Carré
d'Europe N°3 – ETE 2000 L'Europe vue de
l'Hémicycle
A
loi fondamentale, débat fondamental
Fédéralisme,
bicamérisme, présidentialisme… Ces mots en
"isme" rebutent le citoyen lambda, qui les trouvent
abstraits et déconnectés de la vie quotidienne.
Coup sur coup, deux hommes politiques européens ont
réussi à mettre le débat institutionnel
sur la place publique, en lançant chacun un pavé
dans la mare. Le 10 mai 2000, pour exorciser les fantômes
d’un autre 10 mai, le "pépé flingueur"
Giscard se requinquait à coup de quinquennat, alors même
qu’il était contre en 1981, comme Chirac jusqu’en
1999. La boîte de Pandore d’une réforme de
la Constitution est ainsi ouverte. En se penchant sur les
systèmes politiques de leurs voisins européens,
les Français pourraient bien prendre conscience de
l’archaïsme et du déséquilibre
d’institutions taillées sur mesure par un général
prétendant, en son temps, incarner à lui seul la
patrie.
Deux jours plus tard, le Vert Joschka Fischer,
ministre des Affaires étrangères allemand (et
vice-chancelier) sortait brusquement le débat européen
de la rengaine "élargissement et/ou
approfondissement", dont l’écho ne dépassait
pas jusqu’alors le petit cénacle des chancelleries
et des couloirs du Parlement européen. Á
l’inverse d’un Giscard qui n’en finit pas de
régler des comptes avec ses "amis" de 30 ans,
Joschka Fischer trace des perspectives audacieuses pour le long
terme et reprend à son compte les mises en garde émises
depuis des mois par les Verts et par les autres partisans d’une
Europe fédérale : "On court le risque qu’un
élargissement à 27 ou 30 Etats membres engendre
des crises graves."
Cinquante ans après la
déclaration de Robert Schuman, qui avait lancé le
premier étage de la fusée Europe, Joschka Fischer
échafaude le second étage, qui doit aboutir à
une Europe fédérale (le mot est lâché
!), dotée d’une Constitution, d’un
gouvernement et d’un parlement composé de deux
chambres.
Conscient des réticences de certains Etats
(en particulier le Royaume-Uni), Fischer propose qu’un
noyau de pays se lance en premier, noyau qui pourrait regrouper
les pays de la zone euro, mais aussi les pays candidats qui le
souhaiteraient.
Les Verts français ont accueilli le
discours de Josckha Fischer avec une satisfaction mêlée
d’interrogations. Au Parlement européen, Gérard
Onesta a souligné en effet que si la “ musique ”
du discours (l’obligation d’un renforcement de
l’Europe politique) est bonne,les “paroles”
ne sont pas toujours à la hauteur : une Europe à
géométrie variable courrait le risque de voir se
reconstituer des fractures entre les pays les plus impliqués
et ceux qui ne voudraient (Royaume-Uni, Scandinavie…) ou
ne pourraient (ex-Yougoslavie, Ukraine, Turquie…)
rejoindre le noyau central. De plus, les propositions faites
par Fischer pour démocratiser les institutions sont
assez décevantes. Désolé Joschka : si tu
as parfaitement raison de défendre le bicamérisme,
qui est la base de tout vrai fédéralisme, ta
définition des deux assemblées est à
revoir. On ne peut pas revenir en 1979, où la chambre
incarnant l’Union - le Parlement européen - était
constituée de simples délégués des
parlements nationaux. L’élection directe des
députés européens sur listes
transnationales est la seule à même de renforcer
les liens qui unissent notre continent. Quant au sénat
européen que tu appelles, avec nous, de tes vœux,
pour incarner la richesse des différences, il ne peut
nier l’existence des régions, ces entités
très proches des gens, dont le poids est sans cesse
grandissant d’Allemagne au Royaume-Uni, d’Italie en
Espagne. Et ce sont des Français, victimes du
jacobinisme, qui te le confirment.
Quoi qu’il en soit,
et bien que les idées avancées par Fischer ne
soient pas nouvelles, son discours a utilement secoué
les chancelleries, dans toute l’Europe et surtout en
France, ce qui prouve bien le vide sidéral où
s’enfonçait la construction européenne.
Aux citoyens de se saisir de ce débat à
présent, en particulier autour de l’élaboration
de la Charte européenne des droits fondamentaux - en
cours de finalisation et qui pourrait être adoptée
au sommet européen de Biarritz en octobre prochain -, et
autour de la Conférence Inter Gouvernementale, qui
devrait déboucher en décembre à Nice, où
les acteurs de la société civile européenne
se sont d’ores et déjà donné
rendez-vous.
Pour
alimenter le débat et mettre en évidence ces
enjeux de la présidence française les neuf
députés Verts français au Parlement
européen ont édité une plaquette :
e-mail
: gonesta@europarl.eu.int