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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Conjuguer solidarité et diversité
Janvier 2002 . Carré d'Europe N°9 . édito . Par Gérard Onesta


L'Europe est-elle perpétuellement condamnée à naître de ses propres erreurs ? Fallait-il le drame des Balkans pour qu'elle s'interroge sur sa politique de sécurité ? Fallait-il que ses vaches deviennent folles pour qu'elle repense son modèle agricole ? Fallait-il que le terrorisme s'installe dans son quotidien pour qu'elle se penche sur la cohérence de sa justice ? Fallait-il l’explosion de Toulouse pour qu‘elle constate les limites des directives Seveso ?

Si je suis candidat à la présidence du Parlement de mon continent c'est pour dire que nous ne devons pas nous résoudre à une telle fatalité. Je crois en une Europe qui ne serait plus aveuglée par des critères économiques, ou dictée par la peur de l'étranger.

À longueur de résolutions, nous parlons de concept du développement durable. Mais pour donner un sens à ces mots, il faudra d'abord construire des solidarités multiples et croisées. Solidarité entre voisins européens par des avancées sociales basées sur ce que chacun de nos pays à su produire de mieux. Solidarité envers les générations futures en préservant notre environnement. Solidarité avec le reste de cette planète dont nous nous découvrons chaque jour plus interdépendant, en fondant, par exemple, un commerce équitable.

Une Europe forteresse, qui deviendrait puissance militaire pour n'avoir pas su être puissance politique, ou simple zone marchande pour n'avoir pas eu d'ambition démocratique, serait une aberration historique.

Mais la solidarité ne doit pas déboucher sur l'uniformité. La diversité est LA vraie chance de l'Europe. Si notre continent est une forêt dont les états sont les troncs, alors les régions en sont les racines. La Bavière, la Catalogne, l'Écosse, la Laponie, la Flandre... tous ces paysages, ces lumières, ces saveurs, ces langues que nous retrouvons tous avec tant de plaisir quand nous revenons dans nos régions, sont un trésor sans prix. Nos Europes sont belles. Il faut les additionner dans le respect de chacune, sans jamais les broyer dans un moule unique et centralisé.

Conjuguer solidarité et diversité : dans ce vaste chantier notre Parlement est un outil essentiel. Durant la mi mandature qui s'achève, au travers des dossiers qui m'ont été confiés, j'ai modestement essayé de prouver qu'avec de la conviction et de la loyauté, on peut perfectionner cet outil. Par exemple en donnant plus de transparence et plus de garanties sociales au statut de nos assistants, ou en ouvrant nos hémicylces à des opérations citoyennes comme lors du premier Congrès mondial pour l'abolition de la peine de mort.

À quelques jours de Laecken nous sommes face à un possible saut qualitatif et quantitatif d'une portée immense. Acteur dans une période historique d'une rare intensité, notre Parlement se doit d'évoluer avec la même amplitude qu'il souhaite pour son projet européen.

Être Président de ce Parlement c'est d'abord garantir à chacun de ses membres le respect qui lui est dû, mais aussi s'assurer, à l'extérieur, que notre Assemblée sera elle même respectée pour ce qu'elle est : la voix directe de centaines de millions de citoyens.

Notre Parlement n'est jamais aussi fort que quand il croit en lui même.

Et je crois en lui.

Gérard ONESTA