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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Situation au Moyen-Orient
Extraits des débats - Parlement européen -
Compte-rendu in extenso des débats du 9 avril 2002
par Alima Boumediene-Thiery


Œ Monsieur le Président, chers collègues, je suis revenue hier de Palestine et, si vous le permettez, je prends deux minutes pour témoigner.

Il n'y a pas de mots pour exprimer l'horreur de la situation ni les atrocités que vit le peuple palestinien opprimé dans ses droits les plus élémentaires. À Ramallah, l'hôpital est cerné, le dispensaire est débordé par le nombre de blessés graves.Tous les locaux de secours médical sont saccagés. Des femmes meurent en couches, les bébés aussi. Les ambulances circulent sous les rafales pour relever les blessés, ramasser les morts qu'on ne peut pas enterrer. On creuse une fosse commune dans la cour de l'hôpital pour y entasser les corps. Un enfant n'a pas le temps de traverser la rue, une balle le paralyse à vie. Une vieille femme n'a pas le temps d'aller remplir une casserole d'eau dans la cour, une balle l'atteint et lafoudroie sur place. Un homme malade, appuyé sur sa canne, vient pour soigner son diabète, mais une balle le tue sur la première marche du dispensaire.

Lorsque nous arrivons devant le quartier général de Yasser Arafat pour amener de l'eau et des vivres, un char pointe son canon vers nous. Les soldats, en position de tir, nous obligent à reculer. Sous les menaces, nous repartons avec nos vivres.

Ces enfants, ces vieux, ces femmes sont-ils des terroristes qui mettent en danger l'État et le peuple d'Israël ?

À Bethléem c'est aussi le couvre-feu. Nous sommes dimanche, jour de prière universelle. Sans cesse on entend des tirs.

Nous décidons d'accompagner des fidèles à l'église. En bas de l'escalier, sur la place de la Nativité, sont stationnés des tanks qui bloquent tous les accès. Les soldats nous donnent l'ordre de partir immédiatement, ils nous menacent de tirer.

Nous remontons une petite allée en traversant des salles d'école et d'église saccagées. Nous enjambons des ruines, des voitures cassées, brûlées, les gravats provenant de maisons effondrées, des trottoirs défoncés. Les canalisations crevées laissent jaillir de l'eau qui forme des torrents de saleté. Les réserves d'eau potable sur les toits se vident; bientôt les habitants seront sans eau, comme ils sont déjà sans électricité.

À l'angle d'une maison, nous sommes de nouveau encerclés par des soldats qui pointent vers nous leurs mitraillettes. Il faut savoir que notre délégation de parlementaires est rentrée clandestinement dans ces villes, par des chemins de terre détournés, traversant des carrières et des chantiers et se cachant des patrouilles, des patrouilles de soldats.

En nous voyant, des jeunes et des moins jeunes sont sortis pour nous parler, pour nous prier d'intervenir d'urgence. Ils attendent beaucoup de l'Europe. Ils placent tous leurs espoirs en nous. Ils nous disent que jamais ils n'abandonneront celui qu'ils considèrent comme leur seul représentant légitime, Yasser Arafat, malgré tous les reproches à son égard.

Nous, représentants démocratiquement élus porteurs de chiffons blancs, nous nous cachons comme des terroristes pour porter secours et protection à ce peuple victime de pratiques terroristes. Oui, c'est la guerre, mais pas une guerre de religion. Non, une guerre coloniale, une résistance contre une occupation militaire, contre un État qui, dans l'impunité totale, continue de violer le droit international et le droit à la vie.

Ici, dans ce berceau des cultures et des civilisations, les valeurs universelles, la dignité humaine sont bafouées: c'est l'humanité qui s'effondre. Nous n'avons pas le droit de garder le silence et nous ne pourrons pas dire, demain, que nous ne savions pas. Prenons nos responsabilités en pesant de tout notre poids pour arrêter ce massacre immédiatement. Nous devons avoir de véritables propositions. Vous devez avoir de véritables propositions, Messieurs, pour une solution politique.

Voter pour la suspension des accords d'association, prononcer l'embargo sur les exportations d'armes à destination d'Israël, envoyer d'urgence une force d'interposition pour la protection du peuple palestinien, c'est s'engager concrètement pour la paix et la sécurité de ces deux États. C'est s'engager aussi en faveur de la paix pour l'ensemble des peuples d'Israël et de Palestine, pour l'ensemble de la région et du monde. C'est réaffirmer que l'avenir et la prospérité ne peuvent se construire au mépris du droit et de la justice.

Merci, chers collègues, de contribuer vous aussi à la paix en appuyant cette résolution.

Alima Boumediene-Thiery