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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°8 – HIVER 2001-2002 L'Europe vue de l'Hémicycle
A l'est d'Eden

L’état d’avancement". C'est par ces termes quasi "obstétricaux" que la bulle bruxelloise nomme le débat annuel portant sur l’adhésion des divers pays candidats à l'Union. Et l'élargissement à venir s'annonce historique, tant par son ampleur - douze nouveaux pays - que par sa nature - essentiellement des États fraîchement dégagés de la tutelle soviétique. Prévu pour démarrer en 2004, et débattu à la session de septembre, cet élargissement est une priorité pour le groupe des Verts, mais ne peut et ne doit, pour autant, selon eux, se faire “au rabais”, c’est-à-dire au détriment des intérêts de 150 millions de citoyens qui peuplent ces pays. Car vue depuis l'Est, l’Union est un Eldorado qui pourrait s’avérer être la grande désillusion pour ces hommes et femmes qui ne voient pas le revers des diverses aides communautaires que l'Ouest rechignera aussi à verser. Les députés Verts ne cessent de rappeler le précédent de la réunification allemande, car ce "mini élargissement", effectué à marche forcée, reste toujours, suite à une casse sociale sans précédent, la source de bien des tensions entre les deux parties de l’Allemagne. La présence de forces politiques aux discours ultra nationalistes prêtes à catalyser les déceptions dans de nombreux pays candidats, impose une vigilance accrue. Il est vrai pourtant qu'on ne peut retarder l'adhésion de ces nouvelles démocraties, ne serait-ce que pour en stabiliser l'existence au sein d'une zone qui a eu pour vertu essentielle de prescrire depuis un demi-siècle la guerre en son sein.
Parmi les difficultés rencontrées par les pays candidats reste le récurrent problème des "minorités ethniques", certaines se voyant exclues des aides de pré-adhésion. L'héritage empoisonné du nucléaire entache également bien des candidatures, notamment bulgare, sommée de fermer sa centrale nucléaire délabrée de Kozloduy. Certaines questions semblent insolubles : quelles relations futures entre Chypre, membre de l'Union, et la Turquie, éternelle candidate à y entrer, alors qu'une partie de l'île chypriote a été annexée par Ankara ?
Par ses implications économiques, sociales et géopolitiques, cet élargissement peut faire ou défaire l'Europe. Tout serait plus simple si cet "élargissement" avançait de pair avec "l'approfondissement" de la construction de l'Europe, c’est-à-dire une véritable démocratisation de ses institutions. Car à trop charger la barque sans renforcer la coque…
Les 12 candidats à l'entrée dans l'Union sont :
l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovénie, Chypre, et Malte.
Il faut y ajouter la Turquie qui a simplement obtenu le droit d'être "candidate à la candidature". Parmi les 12 rapporteurs chargés d'évaluer "l'état d'avancement" on compte la députée Verte allemande Elisabeth Schroedter, en charge de la république balte de Lettonie.