Carré
d'Europe N°13 – HIVER 2002-2003 L'Europe
vue de l'Hémicycle
Le
naufrage de l'irresponsabilité
Le
naufrage du Prestige est un triste cas d'école :
affréteur helvético-russe cherchant le moindre
coût ; armateur des Bahamas sans scrupule ; compagnie
privée de certification hollandaise peu regardante ;
port estonien laissant partir le cargo ; absence de port-refuge
; manque de solidarité entre pays européens,
Espagne et Portugal en particulier... et de nouveau marée
noire, désarroi des pêcheurs et "bombe à
fragmentation" posée par 3500 mètres de
fond, contenant un véritable poison.
Après le
naufrage de l'Erika, les États avaient enfin accepté
que l'Union Européenne édicte, en décembre
2000 puis en 2001, un certain nombre de mesures (dites "paquets
Erika I et II"), dont la suppression des simples coques à
l¹horizon 2015, la mise en place d¹une Agence de la
Sécurité Maritime continentale (opérationnelle
depuis décembre 2002) et la création d¹un
fond d¹indemnisation des victimes. Suite à la
catastrophe du Prestige, l'Union, désormais reconnue
comme l¹échelle d¹action pertinente, a annoncé
des mesures d¹urgence : interdiction immédiate des
bateaux à simple coque pour le transport des fiouls
lourds, des goudrons et bitumes, et suppression définitive
des simples coques dès 2010. Camilo Nogueira, député
galicien du groupe Vert/ALE, pointe pourtant les double
langages : alors que Messieurs Chirac et Aznar larmoient devant
les caméras sur le thème "il faut chercher
et punir les coupables", leurs troupes, à
Strasbourg rejettent l'amendement (228 Contre, 222 Pour, et 6
Abstentions) demandant la création d'une commission
d'enquête parlementaire ! Alors à quand la
co-responsabilité des affréteurs et des armateurs
pour les chargements qu¹ils trimbalent autour de la terre
? Quid d¹un corps de garde-côtes européen
pour arraisonner les bateaux-poubelle ? Quid d¹une
certification des navires, devoir régalien, effectuée
par un organe public paneuropéen ? Qu¹attend-on
pour que l'Office Maritime International (OMI) réforme
son fonctionnement afin d¹éviter que ce soient les
pays battant pavillons de complaisance, possédant les
plus gros tonnages, qui décident des normes affectant
l¹ensemble de la planète ?
Le drame de l¹Erika
a ouvert une brèche dans le mur lisse du libéralisme
autorégulateur. Espérons que celui du Prestige
concrétise la notion de responsabilité et
instaure une désormais indispensable puissance publique
européenneŠ
Camilo Nogueira
Tél. : + 32 2 284 52 99
e-mail :
cnogueira@europarl.eu.int