Droit
devant !
La Convention de la Charte est
composée de 16 représentants du Parlement
européen, 30 représentants des parlements
nationaux, 15 représentants des chefs d’Etat et de
gouvernement, et d’un représentant de la
Commission européenne.
Lancée
par les chefs d’Etat des quinze à Cologne en juin
1999, l’élaboration d’une Charte des droits
fondamentaux (CDF) sera à l’ordre du jour du
sommet de Biarritz, en octobre prochain. La CDF peut constituer
une avancée considérable de l’Union
européenne, en mettant au cœur du processus
européen le citoyen, et plus uniquement le marché.
L’enjeu : placer les droits fondamentaux de la personne
en amont de toutes les politiques européennes.
Les
droits de l’être humain ne figurent pour l’instant
dans les traités européens que de manière
parcellaire et confuse. La CDF regroupera et renforcera
l’arsenal juridique existant, et lui apportera une
plus-value symbolique essentielle, à l’heure où
l’Europe s’interroge sur son identité et sur
ses valeurs. Quant aux textes déjà existants au
niveau international (Déclaration universelle des droits
de l'homme ou Charte du Conseil de l'Europe), tout en ayant une
valeur juridique limitée, ils ont déjà un
demi-siècle d'existence et ne prennent donc pas en
compte les évolutions récentes de nos
sociétés.
La Convention chargée
d’élaborer une proposition de Charte, et à
laquelle participe Alima Boumédiene-Thiery, suppléante
du député Vert autrichien Johannes Voggen-huber,
distingue trois types de droits : les droits civils et
politiques (intégrité de la personne, droit
d’asile, liberté de pensée…) ; les
droits des citoyens (droits civiques, droit à
l’éducation, à l’accès aux
documents, liberté de circulation…) ; et enfin
les droits économiques et sociaux (droits aux soins,
droit du travail et droit au travail, protection des
consommateurs…). Les discussions achoppent notamment sur
cette troisième catégorie, car le Royaume-Uni,
par exemple, redoute plus que tout la naissance de l’Europe
sociale. Autre clivage : entre les partisans d’une Charte
minimaliste, qui ne recenserait que les droits justiciables -
permettant au citoyen d’ester en justice -, et ceux, dont
les Verts, qui souhaitent l'ajout de droits plus généraux
(à un environnement de qualité, au travail…)
et de nouveaux droits (protection contre les dérives de
la biotechnologie ou de l'informatique…).
Contraignant
ou non ?
La CDF doit-elle n’être qu’une
affirmation symbolique des valeurs communes de l’UE, ou
au contraire faire partie des Traités, et devenir ainsi
une source, du droit communautaire ? Cette question détermine
les positions des acteurs en présence. Les Verts et les
autres partisans d’une Charte à la fois
consistante et contraignante dénoncent la méthode
de travail imposée, car l’unanimité étant
requise, aussi bien dans la Convention qui élabore qu’au
Conseil de l’Union européenne qui adopte, les
consensus se font souvent au rabais. Par ailleurs, les Verts
restent très attachés à certains
principes, entre autres que les droits fondamentaux, par
définition universels, doivent être garantis à
tous les résidents de l’Union, et non aux seuls
citoyens européens.
En l'état des débats,
on constate, comme les ONG mobilisées sur ce dossier,
que la Charte n'est en définitive ni complète, ni
contraignante, ni universelle. Il faut souhaiter soit un
sursaut à Biarritz, soit un prolongement du mandat à
Nice en décembre.