Pourquoi
rajouter de la peine à la peine ?
La
double peine est indigne
d’une démocratie,
surtout à l’heure où l’Union
européenne s’interroge sur ses valeurs
fondamentales
En
juillet 1992, Khalifa Benaffane est condamné à 4
ans de prison pour trafic de stupéfiants. Il venait
d’acheter un bar à Bordeaux, et peu de temps après
une descente de police y découvre de la drogue.
Clamant
son innocence et affirmant qu’il ne connaissait pas
l’existence de ce trafic, il fait appel, contre l’avis
de son avocat. Il est condamné, en appel, à 8 ans
de prison doublés d’une expulsion du territoire.
Khalifa est algérien et sa sortie de prison en mars 2001
correspondra à son expulsion vers un pays qu’il
connaît peu. Dans le quartier bordelais des Aubiers, d’où
il est originaire, c’est la stupéfaction. Un
comité de soutien se met en place pour dénoncer
la double peine soumise à Khaliffa Benaffane. Des
pétitions sont lancées : 2000 signatures en
décembre.
La double peine, c’est quand les
juges considèrent que la présence sur le sol
français après la libération d’un
étranger ayant purgé sa peine est susceptible de
causer un "trouble à l’ordre public".
Qu’un homme qui a purgé sa dette envers la société
soit encore puni est d’autant plus inadmissible que la
double peine ne tient pas compte de la situation personnelle et
familiale du condamné.
Khalifa Benaffane vit en
France depuis l’âge de trois ans. Arrivé à
Bordeaux à l’âge de onze ans, ses quatre
enfants y sont nés et sont de nationalité
française. Une enquête sociale du Conseil général
a démontré que "l’expulsion du
territoire de M. Benaffane aurait des conséquences
dramatiques sur le plan familial". S’appuyant sur
l’article 8 de la Convention européenne de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales, un recours auprès du tribunal
administratif de Bordeaux pour annuler l’arrêté
d’expulsion s’est soldé par un échec.
Un ultime recours est en cours.
Une mobilisation de
l’opinion publique peut permettre de débloquer
cette situation injuste et inadmissible. La double peine est
indigne d’une démocratie, surtout à l’heure
où l’Union européenne s’interroge sur
ses valeurs fondamentales. L’Europe commence aussi avec
Khalifa.
Comité
de soutien,
c/o Elisabeth Dumesny
Appt 401, 176
rue G. Friseau, 33300 Bordeaux,
Tél. : 05 56
39 80 32