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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°14 – PRINTEMPS 2000 L'Europe vue de Languedoc-Roussillon
Décharge accablante

Techniques dépassées, choix de site aberrant jusqu'au danger, absence de consultation des habitants et de leurs élus… le projet de décharge de déchets de Riols dans l'Hérault, semble sorti "d'un moyen age du développement durable".

Il imagine, de plus, pouvoir mépriser le cadre législatif de l'Union Européenne, qui, année après année, durcit ses normes en la matière, impose la transparence des procédures, et brandit bien haut le principe de précaution.

C'est la société SITA SUD qui a cru pouvoir discrètement profiter d'une carrière abandonnée pour y stocker les ordures non triées de tout l’ouest héraultais, et cristalliser là, en plein Parc naturel régional du Haut Languedoc (!) toutes les nuisances possibles : Jusqu'à 100 000 tonnes de déchets non triés par an, des norias de dizaines de camions par jour, des émanations de 20 000 M3 par jour de gaz de fermentation et à effet de serre, le rejet de 400 tonnes par semaine de liquides pollués avec risque pour les nappes phréatiques, le saccage du paysage, et la ruine du tourisme vert ainsi que de la crédibilité des labels de qualité durement acquis pour les cultures de ce terroir. L’INAO, l'organisme d'attribution des AOC, a d'ailleurs clairement indiqué son désaccord pour une telle implantation, qui n'est, de plus, en rien à l’échelle de ce territoire.

Lors de l'enquête publique, un collectif s'est constitué pour en savoir plus. La mobilisation s'est prolongé d'un refus clair du projet, qui a obligé les élus locaux à …suivre le mouvement, et - avec l’association Patanares - à mettre en avant de nombreux arguments techniques et juridiques : Cette décharge s’implanterait sur un terrain non étanche comportant deux failles géologiques présentant donc des risques certains de pollution des eaux souterraines. Elle ne respecterait ni les prescriptions de la loi sur les déchets de 1992, ni la circulaire "Voynet" sur l’interdiction d’accueillir en décharge autre chose que les seuls déchets ultimes (dont la partie recyclable a été retirée), ni le plan départemental d‘élimination des déchets révisé en 2002, prévoyant l’obligation de valorisation des déchets fermentescibles, par compostage ou méthanisation après collecte sélective.

Et que dire du caractère rétrograde de ce projet, par rapport à la législation européenne en cours d'élaboration ? Le Parlement Européen devrait confirmer en 2003 d'ambitieux objectifs en terme de valorisation des matières. En première lecture, l'assemblée de Strasbourg avait adopté des seuils minimaux de recyclage de 20% pour les plastiques, 50% pour les métaux, 55 pour le papier, 60 % pour le verre… Profitant du précieux temps gagné grâce à la résistance citoyenne locale, l'Europe pourrait bien venir sonner le glas de la décharge de Riols…