CONSTITUTION
EUROPEENNE : SORTIES DE CRISES ?
Par
Jean Quatremer - Le 5 février 2007
Faute
du «plan B» annoncé par les tenants du
«non» au projet de traité constitutionnel
européen, chacun essaye de trouver une solution pour
sortir de l’impasse actuelle : deux pays ont dit «non»,
dix-huit ont ratifié ce texte (dont sept depuis le
double «non» franco-néerlandais), quatre
sont prêts à relancer le processus de
ratification (Irlande, Portugal, Danemark et Suède) et
trois pays n’ont pas, pour l’instant, l’intention
ni de le ratifier, ni de le renégocier (Pologne,
Grande-Bretagne et République Tchèque). Une
équation aussi complexe n’a pas de solution
simple et c’est un euphémisme.
Au
chapitre des bonnes idées, le « Plan A+ »
de Gérard
Onesta -
que plusieurs d’entre vous évoquent
régulièrement- mérite une mention
particulière. Au cours du déjeuner que nous
avons eu la semaine dernière, le vice-président
vert du Parlement européen, m’a dit qu’il
n’avait eu que des «retours positifs». Il
faut dire que le travail de clarification (ici
en totalité)
qu’il a effectué est remarquable (et je ne dis
pas ça parce que c’est lui qui a payé la
note ;-)). Son idée est de garder tout le texte du
traité constitutionnel, qui représente un
difficile compromis entre vingt-sept pays, fruit de trois ans
de travail (d’abord au sein de la Convention européenne
puis de la Conférence intergouvernementale), mais de
séparer ce qui relèverait, d’un côté,
d’une «Constitution», c’est-à-dire
de l’organisation des pouvoirs publics, et de l’autre,
d’un «traité» ordinaire.
Il
a donc expurgé la première partie de l’ancien
traité constitutionnel de toutes les références
à un quelconque système économique :
exit la «concurrence libre et non faussée»
mais aussi «l’économie sociale de marché»
qui se retrouvent dans la troisième partie, celle
relative aux politiques communes. Il est allé chercher
dans cette dernière tout ce qui concerne le
fonctionnement des institutions et que, par manque de temps
sans doute, la Convention avait laissé là (par
exemple certaines dispositions concernant le Parlement
européen ou la Commission). En revanche, il conserve
en l’état la seconde partie, celle qui donne une
valeur juridique à la Charte des droits fondamentaux.
Au
final, le traité constitutionnel serait scindé
en deux. Une telle clarification «à périmètre
constant» rendrait sans doute la Constitution
acceptable à la fois par les pays du «non»
et ceux du «oui». Cela étant, Gérard
Onesta sort du cadre du projet de traité
constitutionnel en proposant deux innovations majeures
relatives à la procédure de ratification : il
suggère que la Constitution soit soumise à un
«référendum européen»
organisé le même jour dans toute l’Union,
même s’il sait que cette procédure
n’existe pas dans certains pays (dont l’Allemagne).
Le texte serait réputé adopté s’il
recueillait la majorité des suffrages exprimés
dans toute l’Union «et» la majorité
des suffrages exprimés dans plus de la moitié
des Etats membres. Le traité, lui, qui reprendrait,
pour l’essentiel, les dispositions déjà
existantes, passerait par la voie parlementaire. Comme il
s’agit d’un traité, il devrait obtenir
l’aval de l’ensemble des Parlements nationaux.
Onesta propose cependant, qu’à l’avenir,
ce traité puisse être modifié par une
majorité de 80% des Parlements nationaux afin de faire
sauter le verrou de l’unanimité. C’est
sans doute sur ces procédures de ratification que la
proposition de «Plan A+» risque de rencontrer le
plus d’opposition.
Cela
étant, le Premier ministre français, Dominique
de Villepin, vient d’effectuer un pas significatif en
proposant, aujourd’hui, à l’occasion d’un
voyage à Bucarest, que le «traité
constitutionnel amélioré, refondé»
qu’il propose de négocier, soit soumis le même
jour à un référendum dans tous les pays
européens. Certes, il n’est pas encore question
d’une adoption à la majorité, mais c’est
la première fois qu’un chef de gouvernement
reprend à son compte l’idée d’un
référendum européen censé
«dénationaliser» les campagnes
référendaires, une idée lancée en
son temps par Daniel Cohn-Bendit, co-président du
groupe Vert au Parlement européen. Il faut aussi noter
que Villepin se rallie à la proposition d’une
«Constitution +» lancée, à Madrid,
vendredi dernier, par les pays du «oui».
Pierre
Lequiller, député UMP et président de la
délégation pour les affaires européennes
de l’Assemblée nationale française, vient
de rendre public une idée médiane. Comme
Nicolas Sarkozy (mais est-ce étonnant ?), il se
prononce en faveur d’un «mini traité
institutionnel» qui ne reprendrait que la première
partie et quelques dispositions de la troisième partie
(service européen pour l’action extérieure,
vote à la majorité qualifiée en matière
de politique étrangère, coopération
renforcée en matière de défense,
dispositions budgétaires, etc). Ce «mini traité»
- le chiffon rouge que représente le mot
«Constitution» disparaîtrait- devrait être
ratifié avant les élections européennes
de juin 2009. Une clause de rendez-vous serait prévue
afin de remettre à plat la troisième partie. Ce
rôle reviendrait à une nouvelle Convention qui
serait convoquée après juin 2009 : cela
permettrait de faire coïncider cet exercice avec celui
de la révision du budget européen prévu
pour la même époque. Pour Lequiller, ce nouveau
traité relatif aux politiques communes devrait pouvoir
être révisé et adopté par une
majorité «super qualifiée» d’Etats
membres.
La
boîte à outil est bel et bien grande ouverte.
Jean
Quatremer