Carré
d'Europe N°9 – PRINTEMPS 2002 L'Europe vue de
l'Hémicycle
Vers
une autre chimie ?
Constat
hallucinant :
En 2002, personne ne connaît les effets
exacts sur l'Être humain et son environnement de 80 % des
quelques 100 000 substances chimiques utilisées à
travers l’Union !
En
novembre, le Parlement Européen s’est prononcé
sur le Livre Blanc de la Commission Européenne sur la
production et l’utilisation des produits chimiques en
Europe. Le fait qu'une Verte, l’eurodéputée
suédoise Inger Schörling, soit en charge de ce
rapport - d'une "explosive" actualité - a semé
la panique parmi les lobbystes de la chimie et leur relais
parlementaire à la droite de l'hémicycle. Vue la
victoire remportée par les thèses des Verts en
plénière, les pollueurs avaient raison de
trembler !
Le rapport
s'est en effet prononcé en faveur de la procédure
dite "REACH" qui imposerait désormais, non
seulement la déclaration préalable du produit,
mais aussi son évaluation sévère et
indépendante avant toute commercialisation. Une vraie
révolution, car, pour l'instant, nous sommes tous au
final les cobayes de l'industrie chimique, qui, souvent,
auto-analyse seule l'innocuité de sa production…
Par ailleurs chaque produit devra être déclaré
quel que soit son tonnage, y compris s'il est fabriqué
en dehors de l'Union, et les tests devront être basés
sur des méthodes substitutives afin d'éviter -
comme le demandait de nombreuses pétitions -
toute cruauté envers les animaux. Le rapport appuie sa
crédibilité sur un système d'analyses à
grande échelle pour évaluer, au travers de
bio-marqueurs, les effets cumulatifs des substances libérées
dans notre environnement. Les premières études
s'avèrent d'ailleurs inquiétantes : la teneur de
produits toxiques dans le lait maternel ayant, par exemple,
doublé en 25 ans…
Sur le volet social, le
texte n'oublie pas que cette industrie fait travailler
directement 1,7 millions de personnes dans l'Union, et qu'elle
est composée à 96 % de PME. Il y a donc nécessité
d'importantes aides - payées grâce aux bénéfiques
retombées sur la santé publique - à la
modification des procédés et à la
recherche de produits alternatifs inoffensifs.
Même si
ce n'est qu'à l'horizon bien lointain de 2020 que les
dernières substances dangereuses seront finalement
éliminées, on doit saluer le renforcement de
l'information des consommateurs par un étiquetage
précis, et la mise sur Internet d'une banque de données
complète.
Inger
Schörling
e-mail :
Ischorling@europarl.eu.int