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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Sous haute surveillance
Les chiffres sont trompeurs. Jose Manuel Barroso Durao a été confortablement élu en juillet dernier par le Parlement européen, pour remplacer Romano Prodi à la présidence de la Commission européenne. Pourtant, le premier Ministre portugais n'était qu'un candidat de 3ème choix, dès lors que le Conseil européen avait renoncé à convaincre le consensuel luxembourgeois Juncker d'accepter le poste, et que les britanniques avaient barré la route à l'europhile belge Verhofstadt. Pour les Verts, rien dans le parcours de Barroso ne pouvait leur inspirer confiance : ce maoïste devenu libéral forcené, avait été le chantre de Bush en organisant, aux Acores, le sommet pro-guerre du Golfe. Le nouveau Président allait cependant vite perdre de sa superbe. Le 27 octobre dernier, ce fut un incroyable coup de tonnerre dans le ciel européen. Après une fronde, où les Verts furent aux avant-postes, Barroso devait piteusement renoncer à demander l'investiture de sa commission. Il faut dire que la coupe débordait : commissaires jugés incompétents lors de leurs auditions parlementaires (la lettone Udre à la fiscalité, le hongrois Kovacs à l'énergie, le grec Dimas à l'environnement), ou suspects de "conflits d'intérêts" (la danoise Fischer-Boel à l'agriculture, la néerlandaise Kroes à la concurrence) ou, pire, aux déclarations contraires aux valeurs de l'Union (l'italien Buttiglione et ses propos sexistes et homophobes). La procédure absurde - qui fait que chaque pays ne propose qu'un seul nom de commissaire - est aussi en cause, car elle pas simplifié la tâche du marmiton Barroso, qui, s'il n'avait pas su composer une sauce mangeable, n'était cependant pas responsable du choix des ingrédients…
Le 18 novembre, c'est une Commission remaniée qui a fini par avoir l'investiture de l'assemblée. Sur le plan technique, pour Monica Frassoni coprésidente du groupe Vert/ALE, le compte n'y est toujours pas : "Certes, exit Buttiglione et Udre, tandis que Kovacs a été "muté" à la fiscalité. Mais, pour le reste, de graves problèmes perdurent : Mme Kroes devra-t-elle, s'auto-dessaisir sur les 2/3 de ses dossiers, vu qu'elle siégeait, hier encore, dans les conseils d'administration de la plupart des multinationales dont elle devra arbitrer la concurrence ?
M. Frattini, homme de confiance Berlusconi, est-il la personne la plus qualifiée pour s'occuper de la …justice ?" L'évaluation politique de la Commission, a été sanctionnée par les Verts/ALE - à l'unanimité - par un vote de défiance. Dominée par les libéraux aux postes clefs, elle préfigure en effet un choc frontal avec les thèses du Développement durable. Quant à la majorité du groupe socialiste qui a soutenu une telle Commission, elle devra assumer, durant 5 ans, les décisions politiques qui iront dans le sens de la casse sociale. Nous saurons le rappeler…
Il demeure que jamais auparavant le Parlement n'avait osé défier, à ce point, au nom des citoyens, la Commission et les gouvernements. Depuis, une ambiance nouvelle règne dans un hémicycle surpris de se découvrir puissant. Le débat constitutionnel en cours en est soudain différemment éclairé, car ce n'est pas en vain que l'on donnera, désormais, du pouvoir à cette assemblée. Quand à la commission Barosso, sous haute surveillance, elle a, peut-être, déjà mangé son pain blanc…

Monica : mfrassoni@europarl.eu.int