HAUT DE PAGE











Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°13 – HIVER 2002-2003 L'Europe vue de l'Hémicycle
Cap à l'Est, au Nord, au Sud !

Si la réunion était symbolique, la réalité n¹est pas bien loin. En accueillant pour un long débat dans son hémicycle, le 19 novembre dernier, 214 députés nationaux venus de 12 pays candidats, le Parlement Européen a voulu montrer qu¹il était prêt à s'ouvrir à eux, dès les prochaines élections européennes. Car dans 18 mois à peine, l'Europe va s'étendre vers trois points cardinaux.
Invitée, mais absente de cette réunion pour protester de ne pas être autorisée à ouvrir les négociations d¹adhésion, la Turquie fut néanmoins au centre des débats. Le triomphe électoral de l'islamiste modéré, M. Erdogan, à Ankara, inquiète. Si la Turquie - loin s'en faut - n'est pas encore une démocratie (la question du Kurdistan, du génocide arménien, ou des droits des prisonniers politiques sont encore autant de tabous..) elle n'est plus cet empire ottoman décadent que l'on appelait, il y a un siècle, "l'homme malade de l'Europe". Valéry Giscard d'Estaing n'a pourtant pas hésité à dire que l'adhésion de ce pays serait la fin du projet européen. La Turquie, membre du Conseil de l'Europe comme de l'Eurovision, et qui participe à tous les championnats sportifs européens, redécouvre que la part de son territoire au nord du Bosphore ne la qualifie pas "géographiquement".
À moins que ce ne soit parce qu'elle dénoterait dans un "club chrétien", décidé au choc frontal avec un bloc islamisé ? Giscard n'aurait-il pas simplement oublié que les turcs siègent déjà de plein droit dans la Convention sur l'avenir de l'Union qu'il préside ? Phrase vacharde entendue dans les travées de Strasbourg : "l'homme malade de l'Europe n'est pas celui qu'on croit..."
Le sujet des frontières physiques de l'Union a donc marginalisé les questions pourtant essentielles de son approfondissement, sa démocratisation et ses compétences. Seul Daniel Cohn-Bendit a osé demander si les Quinze étaient vraiment à la hauteur de l¹enjeu, au vu des négociations de boutiquiers en cours, tout appelant les nouveaux entrants à "dépasser la souveraineté nationale qu¹ils viennent d¹acquérir, pour construire progressivement une souveraineté européenne". Il faut dire que de tous les  groupes politiques  siégeant à Strasbourg, le groupe Vert/ALE, est le plus ouvertement pro européen, ce qui explique qu'il trouve "mesquin" le budget prévu pour cet élargissement.
Quarante milliards d'euros sur 3 ans, desquels il faut soustraire les 15 milliards que les nouveaux pays apporteront eux-mêmes. Ce n'est donc que 0,35% de son PNB que l'Union va consacrer pour tenter d'écrire une page essentielle de son histoire. Il faut rappeler que ce furent 3,5 % de leur PNB (10 fois plus !) que les Américains avaient su investir dans le relèvement de l'Europe à travers le plan Marshall. Pourtant avec quelques fractions de PNB de plus, on pourrait faire tellement dans ces pays aujourd'hui encore pauvres (la somme du PNB des 10 états entrants est inférieure à celui des seuls Pays-Bas). Soulignons, pour donner la mesure de notre pingrerie, que l'effort consenti par l'Union pour tourner la page de deux guerres mondiales et d'un demi-siècle de guerre froide, ne représente que 2 euros par mois et par européen...
Reste à voir quels seront les nouveaux équilibres au sein de la famille européenne réunifiée. Les Œnouveaux¹ seront-ils une force d¹appoint des tenants de l¹Europe-marché, participeront-ils au concert des égoïsmes ataviques, ou apporteront-ils fraîcheur et ambition à l¹Union ? De la réforme de la PAC, qui toucherait particulièrement la Pologne, à la mise en place d¹une nouvelle politique maritime pour laquelle Malte et Chypre sont particulièrement concernés, les tests en grandeur réelle ne tarderont pas à venir !
Dany Cohn-Bendit
Tél. : + 32 2 284 74 98
e-mail :
dcohnbendit@europarl.eu.int