La
Stratégie des Verts/ALE en matière
d'Elargissement
Par
le groupe Verts/ALE
Perspectives
Stratégie
1.
REFORMES INSTITUTIONNELLES ET DE POLITIQUE INTERNE
2.
NEGOCIATIONS D'ADHESION BASEES SUR LE PARTENARIAT ET LE
CONTRÔLE DEMOCRATIQUE
3.
PRIORITES DES VERTS/ALE QUANT A LA STRATEGIE DE PRE-ADHESION
-
La démocratisation dans les pays candidats et l'UE
-
La politique en matière culturelle
- Soumettre la
coopération dans les domaines de la Justice et de
l'Intérieur aux critères des droits de l'homme et
du contrôle démocratique
- Améliorer la
cohésion sociale et économique
-
Réglementation de la libre circulation des
travailleurs
- Une stratégie intégrée
de développement durable au lieu des paiements directs
-
Améliorer l'équilibre des échanges
agricoles entre l'UE et les pays candidats
- Pour une
politique environnementale à l'échelle de
l'Europe
- La sortie du nucléaire
- Efficacité
énergétique et énergies renouvelables
Perspectives
Le
processus d’élargissement actuel est bien plus
complexe et difficile que les précédents. Ces
difficultés sont liées au nombre élevé
de pays candidats, au fossé social et économique
qui sépare l’UE des pays candidats et au niveau
actuel d’intégration européenne. Cela
demande une réforme profonde au sein de l’UE, de
ses institutions, de ses politiques internes et de son cadre
financier. Toutefois, la difficulté du processus ne doit
pas masquer l’objectif politique que l’UE s’est
fixé après la chute du Mur de Berlin, lorsque
l’invitation de rejoindre l’UE fut adressée
aux pays candidats actuels. L’objectif politique est de
garantir un espace européen de paix et de stabilité.
Les
critères généraux d’adhésion
furent fixés lors du Sommet de Copenhague en 1993. Cela
fait longtemps maintenant que les pays candidats sont engagés
dans les préparations relatives à l’adhésion.
Toutefois, des réformes supplémentaires sont
nécessaires, non seulement sur les plans économique
et administratif, mais également pour renforcer le
fonctionnement démocratique des institutions d’Etat,
les droits de l’homme et des minorités. Cependant,
le rythme des négociations d’adhésion
révèle que le véritable obstacle est
l’absence de volonté du Conseil à prendre
une position commune quant aux questions essentielles, en
particulier en ce qui concerne la participation de nouveaux
Etats membres dans la Politique Agricole Commune et les fonds
structurels, ainsi que pour les demandes en matière de
périodes de transition. Etant donné l’incertitude
qui entoure les réformes au sein de l’UE, les
négociations d’adhésion en sont
pratiquement au point mort.
Les
Etats membres de l’UE tromperaient leurs citoyens en
suggérant que le report de l’Elargissement est une
option éventuelle, dans le but de remettre à plus
tard les réformes nécessaires des institutions de
l’UE, de ses politiques internes ainsi que les coûts
résultant de l’adhésion de nouveaux membres
à l’UE. La délocalisation industrielle et
les nouveaux investissements étrangers qui profitent des
coûts peu élevés de la main-d’œuvre
dans les PECO (pays d’Europe centrale et orientale) se
produisent dans une mesure significative, indépendamment
de leur pleine adhésion à l’UE. La
libéralisation des capitaux, des biens et des services
entre l’UE et les pays candidats se poursuit sous la
forme de négociations bilatérales qui se
déroulent depuis le début des années 90
sur la base des Accords européens.
En
fait, la stratégie actuelle de l’UE en matière
d’élargissement encouragée par le Conseil
et la Commission se résume bien souvent à une
simple approche de libre-échange, qui ne décharge
pas les pays candidats du poids de l’adaptation
structurelle et de l’impact de la libéralisation
économique. Toutefois, plus longtemps les pays candidats
demeurent exclus des bénéfices de l’adhésion
à l’UE, plus long et incertain sera le processus
de convergence sociale et économique, et plus les coûts
de l’élargissement seront élevés.
C’est la raison pour laquelle l’approche actuelle
de libre-échange doit être remplacée par
une stratégie d’adhésion globale et
crédible qui requiert des décisions politiques à
quatre niveaux : les réformes institutionnelles,
l’ajustement des politiques internes de l’UE, le
relancement des négociations d’adhésion et
une stratégie renforcée et soutenable de
pré-adhésion.
Stratégie
LES
REFORMES INSTITUTIONNELLES ET DE POLITIQUE INTERNE
Le
rythme de l’Elargissement ne dépend pas seulement
de la capacité des pays candidats mais également
de la capacité d’absorption de l’UE. Il faut
pour cela que l’UE ait la volonté de procéder
à des ajustements adéquats tant de ses
institutions que de ses politiques.
Par
ailleurs, l’extension de la co-décision combinée
au vote à la majorité qualifiée au Conseil
est une condition préalable essentielle pour ajuster les
politiques structurelles et la Politique Agricole commune, en
prévision de l’élargissement. En outre,
l’abandon du droit de veto en ce qui concerne les
politiques fiscale et environnementale représente
également une condition sine qua non dans l’Union
européenne d’aujourd’hui, pour permettre
d’adopter des mesures concrètes en faveur d’un
développement soutenable et solidaire et d’intégrer
les priorités environnementales dans toutes les
politiques de l’UE.
Les
Verts/ALE sont également en faveur d’une
composition du Parlement européen qui permette tant
avant qu’après l’élargissement, une
représentation équitable des peuples et des
mouvements politiques dans l’UE. A cet effet, une
augmentation du nombre des membres du Parlement européen,
au-delà de la limite de 700 membres devrait être
envisagée. Dans tous les cas, la possibilité
d’introduire des listes européennes (communes à
toute la « circonscription » de l’UE) devrait
mener à une augmentation équivalente du nombre de
députés européens.
Enfin,
la coopération renforcée doit être une
procédure ouverte à tous les Etats membres et
elle doit permettre à ceux qui le souhaitent d’aller
plus avant dans l’intégration de leurs politiques,
respectant les droits et les objectifs de l’Union, ainsi
que les prérogatives des Institutions. Les dispositions
actuelles du Traité en matière de coopération
renforcée doivent être revues de manière à
les rendre applicables, en éliminant en particulier le
droit de veto dans le cadre de la coopération renforcée.
Les
négociations avancent avec beaucoup de difficultés
et le temps nous est compté : un accord sur une
extension substantielle du vote à la majorité au
Conseil et la co-décision pour le Parlement européen
est de plus en plus improbable. Le Groupe Verts/ALE invite ses
membres au sein des parlements nationaux et des gouvernements à
mettre tout en œuvre pour qu’un accord de haut
niveau puisse voir le jour à Nice et à s’opposer
à la conclusion à tout prix des négociations
à Nice, si aucun compromis valable n’est atteint.
Nous
sommes par conséquent en total désaccord avec
l’intention de certains pays membres, de vouloir
repousser toutes les décisions qui s’avèrent
encore difficiles à prendre aujourd’hui, à
une nouvelle CIG en 2004. Un nouvel ajournement minerait non
seulement le fonctionnement quotidien de l’Union à
Quinze, mais également les attentes et la confiance que
les pays candidats ont placées dans une conclusion
rapide des négociations.
Mais
la voie des réformes internes doit être poursuivie
également après la conclusion de la Conférence
Intergouvernementale. Car ce n’est pas tant
l’inefficacité des institutions de l’UE,
mais leur opacité, l’absence de responsabilité
et le déficit démocratique, qui donne lieu au
manque de crédibilité politique et de légitimité
de l’Union vis-à-vis de ses citoyens. Ce qui est
en jeu, c’est la transformation même de l’UE
en une Union politique qui rétablisse les droits
politiques des citoyens, érodés par un processus
d’intégration européenne dirigé par
le marché et une mondialisation continue. Une réforme
des priorités politiques de l’Union est nécessaire
pour réaffirmer la primauté des droits humains et
sociaux, de la santé, de la qualité de
l’environnement et de la diversité culturelle sur
le libre-échange.
Mais
des nouvelles priorités politiques et des changements
institutionnels profonds ne peuvent être réalisés
dans le cadre des décisions intergouvernementales : ils
requièrent un changement fondamental du processus
décisionnel à différents niveaux de
gouvernance. Le temps est venu maintenant de définir, en
une Constitution, les droits des citoyens de l’Union, les
compétences et les pouvoirs des Institutions européennes
et le partenariat démocratique parmi les différentes
niveaux de gouvernement (UE, Etats membres, autorités
régionales). Le Conseil européen de Nice peut, et
doit, exprimer son opinion concernant ce processus, un
processus qui implique non seulement des gouvernements, mais
également le PE ainsi que les parlements nationaux et
régionaux. Dans ce contexte, nous nous réjouissons
également du Livre Blanc de la Commission sur les
nouvelles formes de gouvernance européenne qui, nous
l’espérons, proposera un partenariat plus
démocratique parmi les différents niveaux de
gouvernement dans l’UE.
NEGOCIATIONS
D’ADHESION BASEES SUR LE PARTENARIAT ET LE CONTROLE
DEMOCRATIQUE
Afin
de relancer les négociations d’adhésion, il
convient d’établir une nouvelle approche, basée
sur le partenariat et la transparence. Les éventuels
scénarios d’adhésion doivent être
clairs pour tous les pays, et contenir un calendrier, des
objectifs intermédiaires, une stratégie de
financement et prévoir des dates pour la conclusion des
négociations. Ces "cartes routières"
pour l’adhésion doivent être basées
non seulement sur l’évaluation du progrès
de chaque pays candidat, mais également sur un plan
d’action commun pour traiter les problèmes
résultant des périodes de transition requises par
les deux parties. Afin d’être crédibles, les
scénarios d’adhésion doivent également
indiquer clairement les ajustements correspondants nécessaires
dans les politiques internes de l’UE. Par conséquent,
le Groupe des Verts/ALE considère que le Conseil
européen de Nice devra fixer comme objectif la
conclusion des négociations d’adhésion
d’ici décembre 2002 pour un premier groupe de pays
candidats, afin de permettre leur adhésion dès
les prochaines élections du Parlement européen en
2004. Cela permettrait à la fois de répondre aux
attentes des pays candidats et d’accélérer
les décisions sur les réformes internes
nécessaires à l’adaptation des politiques
de l’Union européenne aux résultats des
négociations d’adhésion.
La
question des périodes de transition dans les domaines de
l’environnement, des affaires sociales, de la législation
en matière de travail, de santé publique et de
politique du consommateur est extrêmement sensible, étant
donné qu’elles comportent le risque de diluer la
législation de l’UE et les réglementations
du marché. Les négociations d’adhésion
ne peuvent dès lors se dérouler en secret. Il
faut établir le contrôle parlementaire de
l’ensemble du processus et encourager le débat
public; il s’agit là d’une condition
préalable pour une acceptation démocratique et
publique de l’élargissement dans les Etats membres
et dans les pays candidats. Par ailleurs, en règle
générale, les périodes de transition pour
la mise en oeuvre de parties de l’acquis, qui impliquent
des dépenses financières considérables,
devraient être limitées à un maximum de
cinq ans. Des objectifs intermédiaires réalistes
pour la mise en œuvre complète de l’acquis
doivent être inclus de manière plus explicite dans
les traités d’adhésion, stipulant par
conséquent que la non-réalisation des objectifs
doit être traitée comme une atteinte normale au
droit communautaire.
3.LES
PRIORITES DES VERTS/ALE QUANT A LA STRATEGIE DE PRE-ADHESION
La
démocratisation dans les pays candidats et l’UE
La
démocratie et le respect des droits de l’homme et
des minorités doivent constituer une condition préalable
pour l’adhésion à l’UE. En dépit
du progrès indiscutable réalisé dans
plusieurs pays candidats, le respect des droits de l’homme
et des minorités, ainsi que l’état de
droit, est toujours insuffisant, notamment en ce qui concerne
l’existence de la peine de mort dans certains pays, la
discrimination politique, économique et sociale subie
par les Roms et de nombreuses autres minorités dans
plusieurs pays candidats d’Europe orientale, et les
Kurdes et d’autres groupes minoritaires en Turquie, le
statut des femmes, des homosexuels et des objecteurs de
conscience. Des améliorations sont encore nécessaires
en ce qui concerne les forces de police, l’indépendance
du pouvoir judiciaire, et les procédures d’asile
tout aussi importantes.
L’exigence
concernant la démocratisation et le respect des droits
de l’homme et des minorités ne peut toutefois être
crédible que si elle figure également tout en
haut de l’agenda interne de l’UE. Les Etats membres
de l’Union ne peuvent pas imposer ces exigences de
manière crédible aux pays candidats à
moins d’être eux-mêmes au-dessus de tout
reproche en ce qui concerne le respect des droits de l’homme,
et par conséquent de faire les progrès
nécessaires à cette fin. L’exigence de l’UE
en matière de démocratisation doit aller de pair
avec une démocratisation de ses propres institutions,
comprenant l’inclusion dans le Traité d’une
Charte des Droits Fondamentaux, qui devrait garantir les droits
de l’homme et des minorités et les droits sociaux
pour toutes les personnes qui vivent dans l’UE.
Politique
en matière culturelle
Tout
d'abord, la nature des problèmes politiques dans
l´ensemble de l´Europe requiert des réponses
en termes d'une nouvelle politique culturelle. On ne peut pas
dépasser les craintes et l´aliénation,
prévenir l´exclusion, préserver la
diversité culturelle et promouvoir l´entente
mutuelle en applicant uniquement des directives. Ils
nécessitent une politique ouverte en matière de
culture et d´éducation qui se rajoute aux
politiques nationales et régionales.
Ensuite,
il faut bien se rappeler qu´au temps des anciens régimes
des PECO, il y avait, au moins en partie, un vaste programme
d´éducation et de culture d´un haut niveau
qui leur semble impossible de continuer à financer à
l'avenir. Pour cette raison, l´UE doit encourager les
PECO à continuer à investir dans la culture et
l´éducation en leur offrant une assistance
financière. La participation à part entière
des pays candidats aux programmes de l´UE en matière
de culture, éducation et recherche au même titre
que les partenaires dans les pays membres doit leur être
assurée. Les PECO ont beaucoup à offrir, que ce
soit dans le domaine de la poésie, des contenus
électroniques, des lauréats du prix Nobel aux
oscars. Finalement, leur contribution en matière de
cinéma européen et de diversité
linguistique pour l´intégration et le maintien de
la pluralité culturelle en Europe, qui en fin de compte
fait de nous des européens, devraient être
reconnus et jouer un rôle central dans l´unification
de l´Europe.
Soumettre
la coopération dans les domaines de la Justice et de
l’Intérieur aux critères des droits de
l’homme et du contrôle démocratique
Toute
forme de coopération dans les domaines de la Justice et
de l’Intérieur, en ce compris les contrôles
des frontières, doit être pareillement guidée
par le respect de la démocratie et des droits de l’homme
et le droit d’asile, dans le respect total de la
Convention de Genève. En ce qui concerne la coopération
policière et l’élargissement des
compétences d’EUROPOL, un contrôle
parlementaire et judiciaire fait toujours défaut. Des
dispositions appropriées pour la protection des données
sous le troisième pilier n’ont pas encore été
établies non plus.
En
ce qui concerne le droit d’asile, des accords dits de
réadmission ont été conclus entre les
Etats membres de l’UE et les pays candidats, sans aucune
garantie pour les demandeurs d’asile de trouver accès
à des procédures d’asile justes et
efficaces dans le pays d’accueil. Les systèmes
d’asile dans le pays candidat sont notamment toujours
caractérisés par des dispositions légales
insuffisantes, des lacunes dans la procédure d’asile
et des problèmes institutionnels. Par ailleurs, l’UE
exhorte les pays candidats à conclure des accords de
réadmission avec les pays voisins tiers, dont les
systèmes d’asile sont encore plus insuffisants. Il
convient d’arrêter cette pratique et d’exhorter
les pays candidats à établir des systèmes
d’asile justes et efficaces. Eu égard à
l’élargissement, une réforme des mécanismes
de la Convention de Dublin semble particulièrement
urgente. Les dispositions actuelles affecteraient la majorité
des demandes d’asile aux nouveaux Etats membres, en
raison de leur situation géographique en tant que pays
de transition.
Améliorer
la cohésion sociale et économique
Une
inégalité sociale croissante, des écarts
de revenus de plus en plus importants, des hauts niveaux de
chômage persistant, une pauvreté plus répandue
et l’exclusion révèlent le résultat
de la "thérapie de choc" et l’étendue
des problèmes auxquels les Etats candidats devront faire
face pour mettre en place des politiques sociales et de marché
du travail viables. Par rapport à leur adhésion à
l’UE, les pays candidats sont supposés transposer
et mettre en oeuvre la législation de l’UE en
matière de droits sociaux. Elle couvre des domaines
comme la coordination des régimes de sécurité
sociale, santé et sécurité au travail,
législation du travail et le paquet anti-discrimination
article 13. Pourtant, la dimension sociale de l’UE
présente toujours un profil extrêmement bas en ce
qui concerne les préparations d’adhésion et
dans les politiques de la Commission européenne.
Certes,
les coûts sociaux de la transformation ne sont pas liés
aux seules préparations d’adhésion. Mais la
stratégie d’intégration orientée par
le marché, la libéralisation des échanges
dans le contexte des Accords européens et les
investissements considérables requis pour l’adoption
de l’acquis place la CCEE sous une pression
supplémentaire. Simultanément, les coûts
économiques et humains de l’ajustement structurel
sont laissés de manière accablante aux pays
candidats.
Si
l’on souhaite le succès de l’élargissement,
il convient de procéder à celui-ci moyennant des
conditions plus équitables, avec un développement
soutenable, plutôt que le libre échange, à
sa base. Une stratégie de pré-adhésion
doit être mise en place, combinant à la fois
l’aide structurelle et une stratégie en matière
d’échanges commerciaux qui tiennent compte de
manière appropriée du niveau des normes sociales
et environnementales réalisées par les pays
candidats, ainsi que leur niveau de compétitivité.
Il est vital d’accorder des périodes de transition
plus longues et des exceptions provisoires dans les domaines de
la politique économique, monétaire, commerciale
et fiscale aux pays candidats, afin de permettre une
application flexible du Pacte de Stabilité et les règles
sur les aides d'état, comme cela s’est fait lors
de précédents élargissements de l’UE.
Au lieu de suivre la voie d’une mondialisation du libre
échange de plus en plus impitoyable, il conviendrait de
construire une Europe des régions forte, en mettant
davantage l’accent sur la production locale, la
concurrence locale et la protection régionale, lorsque
la nécessité s’en fait ressentir, contre
les importations.
En
ce qui concerne la réalisation de l’acquis dans le
domaine de la politique sociale et de la législation du
travail, il conviendrait d’inviter les pays candidats à
mettre en œuvre, avant l’adhésion, les
parties qui n’impliquent pas des investissements
financiers considérables, notamment les normes de l'OIT
et de l’UE pour les droits des travailleurs et des
syndicats, ainsi que la législation en matière
d’égalité des chances. Il est également
essentiel que les sociétés basées dans
l’UE observent à présent l’acquis
communautaire qui s'impose dans les matières
environnementales, sociales et d’égalité
des chances dans leurs activités et/ou leurs
investissements dans le pays candidat. A cette fin, la
Commission devrait négocier un 'code de conduite' avec
l'UNICE.
Il
convient de donner au processus d’adhésion en
lui-même une perspective d’emploi bien conçue
sur la ligne de la stratégie d'emploi de Luxembourg et
du Plan européen d'action sociale, commençant par
une stratégie commune entre l’UE et les pays
candidats pour faire barrage au chômage dans le processus
avant l’adhésion. Il convient d’assurer un
financement commun pour le développement d’institutions
adéquates pour la réglementation du marché
du travail et la protection sociale et l’infrastructure
nécessaire dans les pays candidats.
En
ce qui concerne la participation des pays candidats dans la
politique structurelle et régionale de l’UE, il
faut bien reconnaître que s’il convient de
préserver la cohésion sociale et économique
dans une Union élargie, il est essentiel que l’UE
s’unisse immédiatement avec les pays candidats
dans la mise en œuvre de politiques d’ajustement et
de compensation, afin d’accélérer le
processus de convergence.
A
cette fin, les fonds de pré-adhésion devraient
être augmentés progressivement et, simultanément,
il conviendrait de transformer leur gestion conformément
aux dispositions des fonds structurels de l’UE :
c’est-à-dire une gestion décentralisée
basée sur des programmes pluriannuels, une consultation
démocratique et la possibilité de transférer
les fonds non dépensés aux années
suivantes. Les Verts/ALE attachent une importance particulière
au respect du principe de partenariat, c’est-à-dire
la consultation obligatoire des partenaires sociaux, des
autorités régionales et locales et des ONG dans
la programmation, la mise en oeuvre et l’évaluation
des mesures structurelles. Les niveaux sous-nationaux de
gouvernement doivent être impliqués de manière
beaucoup plus importante dans les préparations
d’adhésion, étant donné qu’une
mise en œuvre efficace de parties considérables de
l’acquis, en particulier dans le domaine de
l’environnement dépend d’eux.
La
transformation de la gestion des fonds de pré-adhésion
conformément aux normes des fonds structurels de l’UE,
résoudrait également les problèmes qui
caractérisent les instruments actuels de pré-adhésion,
notamment la gestion complexe (Phare, Ispa), la prédilection
pour les projets gigantesques, l’absence de procédures
de consultation à caractère obligatoire, les
garanties insuffisantes eu égard à leur
compatibilité avec l’approche de l’UE
concernant l’intégration des considérations
d’ordre environnemental - y compris les objectifs de
Kyoto - dans l’ensemble des autres politiques
communautaires (Phare et Ispa), ainsi que les difficultés
de paiement et la coordination insuffisante entre les trois
instruments (Phare, Ispa, Sapard).
Afin
de débloquer davantage de fonds, à court terme,
nous devons utiliser au maximum les Perspectives Financières
2000 - 2006. Si aucun pays ne rejoint l’UE avant 2002 –
comme le prévoient les Perspectives Financières –
nous réclamons que les fonds affectés à
partir de cette date pour les nouveaux membres (catégorie
8), soient mis à la disposition des pays candidats en
les transférant en aide de pré-adhésion
(catégorie 7). Dans une étape successive, les
pays candidats devraient progressivement bénéficier
de l’éventail complet des instruments de la
politique de cohésion sociale et économique de
l’UE.
Il
est évident qu’un tel processus de reprise
progressive des fonds structurels ne peut être lancé
que si les Etats membres mettent de côté la
sauvegarde des intérêts nationaux qui manquent de
vision et qu’ils prennent conscience que l’accélération
de la convergence sociale et économique entre les Etats
membres actuels et futurs et leurs régions constitue une
tâche imminente, qui ne peut ni peser sur les pays
candidats uniquement, ni être reportées après
l’adhésion. Les instruments politiques de la
cohésion sociale et économique doivent être
adaptés aux nouveaux déséquilibres
régionaux et sociaux qui caractérisent l’Union
actuelle ainsi que la future Union élargie. Cela
signifie qu’ils doivent être concentrés et
diversifiés selon les besoins des régions et des
groupes de population les plus pauvres. Compte tenu de l'entrée
dans l'Union d'Etats avec un revenu par habitant bien inférieur
à la moyenne correspondante aux quinze Etats membres,
diminuant par conséquent le niveau absolu qui correspond
à 75% de la moyenne, il faut fixer une période
d'acclimatation aux nouvelles circonstances dans le cadre de la
politique structurelle de l'UE.
La
différence de niveau de développement économique
entre les Etats membres actuels et les pays candidats,
parfaitement illustré par l’exemple de la
réunification allemande, invite à lancer une
politique en faveur de l’emploi au niveau de l’Union
européenne, prévoyant un montant suffisant de
réserves. Par conséquent, une augmentation du
budget de l’Union européenne au-delà de la
limite de 1,27 % du PNB prévue dans le cadre de la
décision sur les ressources propres sera nécessaire.
La cohésion économique, sociale et territoriale
représente un objectif essentiel de l’Union
européenne en tant qu’ensemble. L’UE devra
dès lors accepter que l’élargissement et la
réalisation de ses responsabilités ont un prix,
et ce également dans le domaine de la cohésion
économique et sociale.
Réglementation
pour la libre circulation des travailleurs
La
préoccupation principale liée aux divergences
socio-économiques parmi les Etats membres existants et
futurs est la perspective d’une augmentation de la
migration Est-Ouest des travailleurs. Bien que les prévisions
scientifiques (ainsi qu'une étude publiée
récemment par la DG Emploi) balaient les préoccupations
selon lesquelles les marchés du travail de l’UE
seront affectés dans l’ensemble par l'immigraiton
venant des PECO, les régions directement frontalières,
comme celles de l’Allemagne et de l’Autriche,
connaîtront très probablement un impact plus
considérable.
De
longues périodes de transition pour la mise en oeuvre de
l’acquis concernant la libre circulation des personnes,
et en particulier des travailleurs, ne semblent toutefois pas
représenter une réponse viable. Tout d’abord,
la population des pays candidats les percevraient comme étant
extrêmement injustes; deuxièmement, elles
pourraient même aggraver la situation sur les marchés
du travail. En fait, comme le montre notamment l’expérience
allemande, les plans et les quotas de migration provisoires ont
un impact négatif sur les marchés du travail dans
la mesure où ils affaiblissent la position sur le marché
du travail des travailleurs provenant des PECO et aggravent les
situations d’emploi non documentées.
Etant
donné la grande mobilité des capitaux, des biens
et des services, la dérégulation des marchés
du travail nationaux peut uniquement être evitée
efficacement par le biais d'une meilleure coordination des
systèmes nationaux de sécurité sociale et
des règlements du marché du travail. Dans ce
contexte, il est essentiel que l’UE et les pays candidats
combinent leurs efforts pour l'adoption rapide, la mise en
oeuvre et la poursuite du développement de l’acquis
social de l’UE. La directive actuelle "détachement
des travailleurs" doit être revue en conséquence,
étant donné qu’elle s’est déjà
avérée inadéquate, même pour aborder
les différences entre les dispositions nationales des
Etats membres en matière de sécurité
sociale et de législation du travail. Il y a également
un besoin urgent pour une nouvelle directive concernant les
travailleurs transfrontaliers.
En
outre, des mesures spécifiques sont nécessaires
pour contrer les craintes dans les régions frontalières
de l’UE. Il convient d’améliorer la
coopération transfrontalière à travers la
création d’un fonds afin de soutenir les projets
de développement régional transfrontaliers, les
initiatives communes en matière d’emploi, les
projets de partenariat au niveau local et régional et la
consultation commune des partenaires sociaux.
Une
stratégie intégrée de développement
rural au lieu des paiements directs
Le
thème des paiements directs constitue une composante
essentielle dans les négociations d’adhésion.
Les pays candidats réclament la participation dès
la date d’adhésion au mécanisme des
paiements directs en échange de leur ajustement aux
outils de contrôle d’approvisionnement de la PAC.
Selon les arguments de la Commission, les paiements directs ne
devraient pas être automatiquement étendus aux
pays candidats parce que, premièrement, il n’y a
pas de réductions de prix pouvant être compensées
dans ces pays et, deuxièmement, parce que les paiements
de l’UE pourraient encourager les candidats agriculteurs
à négliger ou reporter les réformes
structurelles nécessaires.
Les
Verts/ALE ont toujours été extrêmement
critiques vis-à-vis du mécanisme des paiements
directs et ont plaidé pour que les fonds disponibles
soient soumis aux besoins du développement rural
soutenable. L’introduction des transferts de revenu
direct dans les pays candidats représenterait une
incitation pour la production de masse conventionnelle, ne
profitant dès lors qu’à une partie
restreinte de la population rurale. Etant donné la
caractéristique des économies rurales dans la
majorité des pays candidats, qui comprennent un niveau
de population travaillant dans l’agriculture
considérablement plus élevé que dans l’UE,
une politique intégrée en matière de
développement rural revêt une importance capitale
pour empêcher à la fois la dislocation sociale
suite à l’exode des zones rurales et le chômage
au cours de l’ajustement requis des pays candidats à
la PAC. Une stratégie de développement rural
exige la participation active des acteurs locaux et des
organisations rurales dans la projection, la mise en oeuvre et
l'évaluation des programmes et des projets. A cette fin
les gouvernements des pays candidats devrait être
encouragés à mettre en place les conditions
institutionnelles adéquates pour une procédure de
consultation et de participation effective de la société
civile.
Les
pays candidats devraient dès lors se voir offrir, comme
une alternative au droit aux paiements directs, un accès
rapide à des fonds considérables affectés
au développement rural. La participation des pays
candidats à la Politique Agricole Commune doit être
basée sur le principe de l’égalité
de traitement et de droits. Par conséquent, le montant
ainsi alloué devrait être aussi élevé
que les paiements directs potentiels. A cette fin, il convient
de réformer la Politique Agricole Commune sur base du
principe de l’égalité de traitement et
d’une approche intégrée en ce qui concerne
le développement rural. Le modèle courant de la
Politique Agricole Commune ne doit pas être étendu
aux pays candidats.
Améliorer
l’équilibre des échanges agricoles entre
l’UE et les pays candidats
Eu
égard à la libéralisation des marches
agricoles, il convient de souligner que l’insistance de
la Commission visant à conclure les dits accords
d’échanges agricoles "double-zéro"
pour l’élimination des tarifs entre les pays
candidats et l’UE pourrait déstabiliser le
processus de réforme rurale progressive dans de nombreux
pays candidats. Au lieu de professer un dogmatisme néo-libéral,
l’UE devrait avant tout éliminer les subsides des
exportations agricoles vers les pays d’adhésion.
En
outre, il serait utile de retenir les leçons de l’Accord
de Libre-Echange Nord-Américain (ALENA), conclu entre
les pays riches que sont le Canada et les Etats-Unis et un pays
beaucoup plus pauvre, le Mexique. Cet accord promettait
également la prospérité. Mais en réalité,
les sources de revenus des petits agriculteurs au Mexique ont
été totalement détruites par des
importations agricoles bon marché. Au lieu de cela, l’UE
devrait coopérer avec les pays candidats individuels
pour trouver la manière de réaliser un meilleur
équilibre dans les échanges bilatéraux et,
à cet égard, prendre en considération
l’importance des zones rurales dans les pays candidats et
leurs besoins de développement. A cette fin, il sera
essentiel de veiller à ce qu’un niveau d’asymétrie
dans la libéralisation des échanges en faveur des
pays candidats, à la fois avant et après
l’adhésion, demeure une option de politique
légitime (comme cela a été le cas lors de
précédents élargissements).
Pour
une politique environnementale à l’échelle
de l’Europe
Les
pays candidats devraient accorder une très haute
priorité à la transposition de l’acquis
environnemental dans leur législation nationale, cette
transposition devant être accomplie au plus tard à
la date d’adhésion. Les directives
environnementales de l’UE qui peuvent être mises en
œuvre à un coût réduit (p. ex.
l’évaluation de l’impact environnemental
-EIE-, l’information relative à l’environnement,
la législation en matière de bien-être des
animaux, la directive Habitat et la directive sur les oiseaux)
devraient s’appliquer dès le premier jour de
l’adhésion. En particulier, les dispositions à
la fois pour l’EIE et l’accès aux
informations relatives à l’environnement sont
extrêmement importantes pour une participation
démocratique ultérieure et augmenter la prise de
conscience du public. Elles offriront les premiers bénéfices
tangibles de l’élargissement de l’UE à
la population et entraîneront ultérieurement une
dynamique positive pour la politique environnementale dans les
pays d’adhésion.
L’adaptation
des pays candidats aux dispositions de l’UE en matière
d’environnement représente une opportunité
unique d’établir une politique environnementale à
l’échelle européenne. A cette fin, il
convient de ne pas réduire cette question à
l’adoption d’une série de directives. Les
préoccupations de la politique environnementale doivent
être intégrées dans toutes les politiques
et tous les programmes sectoriels, en particulier la Politique
Agricole et le Développement Rural, le Transport et
l’Energie. Toutes les programmes et projets financés
par l'Union européenne, les crédits BEI, doivent
être soumis à l'évaluation d'impact
environnemental telle qu'établie dans les directives
concernées.
Il
convient de limiter les périodes de transition pour les
parties les plus coûteuses de l’acquis
environnemental à un maximum de cinq ans, et ce n’est
que dans les cas exceptionnels, très bien fondés
qu’il devrait être possible de négocier des
périodes de transition supérieures à 5
ans, et uniquement après que la Commission ait consulté
le Parlement européen et établi à la
satisfaction du Parlement qu’une telle requête est
raisonnable. Pour permettre une limitation des périodes
de transition, l'Union européenne doit être prête
à mettre à disposition les moyens financiers pour
une stratégie de financement commune avec les pays
candidats.
La
sortie du nucléaire
La
politique nucléaire ne fait pas partie des négociations
d’adhésion bilatérales à strictement
parler. En fait, les normes de sécurité nucléaire
per se ne font pas partie de l’acquis, même si le
traité Euratom couvre les domaines recherche nucléaire,
santé et sécurité. La mise en œuvre
de l’acquis environnemental, telle que la requièrent
les partenariats d’adhésion, ainsi que les
conventions et les accords internationaux ont cependant un
impact sur la politique nucléaire des pays candidats et
leurs obligations vis-à-vis de l’UE. Par ailleurs,
l’inquiétude au sein de l’UE concernant la
sécurité nucléaire dans les pays candidats
de l’Europe de l’Est a entraîné
l’imposition de certains dates de fermeture, aussi
faibles fussent-elles, comme faisant partie des préparations
d’adhésion. Ce processus tend à négliger
le fait qu’il existe des installations nucléaires
également dangereuses au sein même de l’UE.
Si on veut être logique, il conviendrait d’aborder
les deux questions en même temps.
L’approche
de la Commission vis-à-vis des pays candidats est
toutefois contradictoire en elle-même. En fait, ses
accords les plus récents concernant les dates de
fermeture des réacteurs les plus dangereux dans les pays
candidats, portent atteinte à des déclarations ou
des accords que ces pays ont conclus (voir accords concernant
les 2 réacteurs Ignalina de type Tchernobyl, pour
Bohunice en Slovaquie, pour Kozloduy en Bulgarie). Il apparaît
également que la Commission accepte le fait que la
République tchèque démarre la centrale
nucléaire de Temelin, sans une certification EIE
conformément aux règlements de l’UE et en
violation des Conventions d’Arhus et d'Espoo, dont elle
est signataire, vis-à-vis de leurs pays voisins. Tandis
que la Commission accepte des dates de fermeture éloignées
pour les unités 1 à 4 de Kozloduy, elle a accordé
un prêt Euratom pour les unités 5 et 6. Par
conséquent, elle exclut automatiquement la fermeture,
étant donné que les prêts doivent être
remboursés, ce qui signifie que les réacteurs
doivent fonctionner sur une longue période de temps.
Il
existe clairement des alternatives pour une politique
énergétique soutenable. Il convient de
reconnaître que l’industrie nucléaire est
arrivée au bout du chemin, tant économiquement
que politiquement. Par conséquent, eu égard à
l’élargissement, il conviendrait de convenir de
dates de fermeture en ce qui concerne toutes les centrales
liées à l’énergie nucléaire,
dans les Etats membres actuels et futurs de l’UE, tandis
que les réacteurs plus dangereux devraient être
fermés avant l’adhésion.
Efficacité
énergétique et énergies renouvelables
Un
nouvel article concernant l´énergie et traitant de
la promotion des économies d´énergies et
des énergies renouvelables devrait être ajouté
au Traité, donnant ainsi à l´UE élargie
la possibilité de réduire sa dépendance à
la fois par rapport aux énergies fossiles et au
nucléaire. La transition dans les pays candidats offre
de vastes possibilités d´investir dans
l´efficacité énergétique. L´UE
devrait renforcer les politiques qui soutiennent la
cogénération, les pays de l´Europe de l´Est
ont traditionnellement opté pour des systèmes de
chauffage régionaux – et pour les économies
d´énergie. L´aquis communautaire en matière
de normes et labels pour les équipements industriels
ainsi que les produits "blancs", tels que les
appareils ménagers devrait être appliqué
sans aucune période de transition. Une attention
particulière devrait être accordée à
la fixation d'objectifs clairs et à la promotion
d'investissements substantiels dans les énergies
renouvelables.
En
ce qui concerne la libéralisation des marchés de
l´énergie, les pays candidats devraient s´y
préparer. Ils devraient, toutefois, être autorisés
à protéger les énergies renouvelables, la
cogénération et les mesures d´économies
d´énergie contre les forces du marché, tant
que les prix de l´énergie ne reflètent pas
complètement les coûts externes et tant que
d´autres formes d'énergie continuent à
bénéficier de subsides. L´électricité
provenant de centrales électriques qui n´est pas
conforme à l´acquis communautaire devrait être
interdite d´exportation vers d´autres pays. Et
avant l´adhésion, l'électricité
produite de cette manière ne devrait pas être
importée dans l´UE tandis qu'en général,
le commerce d´électricité avec les pays
tiers devrait se faire sur la base d´une ouverture
réciproque des marchés.