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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




«Aujourd'hui, nous devons élaborer un plan B»

Daniel Cohn-Bendit, président du groupe vert à l'Europarlement, souhaite un référendum européen :

Pour Daniel Cohn-Bendit, président du groupe vert au Parlement européen, le traité constitutionnel devra être réécrit si on veut le soumettre à nouveau aux Français et aux Néerlandais.

N'y a-t-il pas de l'acharnement thérapeutique à vouloir maintenir en vie le traité constitutionnel ?

Les groupes socialiste (PSE) et conservateur (PPE-DE) ne sont pas cohérents : ils veulent bien du débat mais à condition qu'on garde le même texte ! A quoi sert alors le débat ? Faisons de la propagande pour convaincre les peuples de voter oui ! Il ne s'agit pas de sauver le texte en l'état mais l'idée constitutionnelle. Ceux qui ont prétendu en France qu'il y avait un plan B dans un tiroir ont menti. Mais aujourd'hui, nous devons élaborer ce plan B, et c'est le traité constitutionnel qui en sera la base. Ce texte étant l'expression du compromis européen, la nouvelle Constitution n'en sera probablement pas très éloignée. Le débat citoyen que nous allons organiser va permettre de cerner ce qu'il faut sauver du texte original, quelles sont les innovations nécessaires et selon quelle procédure le modifier. On voit bien quelques lignes de compromis apparaître : si l'on veut une politique étrangère européenne, il nous faut une charte des droits fondamentaux qui définissent nos valeurs ; si l'on veut des institutions plus efficaces, il faut reprendre la première partie de la Constitution ; si l'on veut affirmer notre modèle, il faut réunir dans une même partie tout ce qui concerne le social. Ensuite, on pourrait organiser un référendum européen à double majorité, celle des Etats et celle des citoyens. Un vote qui pourrait avoir lieu en 2009, le même jour que les élections européennes.

Les eurodéputés ne sont pas les seuls à défendre la Constitution. L'Allemagne estime qu'elle peut entrer en vigueur en l'état.

Le gouvernement ment. Il sait très bien que ce ne sera pas le même texte, mais il veut qu'aucune solution ne se dégage avant sa présidence de l'Union au premier semestre 2007. Il sortira alors un lapin du chapeau et apparaîtra comme la puissance médiatrice qui sauve l'Union. C'est du pur nationalisme !

Jacques Chirac a proposé de reprendre des bouts de Constitution, alors que Nicolas Sarkozy veut soumettre un texte resserré au Parlement français après 2007.

Chirac veut traiter la Constitution comme une carrière dont on extrait quelques pierres ici ou là. Mais le risque est que tout s'effondre. Ensuite, ce ne sont pas les mêmes pierres qui plaisent à tout le monde. Quant à Sarkozy, il démontre qu'il ne comprend pas la démocratie. On n'aime pas ce que vote un peuple et on décide donc de s'en passer !

Cette discordance au plus haut niveau de l'Etat est-elle perçue à l'étranger ?

Oui, et cela affaiblit davantage le poids de la France. Que vaut la parole de Chirac puisque, après 2007, il ne sera plus là ? Quant à Sarkozy, il n'y a aucune certitude qu'il gagnera. Le message de la France est totalement brouillé.

Une Constitution amendée a-t-elle une chance d'être adoptée par les Français ?

Si les proeuropéens du non étaient sincères, on peut parvenir à une synthèse qui les satisfasse, et donc à une majorité pour le oui. En revanche, on ne convaincra jamais les souverainistes, qui refusent l'idée même de puissance européenne.

Etes-vous plus optimiste qu'il y a huit mois ?

La solution passe par l'espace politique européen, et donc un référendum européen. Mais il faut que nous soyons tous capables d'élever le débat sur la nécessité de l'Europe au lieu d'utiliser l'Europe pour satisfaire des ambitions nationales personnelles.

par Jean QUATREMER
Libérartion du vendredi 20 janvier 2006