Un
silence explosif
Le
Centre d’Étude de Gramat (CEG) dans le Lot teste
depuis une quinzaine d’années des obus à
uranium appauvri. Ces armes, qui se sont illustrées lors
des derniers conflits militaires, ont alimenté bien des
craintes suite aux mystérieux "syndromes" dont
sont atteints tant d'anciens combattants. Ce centre est sous la
tutelle de la Direction Générale de l’Armement
(DGA) et ses activités sont évidemment classées
"Secret Défense". Carré d’Europe
a rencontré Laurent Cougnoux, secrétaire de
l’association ANAHITA qui s’est constituée
pour briser l’omerta qui règne sur le CEG, malgré
nombre "d'incidents" dans son enceinte.
Pourquoi
avoir créé cette association, et que veut dire
ANAHITA ?
La création de notre association
remonte à la révélation, l’an
dernier, d’un incident de tir dans l’enceinte du
CEG, il y a 10 ans. C’est le directeur du centre en
personne qui, du bout des lèvres, a fait cet aveu dans
le journal "Dire Lot". Il précise même
que la terre ramassée sur les lieux après
l’incident a été stockée pendant
deux ans en plein air sur le site. Quelles ont été
alors les pollutions et leurs conséquences sur la santé
? L'impact sur l'eau nous inquiète particulièrement,
d'où le choix du nom Anahita, qui est celui de la déesse
mésopotamienne des eaux de rivière.
Quel
type de pollution craigniez-vous ?
Le sous-sol, ici,
est un véritable gruyère et une rivière
souterraine passe sous le site de tir. Quelles garanties peut
apporter le CEG que l’eau n’a pas été
contaminée, et quelles études crédibles
peuvent le confirmer ? Mais le CEG ne veut pas communiquer avec
nous, et ne dit rien sur les dispersions possibles des matières
radioactives et des substances chimiques dangereuses contenues
dans ses munitions. Les précédents européens
alimentent notre envie de vérité, surtout après
la confirmation par la CRII-Rad que les autorités
françaises ont sciemment menti aux populations après
le passage du nuage de Tchernobyl. Pressions du lobby nucléaire
? Culture du silence de l’armée ? Impossible de
savoir. Nos inquiétudes sont d’autant plus fortes
que le maire d’un village accueillant une annexe du CEG
s’interroge sur le taux anormalement élevé
de cancers sur sa commune. Pour qu’un maire ayant fait
beaucoup d’efforts pour faire venir des habitants sur son
territoire s’exprime ainsi publiquement, c’est que
ses craintes doivent être immenses. Nous avons aussi eu
des informations sur un incident de tir équivalent en
Écosse. Là bas aussi, les autorités se
sont voulu rassurantes. Pourtant, des études ont mis en
évidence le taux de leucémies infantiles le plus
élevé d’Europe !
Quelles
actions avez-vous menées ?
Nous essayons de
relayer nos craintes, c'est le seul moyen de briser le silence.
Nous avons rencontré d'abord nos concitoyens pour les
rendre conscients, puis des élus, comme par exemple
Gérard Onesta, à qui nous avons montré des
photos alarmantes de tas d'obus rouillés, abandonnés
en pleine nature. Nous avons aussi alerté la presse,
tout en étant conscients qu'une médiatisation mal
maîtrisée risque d'avoir des répercussions
sur l'activité économique du secteur, notamment
le tourisme. Je suis moi-même agent immobilier et les
conséquences sur mon entreprise peuvent être
importantes. Mais comment faire pour obtenir des réponses
simples à des questions graves ? Nous ne sommes ni des
antimilitaristes ni des marginaux, et ne remettons pas en cause
l’existence même du centre d’étude qui
fait vivre tant de monde ici. Notre démarche est celle,
légitime, de citoyens responsables. Si l'on peut
comprendre le "Secret Défense", il ne peut
être opposé à des mesures de protection
réelle des populations.
Que
demandez-vous ?
Nous voulons des réponses
claires au travers d'un dialogue permanent. Cela peut passer
par la création d’une commission paritaire
réunissant le CEG, la DGA, la préfecture, les
élus locaux, des médecins, les associations
environnementales… qui soit un garde-fou sans ingérence
dans les affaires du CEG. En fait, une sorte de "CLI",
ces Comités de Liaison et d’Information qui
existent pour les centrales nucléaires.
Attendez
vous une réponse de l’Europe ?
Nous sommes
conscients que l'Union Européenne n'a pas encore de
vraies compétences en matière de défense,
mais le dialogue instauré avec Gérard Onesta nous
a montré qu'il est bon d'avoir des relais européens
pour tenter d'élargir l'application du principe de
précaution jusqu'à ce genre d'activités.
Après tout l'Europe ne s'est elle pas engagée à
protéger ses populations des radiations ? À moyen
terme, l’Union représente pour nous une instance
supranationale qui aura donc peut-être la possibilité
d’intervenir en étant moins soumise aux différents
lobbies.
Nous avons aussi quelques contacts associatifs au
niveau européen, avec qui nous échangeons des
informations, mais nous tenons à notre indépendance
et à notre démarche constructive.
Quelle
peut-être l’issue ?
Le CEG et la DGA
doivent comprendre que si nos appels à la raison sont
entendus, la déferlante médiatique cessera et le
climat s’apaisera. Ce sera mieux pour leur activité
comme pour la santé des populations riveraines. Le
dialogue est une question de volonté. Nous l’avons.
ANAHITA
17, rue de la Balme, 46500 Gramat
Tél : 05 65 21
17 05 - Fax : 05 65 33 71 13
e-mail : anahita.46@laposte.net