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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°5 – HIVER 2000-2001 L'Europe vue d'Aquitaine
Biarritz, un sommet pour si peu ...

Les 13 et 14 octobre s’est tenu à Biarritz le "sommet informel" pour préparer le sommet de Nice de décembre. Bousculé par les changements politiques en ex-Yougoslavie, il a accouché d’une souris. Pourtant les enjeux étaient de taille : la Charte européenne des droits fondamentaux et les indispensables changements institutionnels européens. Carré d’Europe a rencontré Jean Lissar, conseiller régional d’Aquitaine et membre des Verts du Pays Basque.
Il nous donne son sentiment sur le sommet vu de Biarritz et sur les débordements violents qui l’ont entouré.

Dans quelles conditions avez-vous participé à ce sommet ?
Au début de l'été 2000, à l’initiative d’ATTAC Pays Basque, s’est constitué un collectif pour un contre-sommet de Biarritz. Les Verts du Pays Basque y ont participé, ainsi qu’à la création d’une plate-forme dont le thème était : "le monde n’est pas une marchandise et l’Europe non plus".
Là cohabitaient les Verts, le PCF, la FSU, la CGT… mais aussi les jeunesses nationalistes radicales Haika, les comités de soutien aux prisonniers politiques basques, etc.
Très vite il est apparu que les nationalistes basques allaient organiser leur propre mobilisation et sur leur propre thème : les prisonniers politiques, leur regroupement, leur libération … Ils avaient prévu un déplacement massif des jeunes militants du Pays Basque sud. Les débordements violents étaient inévitables. Nous ne voulions pas qu’il y ait d’amalgame entre ces violences et le contre-sommet. Nos craintes se sont confirmées par la suite puisque la presse s’est plus fait l’écho des violences que du sommet lui-même, et encore moins du contre-sommet. Les Verts, le PCF, la FSU, la CGT… ont quitté le collectif, se réservant la possibilité d’intervenir de manière autonome lors du contre-sommet.

Vu du Pays basque, quelles sont vos impressions sur la tenue de ce sommet ?
On peut parler d’un sommet non avenu car peu préparé. C’était aussi une inutile provocation. En effet, on connaissait la situation de tension en Pays Basque sud. Organiser un sommet à Biarritz, c’était mettre de l’huile sur le feu. La ville était en état de siège. Il était impossible de circuler sans accréditation. Nous avons organisé une conférence de presse avec 2 eurodéputés Verts, Alima Boumediene et Alain Lipietz, Francis Wurtz, président du groupe de la gauche unitaire au Parlement européen, et Raoul-Marc Jennar, de l’Observatoire de la mondialisation. Il a été difficile de rencontrer la presse, l’omniprésence policière empêchant les déplacements des journalistes.
De plus, 13 journalistes basques n’ont pas été accrédités, et le centre-ville de Biarritz leur était du coup interdit. Toutes les personnes qui avaient un nom basque étaient systématiquement rayées des listes. On a même vu des journalistes de la presse nationale avoir toutes les difficultés du monde à avoir un laissez-passer sous le seul prétexte qu’ils avaient un patronyme basque. Pourtant la Charte européenne des droits fondamentaux, dont le contenu a été fixé à Biarritz même, énonce "la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées, sans qu’il puisse y avoir ingérence des autorités publiques et sans considération de frontières…".

Quelles conséquences peut avoir cette Charte dans une région comme le Pays basque ?
Fort peu, et j’en suis le premier désolé.
Hormis le fait qu’elle ne soit pas juridiquement contraignante, rappelons les insuffisances dans l’affirmation des droits individuels fondamentaux : droit à un environnement sain, droit des minorités nationales, liberté de circulation et de séjour, reconnaissance des droits économiques et sociaux…, et son appauvrissement par rapport à la Déclaration universelle des droits de l’Homme concernant le droit au logement, à la santé, au travail, à la protection sociale ou à la retraite.
Pour le Pays basque, comme il n’y a rien sur les droits des minorités, il ne peut y avoir que des conséquence négatives. Si ces droits étaient reconnus, le gouvernement français pourrait, par exemple sur le débat sur la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, sortir par le haut, en ayant une bonne raison de modifier l’article 2 de la Constitution, qui réduit les langues de la République au seul français.
C’est en effet le jacobinisme et l’unitarisme forcené qui alimentent tous les nationalismes. Garantir des droits est le meilleur rempart contre tous les nationalismes et les extrémismes qui font de la violence leur fonds de commerce. À Biarritz comme ailleurs en Europe ...

Jean Lissar,
Conseil Régional d'Aquitaine, Groupe des Élus Verts ,
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Fax : 05 57 57 84 18

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