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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Gérard Onesta (Verts) : "Notre campagne pour le référendum ne sera pas franco-française"
4 mars 2005

Député européen Gérard Onesta est au sein des Verts un fervent partisan du «oui» à la Constitution européenne. Il explique à Yahoo ! Actualités les raisons qui le poussent à soutenir le Traité. Il évoque aussi les grands axes de la campagne que les écologistes mèneront durant les prochaines semaines.
Lors du dernier référendum interne des Verts sur la Constitution, le "oui" ne l'a emporté que des 53%. Ce n'est pas une victoire un peu courte pour une formation aussi pro-européenne que les Verts ?
C'est vrai que l'on pouvait s'attendre à un score plus important pour la «oui» dans cette consultation. Mais je vous rappellerai quand même qu'à l'occasion d'un autre référendum il y a plus de dix ans, les écologistes n'avaient pas pu arrêter leur position. Le résultat avait alors été de 50/50. Ce n'est par parce qu'on agite une carotte européenne que les Verts vont se précipiter sur le «oui». Nous regardons ce texte de près. Le «oui» des Verts est justement fort de la pertinence des « non » qui se sont exprimés à l'occasion de cette consultation. Nous sommes conscients que ce Traité contient beaucoup de limites. Mais le problème est aussi que les parties qui ne nous plaisent pas existaient déjà dans le Traité de Nice. Elles ne disparaîtront donc pas si le « non » l'emporte.
Qu'y a-t-il de changé alors depuis Maastricht. Quels sont les éléments qui ont fait basculer les Verts dans le camp du « oui » ?
Sur le plan technique mon analyse est très simple. Ce texte ne comporte que des avancées par rapport au Traité de Nice. Et ce ne sont pas des choses anecdotiques. Cette Constitution ouvre de nouveaux horizons. On y parle de commerce équitable, de développement durable ou de plein emploi. Elle élargit les pouvoirs du Parlement comme jamais en faisant passer de 35 à 70 les domaines de codécision. Pouvoir en tant que député écologiste voter sur la Politique agricole commune alors qu'il n'était possible jusque là que de la commenter, c'est loin d'être négligeable. Le contrôle de la Commission et la transparence du Conseil seront renforcés. Il sera aussi question de développer une politique étrangère commune basée avant toute sur la prévention des conflits. C'est la première Constitution au monde qui déclare ce type de principe. En tant que membre d'un parti qui prône la non-violence, ça m'intéresse. Ce texte donne enfin une base juridique pour défendre les services d'intérêt généraux. Avant, on n'avait rien pour éviter la casse des Services publics. Je pourrais aussi parler de la Charte des droits fondamentaux et multiplier les exemples.
Et sur un plan plus politique ?
L'analyse politique est beaucoup plus complexe. En dehors de la longue «liste à la Prévert» que je viens de faire, ce traité comporte aussi des «saloperies» que nous n'avons pas cessé de dénoncer ces dernières années. La vraie question est bien de savoir si l'on peut améliorer les choses avec ces nouveaux outils. Certains estiment qu'il faudrait une crise. Moi je pense qu'il vaut mieux éviter un tel choc. Nous risquons de délégitimer l'idée européenne et de faire le lit des nationalistes. Il ne faut pas oublier la spécificité des Verts dans cette campagne. Nous sommes les seuls à être à la fois pro-européen et anti-libéraux. C'est très important pour convaincre les gens tentés par le « oui » mais qui estiment que l'Europe n'apporte pas assez de protection sociale. On va leur expliquer qu'avec ces nouveaux outils, on peut lutter contre la Directive Bolkenstein ou contre la casse environnementale. Ca peut aider à faire bouger la population.
Certains mettent en avant la difficulté d'élaborer des politiques de coopération renforcée. Cela ne pourrait pas handicaper des pays qui souhaiteraient se lancer dans des politiques environnementales un peu plus hardies ?
Je considère au contraire que les coopérations renforcées sont trop simplifiées par cette Constitution. Celle-ci donne par exemple la possibilité de lancer des politiques de coopération avec un nombre réduit d'états. On prend le risque de développer une « Europe à la carte ». Il y aura des pays qui avanceront sur certains sujets et par sur d'autres. Je signale en plus que ces coopérations se feront sans contrôle parlementaire.
Bonjour la démocratie ! Des coopérations renforcées qui se développent sans contrôle du peuple, nous en avons connu ces dernières années. Il n'y a qu'à voir l'Euro ou la politique de Schengen sur le droit d'asile. Je ne suis donc pas sûr que ce soit une bonne chose.
On reproche aussi à ce Traité constitutionnel d'être difficilement révisable !
Il faut d'abord dire que les textes européens ne sont jamais vraiment gravés dans le marbre puisqu'on les change en moyenne tous les 3/4 ans bien qu'il faille l'unanimité entre tous les états membres. Mais je signale aussi que sur ce point, cette Constitution apporte des clauses de flexibilité qui ne se trouvaient pas dans le Traité de Nice. La quatrième partie donne par exemple la possibilité au Parlement européen de proposer des modifications au traité. Cette stratégie d'amendement est au coeur de la campagne des Verts. Nous l'avons faite valider par le Parlement le 12 janvier dernier par 444 voix pour et je ne suis pas peu fier d'avoir moi-même rédigé l'amendement. Cette évolution est très importante. Il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui sont près à voter ce traité à condition que ce ne soit qu'une étape dans la construction de l'Europe politique. Avec cette possibilité d'évolution, ils n'hésiteront plus à se saisir des avancées dece texte.
A quoi va ressembler la campagne des Verts pour le référendum ?
Le 17 février dernier, nous avons voté à une très large majorité au sein du Parti Vert européen pour le « oui » à la Constitution (près de 80%).
Nous avons aussi décidé que notre campagne se déclinerait à l'échelle de toute l'Europe. Ce ne sera pas une campagne franco-française, n'en déplaise à
certains partis qui voudraient s'en servir pour régler des comptes entre eux. Il ne s'agit pas de savoir qui de Fabius ou de Hollande sera le chef au PS ou encore qui de Chirac ou de Bayrou aura raison sur la Turquie. Ces questions là nous intéressent très peu. Concrètement, nous allons prendre des initiatives qui ressembleront un peu à ce que nous avons fait durant la campagne des dernières élections européennes. Il y aura des slogans et des affiches communes dans toute l'Europe. Lors de nos meetings nationaux pour le référendum en France, nous inviterons aussi des personnalités européennes connues et réputées pour leur engagement européen.
Des meetings communs avec les socialistes sont donc à priori exclus ?
Je ne dis pas que c'est exclu, mais je pense que ce sera très ponctuel. On sait très bien que Dany Cohn Bendit fera très certainement tribune commune avec des européens convaincus comme François Bayrou ou François Hollande. Mais il en profitera aussi pour rappeler la spécificité de l'engagement pro-européen et anti-libéral des Verts français. Si on mélange trop notre campagne avec celle des autres, je pense en effet que notre spécificité ne sera plus entendue. Mais bien sûr, je ne vais pas changer de trottoir si je vois un ami socialiste. Je souhaite ardemment l'adoption de cette Constitution. Si on me demande en tant qu'élu écologiste, si on peut mieux défendre avec ce nouveau traité les droits sociaux, l'environnement, la diversité culturelle, la paix, et bien je réponds oui !