un long débat d’amendements en
commission du budget, le Parlement procède à une
première lecture. Il peut amender le projet à la
majorité absolue de ses membres pour les DO (314 voix),
et à la majorité simple des suffrages exprimés
pour les DNO. En novembre, le Conseil examine les amendements
du Parlement puis délibère définitivement
sur les DO. En décembre, le Parlement européen
délibère, en seconde lecture, sur les
propositions du Conseil concernant les DNO. Lors de la même
session, le budget est adopté dans sa totalité
par le Parlement européen, sauf si 314 députés
sur 626, représentant au 3/5e des exprimés, sont
contre, ce qui est arrivé une seule fois dans l’histoire
de l’Europe, en 1985. Dans ce cas, on ne peut dépenser
plus que les montants de l’année passée.
Ces seuils de vote, quasi impossible à atteindre,
démontrent la volonté d’empêcher le
Parlement de décider souverainement.
La signature du
ou de la président-e du Parlement rend le budget
exécutoire. Dans l’année qui suit, la très
puissante CoCoBu (commission du contrôle budgétaire)
du Parlement vérifie la bonne exécution du
budget. Mais cette vérification est essentiellement
comptable, car l’Union a peu de moyens en personnel pour
vérifier sur le terrain la bonne utilisation de ses
deniers. Pourtant la fraude atteindrait dans certaines régions
ou pour certains secteurs économiques des sommes
considérables, difficiles à vérifier car
le Parlement accorde la "décharge" (quitus de
bonne exécution du budget) essentiellement sur la base
du rapport annuel de la Cour des comptes européennes.
Une procédure
à revoir
La procédure budgétaire
nécessite, selon les Verts, une refonte complète
:
Que le Parlement se prononce aussi sur les recettes;
Que
les recettes actuelles de l’Union (essentiellement
contribution des Etats membres) soient remplacées par un
impôt européen se substituant à une partie
des impôts nationaux, impôt progressif basé
sur des critères environnementaux et sociaux;
Que
les entraves au pouvoir politique du Parlement (DO, DNO, AII,
PF et seuils de vote) soient supprimées;
Que le
pouvoir budgétaire de l’Union Européenne
soit augmenté à la mesure de son ambition
politique. (actuelles ressources de l’Union : 1,27 % du
PNB, budget fédéral américain : 20 % du
PNB);
Que la répression des fraudes soit renforcée
par la création d’un vrai corps européen
d’inspecteurs.