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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°16 – AUTOMNE 2003 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
Mon voisin kurde

Vue de Turquie, la carotte européenne semble plus efficace que le bâton.. Car c'est bien pour pouvoir enfin ouvrir des négociations de pleine adhésion lors du grand rendez vous que lui a fixé l'Union fin 2004, qu'Ankara a voté, cet été, des réformes institutionnelles sans précédent. Il faut dire que l'europarlement, par ses votes, venait de taper du poing sur la table. Si l'Europe n'est pas un "club chrétien", alors la Turquie doit pouvoir y lier son destin, et ne pas être rejetée vers d'autres rivages, beaucoup plus périlleux pour la sécurité même des européens. Pour autant la Turquie ne remplit pas - loin s'en faut - les "critères de Copenhague" en matière de démocratie. Ses relations avec ses voisins, telle Chypre qu'elle occupe en partie, doivent aussi être totalement revisitées. Le Parlement de Strasbourg a ainsi pointé la longue liste des progrès à accomplir, notamment le respect des droits fondamentaux qui reste le cœur du projet européen.

La Turquie sait qu'elle doit non seulement rassurer - l'arrivée de ses 70 millions d'habitants bouleverserait bien des équilibres en Europe - mais aussi convaincre. Venant après l'abolition de fait de la peine de mort et la reconnaissance des langues minoritaires, les nouvelles mesures constitutionnelles commencent à démanteler le pouvoir de l'armée turque qui régissait la justice, le budget, l'éducation ou encore l'audiovisuel à travers le tout puissant Conseil National de Sécurité, dont les "recommandations" des généraux ne pouvaient être ignorées… Ainsi les civils ne seront plus jugés par des cours militaires, et la lutte contre la torture et les viols en prison pourront enfin aboutir. Est mis également fin aux passe-droits budgétaires, car c'est le Parlement turc qui, à l'avenir, votera les crédits de l'armée.

Reste le problème du respect des minorités, et longue est encore la route qui mène d'Ankara à Bruxelles… Dans les programmes scolaires turcs, le négationnisme forcené du génocide arménien en est la preuve. L'armée, toujours elle, voit tout respect de la différence comme une insupportable atteinte à "l'unité de la Patrie". Et des dizaines de milliers de victimes kurdes font les frais de cette terrible doctrine. Un kurde qui veut "vivre debout" n'a d'autres choix que la répression ou l'exil.

Pour certains de ces réfugiés, cette fuite a abouti à Toulouse. Là, comme dans d'autres grandes villes de France, un collectif s'est créé pour éviter qu'ils ne soient renvoyés vers des sévices que leur statut de fuyards rendait désormais certains. Malheureusement la politique de droit d'asile en Europe, n'est pas à la hauteur des généreux principes proclamés, et l'expulsion, même à haut risque, reste la règle de base. À l'heure où la guerre en Irak affichait, sur tous les écrans, la carte du territoire kurde écartelé entre quatre pays - Turquie, Irak, Syrie et Iran - nos concitoyens ont enfin compris, malgré sa complexité, l'importance de ce drame. À Toulouse, face à l'intransigeance préfectorale, 31 kurdes ont entamé une grève de la faim désespérée. Dominique Liot, porte parole régional des Verts de Midi Pyrénées a été un des rouages essentiels du collectif.. Pour Dominique, qui a suivi sur place la lutte pendant des mois "de recours, en négociations, en construisant des dossiers solides, nous avons fini par obtenir 5, puis 3 autres statuts de réfugiés politique, puis encore 13 régularisations administratives, et je garde espoir pour les 10 dossiers non encore clos. C'est une belle victoire du cœur et de la raison". La présence d'une télévision qui a suivi Gérard Onesta lors d'une de ses visites aux grévistes, enregistrant des images d'hommes aux portes de la mort, a aussi permis aux autorités de prendre la mesure de leurs responsabilités.

Ainsi, peu à peu, se dessine l'espoir kurde. À Strasbourg les eurodéputés ont sommé la Turquie de protéger leurs citoyens d'origine kurde, de leur permettre tous échanges avec leurs frères des pays voisins, et que les médias donnent un véritable accès à cette culture millénaire à qui la Société des Nations promit un état en 1921. À Ankara, le Parlement a enfin accepté que, faute de place dans les écoles, la langue kurde puisse être enseignée dans des lieux privés. À Toulouse, grâce à la solidarité, le kurdistan est aussi au bout de la rue…

Contact
Collectif de défense des Kurdes
c/o Dominique Liot : 06 81 18 50 22