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Gérard
ONESTA Député Vert européen, Vice
Président du Parlement européen
- La
marche turque
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Sur
la route de l'Europe, la Turquie a déjà reçu
un triple feu vert : après l'accord de la Commission le
6 octobre, est venu celui - très clair - du Parlement
le 15 décembre, puis du Conseil, le 17 décembre.
Mais Ankara est en "liberté conditionnelle".
Car si "la Turquie satisfait suffisamment aux critères
politiques" l'ouverture de négociations au 3
octobre 2005 est assortie de nombreuses conditions car
"l'irréversibilité du processus de réforme
devra être confirmée sur une longue période".
Le moindre écart sur le chemin vers la pleine
démocratie équivaudrait à la fin du
processus.
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Car
c'est bien en matière de droits fondamentaux et d'État
de droit que la Turquie ne correspond pas aux standards
européens : la torture, les droits de la femme, ceux
des syndicats et des minorités, les rapports entre
civil et militaire posent toujours de graves problèmes.
Pourtant, Joost Lagendijk, le Vert néerlandais qui
préside la "délicate" délégation
interparlementaire Union/Turquie, souligne que "c'est
bien la perspective européenne qui a poussé
Ankara à des avancées impensables il y a peu :
abolition de la peine de mort, reconnaissance culturelle
Kurde, réduction du poids institutionnel de l'armée,
refonte du code civil…"
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Les
autres "paramètres", eux ne semblent pas
insurmontables : sur le plan géographique, la plus
grande part du territoire turc est située en Asie, mais
l'Union à travers Chypre ou …la Guyane, a déjà
débordé, sans état d'âme, du
territoire européen. Côté Histoire, la
civilisation ottomane a des racines doubles, orientales
certes, mais également occidentales, et, depuis
toujours, ses élites (universitaires, industrielles,
militaires, sportives…) façonnent l'Europe et
ont été façonnées par elle. En
termes d'économie, la Turquie ne remplit pas les
critères, mais elle s'en rapproche à marche
forcée. Par ailleurs, le processus de négociation
va obliger la Turquie à reconnaître Chypre (dont
elle occupe pourtant la partie nord), et, peut être, à
faire évoluer ses relations avec l'Arménie (dont
elle nie toujours le génocide de 1915).
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Malheureusement,
oubliant que l'Union compte déjà 20 millions de
citoyens musulmans, la "question turque" est
parasitée dans bien des pays - dont la France - par des
débats nauséeux où la xénophobie
n'ose pas dire son nom. On se sert aussi de la Turquie pour
polluer le, déjà complexe, débat
constitutionnel, où, tour à tour, certains
europhiles et europhobes redoutent, ou espèrent, dans
ce nouvel élargissement la dilution fatale de l'idéal
européen.
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Pour
Dany Cohn-Bendit qui présidait l'important colloque que
le groupe parlementaire Vert a tenu sur ce thème, à
Istanbul, en octobre, "L'Europe, qui, par le "Miracle
du Rhin" a réconcilié la France et
l'Allemagne, par le "Miracle de l'Oder" a effacé
la guerre froide", doit tenter, par l'adhésion de
la Turquie - même au prix de mille précautions et
de 15 ans d'attente - le "Miracle du Bosphore", en
réconciliant Orient et Occident."
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Car
pour ne pas tomber dans le piège morbide du "Choc
des civilisations" - cher à M. Bush depuis un
certain 11 septembre - l'Europe n'a d'autre choix que de
lancer un pont politique apaisé, en donnant une vraie
chance à une république laïque, adossée
à un islam modéré, de venir l'enrichir de
sa différence…
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Dany
: dcohnbendit@europarl.eu.int
Joost
: jlagendijk@europarl.eu.int
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