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Dossier
Spécial Turquie

Les querelles byzantines ?


Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Déclaration de Joost Lagendijk (Verts/ALE), au nom du groupe Vert/ALE
Débat en plénière du Parlement, décembre 2004

Monsieur le Président, mon groupe aussi soutient ce rapport tel qu’il est sous nos yeux, après avoir été amendé au sein de la commission des affaires étrangères. Le rapporteur l’a dit, il s’agit d’un rapport critique, mais constructif. Cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord avec chaque paragraphe - et c’est aussi pourquoi notre groupe a déposé des amendements -, mais nous en soutenons les idées de base.

Je voudrais répondre à deux positions adoptées dans le cadre de ce débat, tant celui qui est mené sur la place publique européenne, que celui de cette Assemblée. Permettez-moi de commencer par la position de ceux qui s’opposent purement et simplement à l’adhésion de la Turquie. M. Poettering a exprimé cette position et je n’ai pas le temps d’aborder chacun des arguments. Ce contre quoi je voudrais vous mettre en garde, c’est la tentative, au moyen d’amendements, d’inclure malgré tout cette position dans le rapport de M. Eurlings en anticipant, parfois en sourdine, l’éventuel échec des négociations et le retour à d’autres formes de relations entre la Turquie et l’Union européenne.

Je vais être clair. Il n’appartient pas à cette Assemblée d’insister sur ce qui coule de source ou de féliciter les démocrates-chrétiens pour leur façon de faire de la politique avec des symboles. Le rapport est très clair sur ce point. Il faut entamer les négociations le plus tôt possible et sans délai inutile. Rien dans la vie ne va de soi; cela s’applique aussi à ces négociations, mais l’objectif, qui est l’adhésion à part entière, doit être clairement défini. Il n’y a aucune ambiguïté et cela doit rester tel quel. Je vous invite à rejeter toute tentative de brouiller cette clarté.

Une autre position est adoptée dans ce débat par les critiques qui estiment que les progrès sont trop maigres et qu’il faut en faire davantage, en particulier dans le domaine des droits de l’homme. Je ne compte pas mâcher mes mots à leur égard non plus. En compagnie du président et de MM. Borrell et Eurlings, je me suis rendu en Turquie la semaine dernière et j’ai discuté avec de nombreuses personnes à Istanbul, à Ankara ainsi qu’à Dyarbakir. Nous nous sommes entretenus avec des militants des droits de l’homme, des avocats et des minorités religieuses. Ils ont tous convenus qu’en effet, beaucoup de choses ne vont toujours pas en Turquie. Certains ont dit que nous n’étions qu’à mi-chemin. Toutefois, à la fin de toutes ces discussions, ils nous ont tous implorés d’ouvrir les négociations, s’agissant des meilleurs encouragements qui soient pour les réformes qui y sont pour l’instant développées. Qui plus est, ces négociations constituent les meilleurs encouragements qui soient pour tous ces gens qui, ces quinze dernières années, ont risqué leur vie pour se consacrer aux réformes.

Tant le rapport de la Commission que celui de M. Eurlings contiennent les garanties suffisantes pour simplement suspendre les négociations si jamais la situation des droits de l’homme devait s’aggraver à l’avenir, ce qui est peu probable. Si vous attachez de la valeur à ces droits de l’homme, si vous pensez vraiment que la torture doit être réprimée davantage, si vous pensez que les Kurdes doivent avoir des droits, non seulement sur papier mais aussi dans la pratique, alors je vous invite à voter en faveur de l’ouverture des négociations. Cela ne signifie pas que les choses vont bouger du jour au lendemain ou que tout sera facile. J’en ai conscience, et les Turcs aussi, mais l’opportunité est bel et bien là et nous ne devrions pas la gâcher.

J’espère vraiment que, lors du vote de mercredi, le Parlement sera finalement capable de prendre une décision stratégique avec des implications allant bien au-delà de l’Europe et que le Conseil européen fera de même deux jours plus tard. Comme M. Schulz l’a déjà signalé, la Turquie a le pouvoir de démonter que démocratie et Islam peuvent tout à fait aller de pair. C’est le meilleur antidote contre tous ceux qui s’accaparent la question en Europe pour l’instant et qui prétendent que ce ne sera jamais possible. La Turquie a le pouvoir de démontrer que c’est possible et l’Europe peut démontrer qu’elle peut contribuer à prévenir un choc des civilisations entre l’Occident et le monde islamique, un choc que souhaitent de nombreux fondamentalistes à l’Est comme à l’Ouest. L’Europe peut montrer que, sur la base de valeurs communes, il y a de la place pour plus d’une culture et que, dans l’Europe du XXIe siècle, il y a de la place pour plus d’une religion.