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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°4 – AUTOMNE 2000 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
Droit d'asile, droit ultime

Serra Leone, ex-Yougoslavie, Turquie, Algérie, Zaïre… autant de situations politiques qui poussent certains à rejoindre l’Europe pour tenter de vivre une existence plus humaine. Commence alors un véritable parcours du combattant pour que soit reconnu leur statut de réfugié.
Carré d’Europe a rencontré Alain Giraud, directeur du centre de réfugiés et du Centre d’Accueil et de Demandeurs d’Asile (CADA) d’Albi, afin de faire le point de la situation tant au niveau local que national et européen.

Qu’est-ce qu’un "demandeur d’asile" ?
Alain Giraud
: c’est quelqu’un qui se plaint de persécutions dans son Etat d’origine. Il demande donc une protection pour des raisons politiques, religieuses ou de persécution ethnique. Le nombre de demandeurs d’asile s’accroît tous les ans. L’année prochaine on en attend 40 à 45 000 en France, alors que les structures d’accueil ne pourront accueillir que 6 000 demandeurs ou réfugiés statutaires.
Les critères pour accéder au statut de réfugié sont très stricts. C’est l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères, qui traite les dossiers. Pour les personnes persécutées dans leur pays mais pas par l’Etat (Algérie, Somalie…), la France a créé un statut spécial d’asile territorial. Peu de personnes l’ont obtenu et les démarches sont plus longues. Ne vaudrait-il pas mieux qu’il n’y ait qu’un seul statut pour tous les gens ayant besoin de protection ?

Quelle est la situation de l’accueil à Albi ?
AG
: d’abord, ce n’est pas nous qui choisissons les familles. Une commission nationale ventile les demandeurs d’asile en fonction des disponibilités dans les centres. À Albi, nous avons 30 places pour les réfugiés statutaires afin qu’ils puissent préparer leur insertion sociale et professionnelle, et 40 places pour les demandeurs d’asile.
Ici comme ailleurs, ceux qui n’ont pas de place dans les centres d’accueil sont en situation de précarité alarmante. Ils se rabattent sur des structures d’urgence qui ne sont pas faites pour eux. Il arrive par exemple que des structures type "Maison des femmes" accueillent des demandeuses d’asile pendant de longues périodes.
Je dois reconnaître que les services déconcentrés de l’Etat cherchent, dans la plupart des départements et avec des moyens faibles, à trouver des solutions pour les situations les plus graves.

Les conditions d’accueil des réfugiés sont très différentes d’un pays européen à l’autre. Pourtant les accords de Schengen, sur lesquels le Parlement européen n’a pas eu droit de regard, prévoient entre autres que c’est le premier pays traversé par les demandeurs d’asile qui doit traiter leur dossier. Que pensez-vous de cette situation ?
AG
: une harmonisation des politiques d’accueil et de traitement des dossiers dans les pays européens est indispensable, au moins dans l’espace Schengen. L’Espagne et le Portugal, par exemple, ont des conditions d’accueil déplorables. Mais l’harmonisation ne doit pas se faire par le bas et doit tenir compte de la dignité des personnes. Nous comptons d’ailleurs beaucoup sur le Parlement européen.
La convention de Genève doit être respectée intégralement, et non plus interprétée de façon restrictive et variable selon les pays.
En France, depuis 1991, les demandeurs d’asile n’ont plus le droit de travailler. Quand on sait que les démarches peuvent durer de longues années, on comprend la grande détresse sociale et psychologique de ces familles ou individus mis en situation d’assistanat total. Il est indispensable que le droit au travail soit rétabli pour les demandeurs d’asile après une période de quelques mois.
Je ne suis pas de ceux qui disent qu’il faut accorder le statut de réfugié à toute personne qui en fait la demande. Mais n’oublions pas que les demandeurs d’asile, quels qu’ils soient, sont des hommes et des femmes dans des situations de grande précarité. Le droit d’asile est pour eux le dernier droit quand tous les autres ont été bafoués.