Carré
d'Europe N°6 – PRINTEMPS 2001 L'Europe vue de
l'Hémicycle
Le
tigre et la carpette
La
vague d'indignation soulevée à travers tout le
continent,
par le traité de Nice, ne serait pour
monsieur Védrine,
qu'une "erreur d'appréciation
collective" !
Hubert
Védrine est content de lui : Nice a accouché d'un
bon traité. Quant à la vague d'indignation que
ledit traité a soulevé à travers tout le
continent, ce n'est, pour monsieur Védrine, qu'une
"erreur d'appréciation collective" (sic !).
Voici donc le traité de Nice en quête de
ratification par les 15 parlements nationaux. Quid du Parlement
Européen ?
Le traité n'est pas conçu
pour s'embarrasser de l'accord de l'assemblée
représentant les citoyens de l'Union… Pourtant le
Parlement Européen peut avoir un vrai poids moral, s'il
décide de se faire entendre. Mais de quelle voix :
rugissement ou murmure ? On dit souvent que, parce que les deux
"grands" groupes (PPE et PSE) qui le dominent sont
rapidement rappelés à l'ordre par leurs
gouvernements respectifs, ce parlement a coutume de "bondir
comme un tigre… et d'atterrir comme une carpette".
Qu'en
sera-t-il cette fois ? Un rapport prévu pour mai
s'annonce virulent et critique comme jamais ce parlement n'osa
l'être lors de l'évaluation des traités
précédents. Pour autant, le courage politique du
PPE et du PSE n'irait pas jusqu'à sommer les parlements
nationaux de rejeter le "machin" niçois. On
s'oriente plutôt vers "l'exigence" faite au
Conseil Européen d'un saut institutionnel d'ici 2004. Le
Conseil devrait alors garantir (mais comment ?) d'abandonner le
système de la Conférence Inter Gouvernementale,
qui ne sécrète que la stérilité des
égoïsmes nationaux, pour le remplacer, dès
2002, par une Conférence Constitutionnelle, composée
de parlementaires européens et nationaux (et régionaux
?) chargée de rédiger, en concertation étroite
avec la société civile, les futures règles
démocratiques de l'Union. Sur le modèle de la
"Convention" qui avait élaboré la
Charte des Droits Fondamentaux, une refonte générale
s'impose : rôle de l'Union, désignation de
l'exécutif, renforcement du contrôle parlementaire
et des institutions
juridiques,
amélioration de la Charte… Le Parlement ne veut
pas de sujet tabou.
Les grandes manœuvres ont commencé
pour faire pression sur le Conseil : en mars la Commission a
lancé un débat dans les écoles
européennes, et la Commission des Affaires
Constitutionnelles accueillait des élus nationaux de
tous les Etats membres et des pays candidats à l'Union.
Le constat est unanime : Si l'Europe n'avance pas, elle
meurt.
Critique féroce de Nice, urgence d'une
constitution européenne, autant d'éléments
repris dans l'appel lancé par des députés
européens français de tous bords à
l'adresse de leurs homologues de l'Assemblée Nationale.
À l'origine de cette initiative, on trouve Alain
Lamasssoure (UDF), Philippe Herzog (apparenté PC), Alain
Duhamel (PS), ainsi que Gérard Onesta et Dany
Cohn-Bendit (Verts).
À peine né, le traité
de Nice doit être dépassé. C'est dire sa
valeur.
Alors, tigre ou carpette ? … à suivre.
Contact
Intergroupe pour une Constitution Européenne
Tél. : + 32 25
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