Carré
d'Europe N°9 – HIVER 2001-2002 L'Europe vue de
Midi-Pyrénées
Bon
vent !
La
pédagogie par l'exemple, voilà sûrement une
façon de faire progresser l'Europe et de protéger
la planète. En guise d'illustration, Carré
d'Europe a rencontré Brigitte Desveaux qui est, entre
autres, vice-présidente de l'IDRR (Institut de
Développement des Ressources Renouvelables), une
association tarnaise. Cette militante écologiste,
anti-nucléaire de la première heure, qui rappelle
parfois qu’elle a participé à la
construction de la bergerie de Plogoff, fait référence
à Spinoza pour définir son engagement : être
"pour" plutôt que "contre", et
construire les alternatives pour faire avancer les choses…
L'IDRR
existe depuis plus de 20 ans. Quelles étaient les
motivations des initiateurs ?
C'étaient des
précurseurs. Alors que la préservation des
ressources naturelles n'était pas au centre de
l'actualité, ils ont compris que la planète ne
pouvait pas continuer cette fuite en avant. Ils ont donc décidé
de promouvoir les ressources naturelles sans se restreindre aux
énergies renouvelables en parlant de tri, du recyclage…
Dès le départ c'est la proximité avec la
population qui a prévalu, avec, par exemple, un soutien
aux "auto-constructeurs" pour la fabrication
d'éoliennes, certains d'entre eux sont d'ailleurs
devenus des entrepreneurs dans leur domaine. L'aspect
pédagogique et l'information sont également
essentiels : Nous avons mis au point des maquettes interactives
et jouables par des enfants et des adultes qui permettent de
comprendre le processus physique de production d'énergie.
L'IDRR
aujourd'hui ?
Nous conseillons, formons, établissons
des contacts entre acteurs potentiels. Notre projet majeur est
maintenant de diffuser la culture scientifique et technique
auprès du grand public au travers d'un centre de
démonstration des énergies renouvelables. C'est
un projet lourd car nous sommes certes compétents, mais
bénévoles, sauf une personne chargée de la
coordination.
Puisque l'ADEME (Agence …..Maîtrise
de l'Énergie) souhaite mettre en place des "points
d'informations énergie", nous pouvons être
des ressources par le biais de conventions pour la mise à
disposition de compétences et de matériels. Je
tiens à préciser que nous sommes totalement
indépendants des marchands d'études ou de
matériel. C'est un principe.
Comment
voyez vous ce centre de démonstration des énergies
renouvelables ?
On veut faire un "palais de la
découverte" des énergies renouvelables
s’adressant à des spécialistes au travers
des fonds scientifiques mais aussi formant les artisans dans le
domaine de ces énergies, ou mettant à disposition
du matériel pour fabriquer des prototypes. On pense
aussi aux scolaires au travers de "classes vertes" où
les enfants pourraient venir fabriquer des machines qui
produisent de l'énergie. Ce sera enfin un lieu de
découverte où les visiteurs pourront appréhender
les énergies renouvelables de façon active au
travers de mises en situation pour construire leur
raisonnement.
Mais ce centre doit avant tout s’inscrire
dans un territoire où il y a une véritable mise
en œuvre des énergies renouvelables. Nous voulons
que dans le massif du Sidobre et dans les Monts de Lacaune, il
y ait des "circuits des énergies renouvelables".
Les visiteurs pourront ainsi aller de sites en sites où
des installations fonctionnent aussi bien au stade artisanal
qu’industriel. Cette dimension est très importante
dans le projet.
Aujourd’hui,
où en êtes-vous ?
Nous participons avec les
10 communes des cantons de Vabre et de Montredon au
développement de ce type d'énergie aussi bien
auprès d'artisans que d'agriculteurs ou de particuliers.
Ce n’est qu’au travers d'exemples concrets que la
vitrine scientifique que sera le Centre atteindra ses
objectifs.
Il y a aussi des enjeux en termes d’emplois.
Autrefois c’était l’industrie du textile qui
était le premier employeur dans cette région.
C’est fini. Le principal développement économique
est maintenant la filière bois. On a un massif forestier
sur l’ensemble du sud du Tarn qui arrive à
maturité. Il faut qu’on développe tous les
usages possibles de cette ressource naturelle renouvelable sans
la dévaster. L’IDRR a une histoire dans la filière
bois avec, par exemple, l’installation il y a 18 ans de
la chaudière de la maison de retraite d’Anglès.
Nous avons été des précurseurs. Nous avons
l’expérience et le savoir faire. Nous connaissons
vraiment notre terrain d'action. C’est pour tout cela
qu’on y croit.
Quelle
est l’implication de l’IDRR dans le débat
sur l’installation des éoliennes ?
Il y a
un aspect passionnel dans ce débat. La nuisance sonore
est souvent masquée par le bruit du vent lui même.
L'aspect esthétique se discute, mais l'implantation
d'une dizaine de mats éoliens peut permettre
d'économiser la pose de centaines de pylônes
électriques guère plus gracieux. Quant à
l'impact sur les oiseaux, il suffit de ne pas s'implanter sur
des sites sensibles. Tout est une question de bon sens. Voilà
pourquoi deux de nos adhérents ont suivi la formation de
l’ADEME sur la concertation locale. Nous avons sollicité
le maire de Castres, le sénateur M. Pastor, le président
du conseil général M. Carcenac, et le Parc
Régional en leur proposant d’engager une telle
concertation avec la population afin d’étudier les
endroits les plus appropriés (respect du paysage,
connexion au réseau EDF…) afin de créer un
véritable plan d'occupation des sols, un "POS
éolien". Nous n’avons reçu à ce
jour qu’une réponse positive du Parc Régional.
Mais sur le terrain les choses avancent. La mairie d’Aiguefonde
s’apprête à mettre en place ce POS. Je crois
d’ailleurs savoir que le Préfet du Tarn veut
engager une réflexion sur un plan départemental
éolien.
Que
pouvez-vous attendre de l’Europe ?
Tout
d’abord, l’IDRR travaille au respect de la
directive européenne et aux engagements de la France
pour se conformer aux accords de Kyoto sur la réduction
des gaz à effet de serre. De plus le souhait de l’Europe
est d’encourager le développement durable dans son
ensemble. Et le développement durable c’est bien
de partir d’un territoire, de ses besoins, de ses
faiblesses et de ses richesses pour développer un projet
qui tiendra compte de tous ses paramètres. Nous, nous
sommes bien dans cette logique. Ensuite, nos projets sont
développés dans le cadre de programmes européens.
Nous avons déjà mobilisé des fonds sur les
programmes LEADER ou FEDER. Nous ferons aussi des demandes de
financements européens pour la construction du centre
qui aura une vocation européenne.
Mais les fonds
publics ne seront pas la seule source de financement. Nous nous
situons dans une démarche "d’économie
solidaire" car on pense qu’elle permet de mieux
s’ancrer dans un territoire en y associant le
financement, même modeste, de particuliers motivés.
Des fonds type "CIGALES" seront constitués
pour garder la citoyenneté du projet.
C'est
pour cela que vous définissez comme faisant partie du
mouvement d’éducation populaire ?
Oui, nous
ne sommes pas des prestataires de service. Nous participons au
débat local et à l’implantation d’un
certain nombre d’idées dans la population en
apportant nos connaissances et notre savoir-faire. Nous sommes,
en fait, un outil de démocratie.