Carré
d'Europe N°8 – AUTOMNE 2001 L'Europe vue
d'Aquitaine
Les
nouveaux beach-boys
Bronzés
et musclés, les surfeurs ? Oui, sans doute. Mais aussi,
pour certains, très engagés dans la préservation
des plages et des vagues, autour de "Surfrider
Foundation". Carré d'Europe a rencontré
Pierre Nouqueret, directeur administratif de cette association.
Comment
est né Surfrider foundation ?
Surfrider est né
aux États-Unis en 1984 de la prise de conscience par les
surfers de la dégradation constante des plages et de la
mer qui ne sont pas que leur terrain de jeux. Après
l'Australie, le Japon et le Brésil, Tom Curren, triple
champion du monde de surf, fondait en 1990 Surfrider Foundation
Europe à Biarritz. L'objectif est la défense et
la mise en valeur de l'océan et des plages par
l'éducation, la recherche et l'action locale.
Objectif
ambitieux. Comment l'atteindre ?
Nous menons
plusieurs actions. Tous les ans en mars, nous organisons, au
niveau européen - et même au Maroc - un immense
nettoyage des plages. Cette année, 112 opérations
ont été menées qui ont mobilisé 3
000 bénévoles et permis de ramasser 220 m3 de
déchets. La médiatisation de cette opération
prend chaque année plus d'ampleur, ce qui pousse les
collectivités à nettoyer leurs plages. Nous
organisons aussi le "Surfrider Kid Challenge",
compétition qui s'adresse aux enfants de moins de 14 ans
- 180 participants cette année - avec, en parallèle,
des activités de sensibilisation à la protection
de l'environnement. Nous avons même un salon, "Initiative
Océan", qui regroupe tous les acteurs de la lutte
pour la protection du littoral : institutions, collectivités
locales, entreprises, associations… En mai ou juin 2002,
San Sebastian, après Biarritz, accueillera cette
manifestation qui est un rendez-vous européen pour tout
ce qui concerne la qualité de l'eau et des plages.
Mais
c'est l'opération "Pavillons noirs" qui nous a
fait connaître dans les médias. Tous les ans nous
faisons l'inventaire des pollutions du littoral français.
Cette année, 93 plages réparties dans 69 communes
ont reçu cette "distinction" redoutée,
souvent à la suite d'un défaut d'assainissement
qui entraîne des pollutions bactériologiques.
Vos
sources d'informations ?
C'est un gros boulot
d'inventaire et de synthèse. Nous téléphonons
à toutes les DDASS des départements côtiers.
Nous nous adressons aussi à tous les organismes en
possession d'infos sur la qualité de l'eau et des plages
(IFREMER, DRIRE, collectivités locales…). Nous
utilisons bien sûr aussi le réseau des surfeurs,
que nous appelons les "gardiens de la côte", et
qui nous alertent en permanence. Je tiens à préciser
que la plupart des communes épinglées par nos
"pavillons noirs" ont en prévision les travaux
de mise aux normes. Malheureusement ces travaux ne sont pas
toujours prioritaires.
Justement,
quelles sont les réactions des maires ?
Ils
discutent rarement le bien-fondé de notre action, mais
en contestent la forme : pour eux, nous n'avons aucune
légitimité pour décerner des "pavillons
noirs". Et nous sommes d'accord ! Mais comment faire,
quand aucune administration ne fait ce travail d'inventaire ?
Nous avons d'ailleurs souvent plus d'information que le
ministère de la santé lui-même. Alors nous
demandons la mise en place d'un tel observatoire "officiel"
du littoral, et cette année certains élus ont
enfin relayé notre revendication. Le ministère de
l'Environnement semble s'intéresser à notre
démarche, mais nous attendons un rendez-vous avec le
nouveau ministre pour concrétiser ce projet.
Vos
autres activités ?
Nous menons aussi des
actions d'éducation à l'environnement. En
partenariat avec le Conseil général des
Pyrénées-Atlantiques, nous faisons le tour des
plages pendant l'été avec un stand itinérant
où nous distribuons des outils de sensibilisation. Le
but est de toucher le plus large public possible. On parle
beaucoup de déchets, de collecte sélective…
Nous
avons aussi un programme éducatif ambitieux : animations
dans les écoles et les centres de loisirs, mallette
pédagogique avec cassette vidéo, livret du
maître, diapos... et nous travaillons actuellement sur un
jeu de société.. Et nous sommes de la plupart des
luttes - souvent avec Greenpeace - qui visent à
préserver les océans : contre les filets
pélagiques, collectif anti-marée noire, etc.
Que
pouvez-vous attendre de l'Europe ?
Notre association
a déjà une dimension européenne. Nous
avons un bureau à San Sebastian et notre nettoyage de
plages est mené à travers le continent, de
l'Allemagne au Portugal, de Italie à l'Espagne…
Le
salon "Initiative Océan" a d'ailleurs une
vocation européenne.
Nous avons aussi participé
aux réunions de travail visant à réactualiser
la directive européenne sur les eaux de baignade datant
de 1976. Un certain nombre de propositions ont été
intégrées dans le projet de texte. Il est
important que ces directives soient pensées et mises en
place avec les ONG concernées. Cela évite les
conflits éventuels et donne l'exemple aux élus
locaux, qui ont parfois du mal à travailler avec les
citoyens. Par contre, nous avons du mal à obtenir des
financements européens…
Et puis, pour nous
surfeurs, l'Europe est une notion naturelle. Quand nous allons
surfer sur les plages du Portugal, nous n'avons pas
l'impression d'aller à l'étranger… Les
vagues ne connaissent pas de frontières !
Contact
et dons
SURFRIDER FONDATION EUROPE
120, avenue de
Verdun, 64200 Biarritz
Tél. : 05 59 23 54 99
Fax
: 05 59 41 11 04
www.surfrider-europe.org