Les
Institutions juridiques européennes
Carré
d'Europe N°6
PRINTEMPS 2001
L’Union
européenne s’est dotée de deux
instances judiciaires : la Cour de justice, créée
en 1952, et le Tribunal de première instance, créé
en 1988, tous deux installés à
Luxembourg.
Précisons
que la Cour européenne des droits de
l’homme (CEDH), qui siège à
Strasbourg, dépend quant à elle du Conseil de
l’Europe (43 États membres) et non de l’Union
européenne (à 15). La CEDH examine les recours -
après épuisement de tous les recours nationaux -
de personnes morales ou physiques s’estimant victimes
d’une violation de droits fondamentaux.
La Cour
de justice, composée de 15 juges et de 9 avocats
généraux nommés pour 6 ans par les États
membres, donne une interprétation cohérente et
uniforme du droit communautaire (traités, directives,
décisions de la Banque centrale européenne, etc.)
et veille à son respect par l’ensemble des États
de l’Union et de leurs citoyens.
Les recours de la
Cour sont de 4 ordres :
1•
Manquement : Sur recours de la Commission
européenne ou d’un État membre, la Cour
peut constater un manquement et peut demander à l’État
incriminé d’y mettre fin sous peine d’amende.
La France totalise le plus grand nombre de manquements : 35 en
1999, devant l’Italie (29) et le Luxembourg (14), et
aucun pour la vertueuse Finlande. Les manquements en matière
d’environnement (Natura 2000, chasse…) expliquent
le mauvais classement de la France.
2•
Annulation : Sur recours du Conseil, de la
Commission, du Parlement, d’un État membre ou de
la Cour européenne des comptes, la Cour de justice peut
annuler tout ou partie d’une disposition communautaire
illégale par rapport aux traités.
3•
Carence : Sur recours de la Commission ou
du Parlement, la Cour de justice peut constater une carence
dans le droit communautaire, et demander au Conseil et à
la Commission de combler ce vide juridique.
4•
Réparation : La Cour peut
déterminer la responsabilité de la Commission
pour des dommages causés par les institutions ou leurs
agents, et déterminer les éventuelles
réparations.
Par
ailleurs, la Cour est l’instance d’appel du
Tribunal de première instance, mais aussi
l’interlocuteur des juges nationaux qui demandent une
interprétation du droit européen. Elle est
également consultée avant la signature d’accords
internationaux afin d’en vérifier la compatibilité
avec les traités.
Le Tribunal de première
instance, composé de 15 magistrats nommés
pour 6 ans par les États membres, aide la Cour de
justice pour tout type de recours (manquement, annulation,
carence, réparation) introduits non par des institutions
européennes mais par des personnes morales ou physiques
contre des décisions des institutions européennes.
Et
après Nice ?
Le (mauvais) traité de
Nice introduira quelques améliorations dans le
dispositif judiciaire : le Parlement européen verra son
droit de recours élargi, et des chambres
juridictionnelles spécialisées seront créées
en première instance, pour accélérer les
procédures. Pour autant, la Cour et le Tribunal n’auront
toujours pas decompétences sur la sécurité
publique ni sur la suppression des contrôles aux
frontières. Quant à la coopération
judiciaire, si elle semble progresser, via l’unité
"Eurojust", la demande du Parlement Européen
de création d’un "procureur européen",
ayant toute liberté pour traquer les fraudeurs partout
dans l’Union, n’a pas abouti. Enfin, la Charte des
droits fondamentaux, à laquelle le traité de Nice
s’est bien gardé de faire référence,
n’est pas encore le socle du droit européen.
La
primauté du droit européen
La
jurisprudence fait du droit communautaire une réalité
pour les citoyens européens, qui peuvent demander qu’une
loi nationale ne leur soit pas appliquée si elle est
contraire à la législation européenne.
Ainsi, depuis 1962, l’arrêt Van Gend en Loos pose
le principe de l’application immédiate du droit
communautaire devant les tribunaux des États membres, et
l’arrêt Costa C/Enel (1964) établit la
primauté de la règle communautaire sur la règle
nationale.