Carré
d'Europe N°11 – ETE 2002 L'Europe vue de
Midi-Pyrénées
Au
bout de la rue, l’Europe
Notre
région a inscrit l'Europe dans son horizon en ouvrant
une représentation permanente auprès des
institutions communautaires à Bruxelles (voir «La
croix du Languedoc dans le ciel bruxellois»).
La
récolte et la diffusion d'informations, notamment sur
les financements communautaires, sont au cœur des
missions de l'Association "Midi-Pyrénées
Europe".
Interview d'Élie Spiroux, son
directeur.
Lorsqu’un
particulier, une entreprise, une association, une collectivité
locale veut connaître les financements européens
qui peuvent les concerner, où peuvent-ils se renseigner
?
Pour l’instant, il n’existe pas de lieu
unique mis en place par les institutions européennes, et
comme il est difficile de trouver directement à
Bruxelles la bonne porte où frapper, il vaut mieux
passer par un organisme relais. En Midi-Pyrénées,
par exemple, les Président et Préfet de Région
ont ouvert un bureau européen, situé à
Toulouse, place Saint Étienne. Inauguré en mars
dernier, son animation relève de la "Maison de
l’Europe", association qui collabore avec des
fonctionnaires préfectoraux du Secrétariat
Général des Affaires Régionales (SGAR). Ce
bureau recueille toute demande sur l’Europe, notamment
sur les fonds disponibles. Pour le mouvement associatif, ces
Maisons de l’Europe constituent un relais très
important.
Pour le monde de l’entreprise, la
Commission Européenne a mis en place des centres
d’information, les "Euro Infocentres", souvent
situés au sein des Chambres de Commerce et d’Industrie
(CCI) ou, comme à Toulouse, dans les Chambres Régionales
de Commerce et d’Industrie (CRCI). Enfin, les
Représentations régionales et départementales
comme la nôtre, sont aussi de précieux relais,
puisqu'un de nos objectifs est la vulgarisation du
fonctionnement européen. Nous diffusons d’ailleurs
pour ça une lettre d’information mensuelle.
Comment
est définie la "Politique Régionale" de
l'Union ?
Sur la base d’une proposition de la
Commission Européenne, négociée avec le
Parlement Européen, le budget de la "Politique
Régionale" et les règles de son utilisation
sont arrêtés, tous les 6 ans, à la majorité
qualifiée, par le Conseil où siègent les
États Membres. Le principe est de répartir
l'argent européen pour permettre d'aider les régions
en difficulté de développement.
La
Politique Régionale est en fait l'outil de solidarité
le plus concret créé par l'Union. La Commission
dresse donc, en partenariat avec les États et les
régions concernées, une liste des zones
susceptibles de bénéficier des fonds. Une fois
l’accord obtenu entre tous les intervenants, la
Commission adopte un DOCument Unique de Programmation (DOCUP)
par région, qui décrit les aides possibles. Leur
mise en place opérationnelle se fait au niveau régional.
Un Comité de programmation - placé sous la
coprésidence du Président de Région et du
Préfet de Région - se réunit 4 à 5
fois par an, pour décider, après étude des
dossiers qui lui ont été soumis, des budgets à
accorder.
Comment
sont versés les fonds ?
Qui les contrôle ?
Le
principe est celui du co-financement. L'Union ne paye jamais
tout, mais vient permettre l'aboutissement de politiques
locales ou nationales. Pour éviter un saupoudrage
inefficace, l'Europe concentre ses aides, appelées
"Fonds structurels", selon un zonage et des objectifs
précis (voir article en page "Aquitaine").
Bruxelles débloque d'abord une avance d'argent de 7 %
aux États, leur permettant de démarrer les
programmes sur le terrain. Ensuite, l'Union procède par
"remboursement sur facture" au fur et à mesure
de l'avancement des projets subventionnés. Une "réserve
de performance" de 4 % sera débloquée à
mi-programme (2003) pour conforter les opérations qui
auront donné les meilleurs résultats. Le "Comité
de programmation" se transforme, une à deux fois
par an, en "Comité de suivi". Des
fonctionnaires européens de la Direction Générale
(DG) "Regio" y participent alors, à titre
d'autorité de tutelle. Les députés
européens de la région sont également
associés aux débats. Ce comité veille au
bon déroulement de la procédure et au respect de
l’agenda fixé. Cette cellule de réflexion
apporte aussi une expertise européenne non négligeable
en cas de difficulté.
Selon
vous, qui êtes à la fois témoin et acteur
de ces procédures, comment améliorer l’image
de l’Union auprès des citoyens ?
Face à
des procédures complexes, il faut d'abord faire de
sacrés efforts d'information. Celle-ci est aujourd'hui
trop dispersée. C'est d'autant plus nécessaire
qu'à l'horizon 2006, l'essentiel des fonds structurels
européens risquent d'être réorientés
vers les nouveaux pays adhérents à l'Union, en
grand retard de développement. Cette transition
délicate, dont les modalités restent encore à
débattre, peut provoquer l'incompréhension de
secteurs qui ont été, jusqu'ici, énormément
soutenus par l'Europe…
Par ailleurs les aides
européennes sont peu visibles, car on souligne souvent
mal leur apport positif. Une anecdote : bien que les clauses de
publicité soient communes à l’Union, on
constate que, de l'autre côté des Pyrénées,
la taille du drapeau européen indiquant, sur des
panneaux, que le projet en cours a été rendu
possible grâce à l'Europe, est infiniment
supérieure à ce que l'on voit chez nous. En
France, la tradition centralisatrice de l'État, qui fait
toujours apparaître ce dernier comme la référence
absolue, est une vraie machine à rendre illisible "le
plus" européen. De cette souveraineté
partagée vécue comme "honteuse",
découle un retard énorme dans la prise de
conscience, par nos concitoyens, des actions de proximité
de l’Union Européenne. Les pays décentralisés,
où les régions ont parfois directement prise sur
l'application des directives européennes, connaissent
moins ce genre de dérive.
Enfin, dans les formations
administratives, la connaissance des mécanismes
européens relève encore trop souvent de matières
optionnelles. Vu l'impact de l'Union dans notre quotidien, il
faudrait d'urgence donner les moyens à tous les
fonctionnaires, locaux ou nationaux, de maîtriser les
procédures communautaires. Ces dernières
gagneraient d'ailleurs à être rationalisées
pour ne pas être accessibles qu'à une élite.
La simplicité, la transparence, et l'adhésion
citoyenne vont de pair…
Des
exemples de projets réalisés en Midi-Pyrénées
grâce à l'aide européenne ?
Le
Président de région, Martin Malvy, s'attache à
ce que la taille du projet ne soit un critère
d'éligibilité couperet. Ainsi, si l'Europe a
permis d'aboutir sur de gros dossiers industriels, tel le
laboratoire de recherche électronique PEARL à
Tarbes (10.5 millions d'euros financé à 19,5% par
l'Union), elle contribue aussi à des succès
d'envergure plus modeste comme l’exposition itinérante
"Le progrès sans dérailler" de l’ARPE,
l'Agence Régionale Pour l'Environnement, sur le
développement durable (51 300 euros, subventionné
à hauteur de 47 % par les fonds structurels européens).
Association
Midi-Pyrénées Europe
Élie Spiroux
55,
rue d’Arlon, B-1040 Bruxelles
Tél : + 32 2 280
09 19
Fax : + 32 2 230 67 83