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De l'or sous haute protection (théorique)
Le corail rouge devrait bénéficier de la protection de trois réglementations internationales transposées en droit français :
- La convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe (Convention de Berne de 1979).
- La Directive européenne sur la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (Directive "Habitats" de 1992).
- Le Protocole relatif aux aires spécialement protégées et à la diversité biologique en Méditerranée, dans le cadre de la Convention sur la protection de la Méditerranée contre la pollution (Convention de Barcelone de 1976, revue en 1995)



Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Au nord, c'étaient les coraux…
La frontière entre Espagne et France se prolonge d'une bien étrange manière sous les eaux de la Méditerranée. Sous les flots de la Catalogne Sud, le corail rouge, si convoité par l'industrie joaillière, semble sous bonne garde, mais une fois franchie cette ligne invisible, "l'Or rouge" est livré au pillage dans les fonds marins de Catalogne Nord.
Trésor oublié par les pêcheurs de la Côte Vermeille pendant près de trente ans - ce qui a permis de reconstruire une flore et une faune d'une grande richesse - ce fragile corail attire désormais des convoitises venues d'ailleurs… C'est que l'or rouge, des belles branches adultes aux coraux les plus jeunes, rapporte gros aux joailliers. Mélangée à de la résine synthétique, même la poudre de corail est utilisée pour le commerce de bijoux de qualité inférieure.
Le corail rouge est un animal dont les élégantes ramifications du squelette peuvent atteindre 20 cm de haut. Cette espèce de Méditerranée occidentale colonise les roches peu baignées de lumière, généralement au-delà de 50 mètres de profondeur. Dans les faibles profondeurs, ce corail ne peut pousser que dans les grottes et sous les surplombs. Sur la côte rocheuse catalane des Albères, le corail rouge est très (trop ?) accessible, car on le trouve dès 15 mètres de profondeur, du fait de la turbidité des eaux et d'un écosystème riche en infractuosités.
Aujourd'hui, une exploitation sauvage menace les colonies d'or rouge de disparition irréversible. Pour en dénicher encore, les pêcheurs corailleurs de Provence ou de Corse sont déjà obligés de travailler, dans leurs eaux, à près de 100 mètres de profondeur. Ces derniers, attirés par les faibles profondeurs, viennent dévaster les eaux catalanes.
Les premiers à avoir observé la dégradation rapide du massif corallien sont les responsables des clubs de plongée de la Côte Vermeille. Ces professionnels des promenades sous marines sont conscients de la valeur patrimoniale du corail rouge à léguer aux générations futures, mais aussi de son intérêt pour maintenir leur activité à forte valeur touristique et sportive pour le développement local.
Les centres de plongée, tel le Centre International de Plongée de Collioure (CIPC) sont signataires de la "Charte de Partenariat Plongée" avec la Réserve maritime de Banyuls-Cerbère. En 2004, ses animateurs ont reçu Gérard Onesta sur leur bateau pour lui exposer la non-application du droit européen. Car l'Union européenne a désigné dès 1998, via le réseau "Natura 2000", les fonds marins d’Argelès à Cerbère comme "Site d’Importance Communautaire", notamment à cause de la présence de récifs et de grottes abritant le corail rouge. Une fois parachevé, ce réseau de 18 000 sites couvrira plus de 15 % du territoire de l'Union, dont 7,7 millions d'hectares de sites marins. De fait, la pêche sous-marine à l’aide de bouteilles d'air comprimé - telle qu'elle est malheureusement pratiquée sur ces coraux - est interdite en Méditerranée. Pourtant, chaque année, le Préfet maritime responsable de tout le Golfe du Lion délivre une dérogation qui ne mentionne aucune restriction par rapport aux prélèvements (taille des colonies, quantité…) et n’exclut aucune zone du littoral ! La France est pourtant tenue de suivre les réglementations internationales qu'elle a transposées en son droit national et qui classent le corail rouge comme espèce protégée à exploitation réglementée. Rappelant que "le corail ne grandit que de 2 ou 3 mm par an", Julien Girodeau, Directeur du CIP Collioure en appelle à la Préfecture maritime de Toulon pour que cesse une exploitation sans éthique : "une pêche corallienne raisonnée est dans l'intérêt de tous, y compris celui de l'industrie joaillière si elle veut pérenniser ses approvisionnements". Julien Girodeau demande que l'on rompe avec le laxisme administratif, "en respectant les zones protégées, et en adoptant - comme l'ont auto-instauré les pêcheurs corses - une interdiction de prélèvement entre 0 et 50 mètres de profondeur, couplé à un système de jachère". Le CIP Collioure exige surtout la concertation des acteurs locaux avant toute délivrance d'autorisations de pêche, car c'est ce principe qui a permis, en Catalogne Sud, un accord sur les tailles de récolte minima.
Ainsi, l'Europe du corail est encore en apnée, et la France est loin d'y obtenir la "palme" de l'excellence…
Julien Girodeau : cip.collioure@wanadoo.fr
Centre International de Plongée de Collioure
Tél : +33 (0)4 68 82 07 16