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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°14 – PRINTEMPS 2003 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
Dans les discours, ils sont tout miel…

A en croire ses déclarations, le gouvernement français est le meilleur ami de la nature. En date du 21 janvier dernier, il vient pourtant de porter un rude coup à un maillon essentiel du cycle de la vie.

En maintenant la mise sur le marché d'une molécule insecticide - l'imidaclopride, plus connue sous le nom de "Gaucho" - il condamne à mort nos ruches, et met en danger le processus de pollinisation qui, au travers du vol des abeilles, transforme les fleurs en fruits…

Depuis des années, les apiculteurs dénoncent cet insecticide commercialisé par le groupe Bayer. Il faut dire que les chiffres sont terribles : autour des zones de grandes cultures traitées par ce poison, les ruches sont décimées et la production de miel a chutée de 40 à 70%.

En 1999, face aux alertes, un moratoire avait été instauré, mais pour la seule culture du tournesol. En octobre 2002, le Conseil d'Etat avait demandé au Gouvernement de re-délibérer. Sans exiger des industriels qu'ils prouvent l'innocuité de leur produit, le Premier Ministre a donc maintenu les épandages hors tournesol, ne prévoyant que quelques zones dites "d'observation"…

Les signaux d'alarme avaient pourtant été forts. Devant de nombreux médias, le 12 janvier dernier, à Toulouse, la place du Capitole offrait même une bien étrange image, puisque des apiculteurs, venus de tous les horizons, étaient venus y édifier une pyramide de ruches mortes, et demander le retrait de l'agent mortel.

Mais que dit l'Europe alors que la chaîne vitale est ainsi altérée ? L'Union n'a telle pas inscrit les termes de "développement durable" dans le texte son nouveau traité tout neuf - celui de Nice - entré en vigueur le 1er février 2003 ?

D'après les apiculteurs interrogés, l'Europe est muette car le problème est essentiellement français et que notre hexagone n'aime pas que l'Union viennent fourrer son nez dans ses champs… Par ailleurs, comme l'a déploré Gérard Onesta, présent à Toulouse lors de ce rassemblement national des apiculteurs, les règles du jeu européen actuel privilégie largement les intérêts marchands, au détriment du principe de précaution. Ainsi, si le problème du "Gaucho" devait venir dans les débats européens, il serait sûrement abordé au travers de la politique agricole, pour laquelle le Parlement Européen est simplement consulté pour avis. Il faudrait alors que les eurodéputés Verts mène une sacrée bataille de procédure juridique afin qu'un tel texte soit étudié sous l'angle de la protection des consommateurs pour laquelle l'assemblée de Strasbourg a un vrai pouvoir de codécision.

Car au-delà du goût pour le miel, ou du risque réel de voir le cycle du pollen brisé, il ne faut pas oublier que l'abeille apparaît ici comme un marqueur biologique, et qu'elle n'est pas la seule à être empoissonnée…