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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Le Monde
Article paru dans l'édition du 27.09.05
Elections Présidentielles polonaises
Les conservateurs remportent les élections législatives en Pologne
Deux formations de droite ­ héritières divisées du mouvement Solidarité ­ ont balayé les sociaux-démocrates de l'Alliance des gauches démocratiques (SLD, au pouvoir depuis 2001) à l'issue des élections législatives du dimanche 25 septembre en Pologne.
Les catholiques conservateurs de Droit et justice (PiS) arrivent en tête (26,5 %) devant les libéraux de la Plate-forme civique (PO, 24 %), selon les résultats partiels publiés lundi matin par la commission électorale. Cette victoire de la droite, la plus nette depuis les premières élections totalement démocratiques en 1991, lui assure 270 sièges au Parlement sur 460, loin toutefois de la majorité des deux tiers nécessaire pour changer la Constitution. Dès dimanche soir, ces deux partis appelés à gouverner ensemble fourbissaient leurs armes dans la perspective du premier tour de l'élection présidentielle, prévu le 9 octobre, qui devrait se résumer à un duel entre deux de leurs dirigeants. "La Pologne va changer de visage : il y aura plus de justice et nous lutterons contre le chômage", espère Anna, jeune militante de PiS, en référence aux scandales de corruption et aux mauvais chiffres de l'emploi (17,9 % de chômage) qui ont accéléré l'effondrement électoral des sociaux-démocrates.
Le SLD n'obtient que 11 % des voix, contre 41 % en 2001. Depuis la fin du communisme, aucune majorité n'a enchaîné deux mandats consécutifs en Pologne. Les populistes de Samoobrona, troisième force dans le futur Parlement, améliorent légèrement leur résultat (12,4 % contre 10 % en 2001). Les ultra-catholiques de la Ligue des familles polonaises (LPR) restent en deçà de 8 % et le Parti paysan (PSL) obtient 7 % des voix. Aucun autre parti n'entrera au Parlement.
Derrière son pupitre, Jaroslaw Kaczynski, l'un des deux frères jumeaux à la tête du parti conservateur PiS, apprécie un succès que les instituts de sondage lui contestaient encore deux jours avant le scrutin au profit de la PO. "Tout indique que nous avons gagné" , lâche sobrement M. Kaczynski, candidat au poste de premier ministre. Un sourire éclaire son visage. Le regard pétille. Autant de signes d'une intense jubilation chez ce fervent catholique et ardent défenseur des valeurs traditionnelles polonaises. "Notre parti a gagné, mais ce qui est encore plus important, c'est que notre programme a gagné, c'est-à-dire une certaine idée de la Pologne" , ajoute-t-il.
DÉNOMINATEUR COMMUN
"C'est une vision conservatrice modérée" , précise Mihal Kaminski, jeune député européen de PiS. Les conservateurs annoncent la constitution d'une commission anticorruption et militent pour l'avènement d'une "IVe République" dans laquelle les pouvoirs présidentiels seraient accrus au détriment du Parlement. Le discours conservateur de PiS a également "gagné dans les campagnes" , affirme Wojciech Mojzesowicz, transfuge de l'ancien syndicat agricole Samoobrona (Autodéfense) d'Andrzej Lepper.
Les libéraux de la PO ont reconnu leur défaite relative et félicité leurs adversaires. L'enjeu porte maintenant sur la composition du gouvernement. "Mardi soir ou mercredi matin au plus tard, nous pourrons engager des discussions avec les partis vainqueurs et répondre à la question de savoir qui sera le prochain premier ministre" , a annoncé le président social-démocrate, Aleksander Kwasniewski.
Il s'agit de trouver le dénominateur commun entre deux programmes divergents : celui des conservateurs, qui ont promis de réduire la fracture sociale, et celui des libéraux, qui sont favorables à des réformes économiques plus radicales. "PiS est plus à droite sur les questions de société et de souveraineté, mais nous le sommes davantage en économie" , résume Hana Gronkiewicz-Waltz, ancien gouverneur de la Banque nationale de Pologne et membre de la PO. "La campagne électorale a exacerbé les divergences : ils trouveront un accord" , relativise le publiciste Stanislaw Wildstein, partisan d'une "décommunisation" radicale de la Pologne et présent au QG de campagne de PiS.
Le rapport de forces entre les deux partis est assez équilibré et la perspective de l'élection présidentielle, dans deux semaines, "ne va pas faciliter le dialogue" , reconnaît Ludwik Dorn, chef du groupe parlementaire de PiS. Lech Kaczynski ­ frère jumeau de Jaroslaw ­, actuel maire de Varsovie et ancien ministre de la justice, y affrontera Donald Tusk, le candidat de la PO, largement en tête dans les sondages.
Pawel Kuczynski, sociologue travaillant dans le cabinet du maire de Varsovie, reconnaît que "les Polonais n'accepteront sans doute pas d'être dirigés par deux frères jumeaux" . "Nous devons nous attendre à un effet de compensation entre les deux scrutins" , ajoute-t-il.
Christophe Châtelot