Carré
d'Europe N° – HIVER 1999-2000 L'Europe
vue de l'Hémicycle
OMC
: L'Europe en première ligne
Et
si une conscience planétaire, solidaire, était en
train de naître ?
Seattle,
le 30 novembre, l’OMC est assiégée. La
mobilisation citoyenne gâchait la kermesse arrogante de
la mondialisation sauvage. C’était un bon
début.
Coup d’œil dans le rétroviseur
: Déjà lors des accords du GATT, les Verts
dénonçaient la casse sociale et le saccage de la
nature, Déjà lors de la tentative de créer
l’AMI (Accord Multilatéral sur l’Investissement)
ils s’attaquaient au culte du fric roi. Danièle
Auroi, eurodéputée verte, par sa présence
aux côtés des ONG, à Seattle, a rappelé
ce long engagement des écologistes en faveur d’une
régulation du Marché basée sur la
solidarité entre peuples et envers les générations
futures.
En novembre, à l’invitation des
Verts/ALE, le Commissaire Européen Pascal Lamy - en
charge du dossier - affrontait longuement le feu roulant de nos
critiques et de nos suggestions, ainsi que celles de la société
civile représentée, entre autres, par la
Confédération Paysanne (salut José !) ou
le réseau ATTAC. Au delà des (fortes) divergences
constatées, saluons M. Lamy pour sa rupture avec l’ère
du très "thachérien" Sir Leon Brittan,
son prédécesseur, dont la tasse thé était
le mépris du Parlement. L’arrogance semble
d’ailleurs être inscrite dans les chromosomes de
l’OMC. À la fois juge et partie, cette
organisation non élue et non contrôlée dit
le Droit, puis l’impose. Pour les Verts, le minimum
serait - en attendant mieux - de placer l’OMC sous le
contrôle, même imparfait, de l’ONU.
Seattle,
le 4 décembre, la conférence est un échec.
C'est la joie dans le camp "citoyen".
Nous avons
remporté une première manche, mais l'ouverture du
Cycle du Millénaire n'est que reportée. Les
écologistes vont mettre à profit les mois à
venir pour rappeler que la planète n’est pas à
vendre, et qu’en aucun cas des biens aussi essentiels que
la santé, la culture ou l’éducation ne
doivent être soumis aux règles du Marché.
Par ailleurs un commerce équitable, protégeant
l’emploi chez nous et la dignité sociale et
sanitaire ailleurs, ne peut exister sans se plier aux règles
de l’Organisation Internationale du Travail, et aux
normes de la vingtaine d’Accords Multilatéraux sur
l’Environnement qui édictent peu à peu le
principe de "précaution".
L’Europe a
repris pour une bonne part nos exigences, et prouve enfin qu’en
étant unie elle peut couper l’appétit à
l’Oncle Sam. Reste à s’allier le Tiers-Monde
qui considère que toute clause sociale ou
environnementale est du protectionnisme déguisé.
Pour cela les eurodéputés verts réclament
une aide accrue en direction des pays pauvres (transferts de
technologies propres, aide sociale et sanitaire enfin décente…)
seule en mesure de crédibiliser les avancées de
l’Union Européenne en matière de commerce…
et lui permettre de remporter la seconde manche.