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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




L'Autriche va présider l'UE six ans après avoir été boycottée
Le Monde
Article paru dans l'édition du 21.12.05

Six ans après avoir été l'objet de sanctions de la part de ses partenaires pour avoir accueilli dans son gouvernement un parti d'extrême droite, l'Autriche assurera, à partir du 1er janvier 2006, la présidence de l'Union européenne (UE) pour tenter, selon sa ministre des affaires étrangères, Ursula Plassnik, de lui rendre "confiance" et "dynamisme".

Au mois de février 2000, les gouvernements des quatorze autres Etats membres s'étaient engagés à refuser tout contact officiel bilatéral avec les autorités de Vienne pour protester contre l'entrée des partisans du populiste Jörg Haider, réunis au sein du FPÖ, dans le gouvernement du chrétien-démocrate Wolfgang Schüssel. En septembre de la même année, les sanctions avaient été levées, un rapport commandé à trois "sages" ayant établi que le gouvernement autrichien respectait les valeurs européennes.

Wolfgang Schüssel est toujours chancelier mais, entre-temps, les élections de novembre 2002 ont réduit l'influence du FPÖ, qui n'a rassemblé que 10 % des voix. Mme Plassnik n'a fait aucune allusion à cet épisode en présentant, lundi 19 décembre à Bruxelles, les grandes lignes de la présidence semestrielle de l'Autriche, qui succède à celle du Royaume-Uni. "Ce sont des temps révolus", indique-t-on dans son entourage, où l'on souligne que le parti de M. Haider s'est débarrassé en avril, à l'occasion d'une scission, de ses éléments les plus radicaux.

Mme Plassnik a estimé qu'après 2004, année des réussites, marquée par l'élargissement de l'UE et par l'accord des chefs d'Etat et de gouvernement sur la Constitution, 2005 a été l'année des difficultés, mais qu'elle s'achève sur un "signal d'espoir (l'accord sur le budget européen)", annonçant une possible relance. Celle-ci passera par de nouvelles propositions sur le projet de Constitution européenne, au point mort depuis le double refus français et néerlandais, respectivement le 29 mai et 1er juin 2005. "Un des dossiers les plus difficiles", selon Mme Plassnik, mais qui "commence à être mûr" précise-t-elle. Il s'agit, poursuit-elle, d'inventer "une chorégraphie pour vingt-cinq", c'est-à-dire, explique-t-on dans son entourage, une solution commune et harmonieuse.

La ministre autrichienne, dont le pays a ratifié le traité constitutionnel, en mai, à la quasi-unanimité du Parlement, a indiqué qu'elle ne disposait d'aucune "potion magique" mais qu'elle jugeait le moment venu d'"aborder la phase de réflexion avec plus de dynamisme". Cette phase de réflexion, décidée par le Conseil européen en juin, doit se traduire par des débats approfondis sur l'avenir de l'Union. Au-delà des mécanismes institutionnels, il s'agit de s'entendre, affirme Mme Plassnik, sur "un modèle de vie" européen, qui se préoccupe notamment de l'emploi et de la sécurité.

LE QUOTIDIEN DES CITOYENS

L'autre priorité est celle de l'élargissement, l'Autriche se donnant pour vocation, en raison de sa position géographique, de servir de lien entre l'Ouest et l'Est. Après s'être montrée hostile au commencement des négociations avec la Turquie, Vienne respectera, a-t-elle précisé, les engagements européens. "Je serai très ouverte", a-t-elle dit. La ministre, qui s'est battue pour l'ouverture des pourparlers avec la Croatie, a surtout insisté sur la question des Balkans, dont la stabilisation doit être un "point fort" de la présidence autrichienne, au nom du "projet de paix européen".

Le programme de travail présenté par l'Autriche conjointement avec la Finlande, qui assurera la présidence au second semestre, souligne que l'Union doit "se concentrer sur des sujets qui intéressent la vie quotidienne des citoyens". Les deux présidences, indique ce document, s'assureront que le travail du conseil des ministres contribue au bien-être économique et social, à la protection de l'environnement, à la liberté et à la sécurité des citoyens, au renforcement du rôle de l'Europe dans le monde.

Entrée dans l'Union européenne en 1995, l'Autriche a déjà exercé la présidence de l'Union au second semestre 1998. Le gouvernement social-démocrate de Viktor Klima avait organisé avec succès, en octobre, le sommet informel de Pörtschach consacré — déjà — à la relance de l'Europe mais avait dû constater, au Conseil européen de décembre à Vienne, les divisions des Quinze sur les perspectives financières 2000-2006.

Thomas Ferenczi