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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Prisons secrètes de la CIA : les petits pas de l'enquête
Le Monde Article paru dans l'édition du 13.01.06

Dick Marty, le rapporteur du Conseil de l'Europe sur les allégations de détentions secrètes dans les Etats membres de cette organisation politique, devait obtenir un premier motif de satisfaction, jeudi 12 janvier. Selon l'entourage de Javier Solana, haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), la Roumanie et la Pologne devaient répondre à M. Marty qu'elles sont d'accord pour que le Centre satellitaire de l'UE lui fournisse l'analyse des images de cinq lieux situés sur leur territoire respectif, soupçonnés d'abriter des prisons secrètes de la CIA.

Le 29 novembre 2005, sur la base des informations fournies notamment par l'organisation Human Rights Watch, M. Marty avait demandé ces images au Centre satellitaire, situé à Torrejon, en Espagne. Il désirait avoir des photos de 2002, 2003 et fin 2005, afin de voir si des installations carcérales (barbelés, miradors...) avaient bien été construites avant d'être démantelées, à la suite des révélations faites par la presse, début novembre 2005, de l'existence de prisons secrètes de la CIA en Europe de l'Est.

UNE "COMMISSION TEMPORAIRE"

Le Centre satellitaire, qui a pour mission de soutenir le processus de décision de l'UE dans le cadre de la PESC, lui a répondu, le 14 décembre, qu'il devait s'adresser à Javier Solana, ce que M. Marty a fait. M. Solana a pris contact avec les deux pays concernés, qui ont accepté la requête du rapporteur du Conseil de l'Europe. Les collaborateurs de M. Solana précisent que les travaux du Centre satellitaire ne portent habituellement que sur les pays extérieurs à l'Union européenne (Balkans, Afrique...).

M. Marty attend également une réponse d'Eurocontrol sur les dates et lieux de transit des avions considérés comme suspects, en raison des liens de leurs propriétaires avec la CIA. Cette organisation intergouvernementale, basée à Bruxelles, chargée de la coordination de la navigation aérienne reçoit, en effet, les plans de vols de tous les aéronefs traversant l'Europe. Mais elle doit avoir l'accord unanime de ses trente-cinq Etats membres pour pouvoir communiquer ces informations.

Le 5 décembre, son directeur a informé M. Marty qu'il avait commencé à consulter ces trente-cinq Etats. De sources concordantes, la Roumanie aurait déjà répondu, favorablement.

Devant le Parlement européen, Franco Frattini, commissaire chargé de la justice et des affaires intérieures, avait déclaré que la Commission s'engageait à fournir les informations demandées. Pourtant, elle n'a aucune compétence en la matière. Les députés n'ont pas fait d'objections, mais ils ont décidé de créer une "commission temporaire".

Rafaële Rivais