Carré
d'Europe N°5 – HIVER 2000-2001 L'Europe vue de
l'Hémicycle
Sécurité
ou militarisation ?
Les
premiers pas d'une Europe de la défense
La
construction européenne a longtemps éludé
les questions de politique étrangère et de
sécurité commune. C’est la chute du Mur et
surtout le drame yougoslave qui a poussé l’Union à
se préoccuper de défense, de maintien de la paix,
et à envisager la mise sur pied d’une force
européenne d’intervention et d’interposition.
En 1990, alors que les Balkans ne s’étaient pas
encore embrasés, le Parlement européen avait été
alerté sur les risques d’un conflit majeur et
terriblement meurtrier, en Croatie d’abord, en Bosnie
ensuite, au Kosovo enfin. L’Europe était alors
impuissante à agir, autrement que par de belles
résolutions d’appel à la cessation des
hostilités et au dialogue. En 1992 est lancé le
processus de Petersberg, alors que débute le conflit en
Bosnie. Mais ce n’est que depuis deux ans (sommets de
Cologne, d’Helsinki, de Feira et de Nice) que commence à
se concrétiser l’Europe de la défense,
terme auquel les Verts préféreraient l’Europe
de la paix. Les institutions européennes se sont mises
d’accord sur une stratégie en deux temps : la
gestion civile des crises et, en cas d’échec,
l’intervention d’une "force de réaction
rapide". Malheureusement, les mesures les plus visibles ne
sont que militaires : des navires, des chars, des soldats…
La
relation qu’entretient l’Union européenne
vis-à-vis de l’Alliance Atlantique est évidemment
un sujet sensible, d’autant que le "Monsieur
politique européenne de sécurité commune
(PESC)", Javier Solana, était auparavant le
Secrétaire général de l’OTAN. Lors
du vote du rapport Lalumière sur ce sujet, en novembre,
les députés Verts européens ont exprimé
des positions nuancées sur la nécessité de
prolonger le processus en cours. Les cicatrices du débat
sur l’intervention au Kosovo sont encore sensibles…Les
députés Verts originaires des pays neutres
(Irlande, Suède, Autriche, Finlande) se méfient
de toute forme d’intervention européenne, fût-elle
plus policière que militaire. De son côté,
Daniel Cohn-Bendit, membre de la commission des Affaires
étrangères au Parlement, plaidait, avec une
majorité du groupe Vert/ALE, pour une force
d’interposition en cas de crise majeure. L’ensemble
du groupe se retrouve pourtant pour réaffirmer que la
notion de sécurité ne peut se résumer à
une dimension militaire, et que la meilleure façon
d’éviter les conflits reste toujours d’assurer
partout la démocratie et le bien-être social et
environnemental.