Carré
d'Europe N°1 – HIVER 1999-2000 L'Europe vue de
l'Hémicycle
La
commission nouvelle est arrivée
Rappelez-vous,
c’était au mois de mars. Un fort coup de vent
parlementaire balayait la Commission présidée par
Jacques Santer. En osant, pour la première fois de son
histoire, attaquer frontalement l’Exécutif accusé
de malversation, le Parlement Européen découvrait
- étonné - son vrai pouvoir, et devenait
adulte.
C’est dans ce cadre nouveau que les
parlementaires élus en juin ont fait subir aux
postulants-commissaires de l’équipe de Romano
Prodi, de longues et parfois sévères
auditions.
Il est difficile d’imaginer un gouvernement
national où seraient représentées des
forces politiques antagonistes, pourtant on ne peut comprendre
le jeu subtil (et confus ?) de la politique européenne
qu’en sachant que l’Exécutif qu’est la
Commission n’est pas politiquement homogène et
n’est pas directement lié à la majorité
parlementaire issue des urnes. En effet, les commissaires (au
nombre de 20, un par petit pays, 2 pour chacun des 5 grands
pays) sont nommés par les gouvernements. Même si
la plupart de ces derniers sont à gauche, par soucis
"d’euroconsensus", la Commission est
franchement panachée Rose/Bleu (PS et Démocrates
Chrétiens) et finalement … centriste.
Il
est regrettable que la règle institutionnelle actuelle,
héritage du temps où l’Europe des 6 n’avait
aucune ambition d’être une force politique, ne
laisse aux députés que le choix de rejeter ou
d’avaler ce "sandwich". Lors du vote
d’investiture, les députés du groupe
Vert/ALE, pourtant réunis sur une analyse de fond
commune, se sont partagés. Certains ont fait le pari
que, grâce à certains de ses membres (dont la
Verte allemande Michaele Schreyer, commissaire au Budget) et
aux engagements "éthiques", la nouvelle équipe
serait capable d’avancées politiques importantes.
D’autres, au contraire, ont jugé qu’un vote
positif cautionnerait a priori un manque de
projets clairs. Paul Lannoye, co-président du groupe
Vert/ALE, est intervenu avec brio en séance déclarant
notamment : "En appeler à la croissance et à
plus de libéralisme avec un zeste de développement
durable n’est pas la réponse adéquate."
Il a aussi rappelé que l’Union devait "mener
une action sur le plan mondial pour que les écarts de
bien-être entre le nord et le sud cessent de s’accroître,
et pour que la mondialisation ne soit pas synonyme, comme c’est
malheureusement le cas aujourd’hui, de dégradation
écologique et sociale partout dans le monde, y compris
dans l’Union européenne".