Carré
d'Europe N°8 – HIVER 2001-2002 L'Europe vue de
l'Hémicycle
Il
faut sauver le soldat Kyoto
Georges
Bush (père), "le modèle américain
n’est pas négociable” Conférence
mondiale de l'ONU sur l'environnement et le développement
Rio de Janeiro 1992
Le
protocole lancé à Kyoto en 1997 est censé
épargner à notre bonne vieille planète de
catastrophiques bouleversements climatiques dans les décennies
à venir. Principal levier : réduire de façon
concertée et chiffrée les émissions de gaz
à effet de serre qui sont le facteur déclenchant
du drame. La conférence de La Haye, qui devait finaliser
l'accord en 2000, fut un échec. Le sommet mondial de
Bonn, en juillet dernier, était donc le dernier espoir
de sauver Kyoto, un certain Georges W. Bush étant,
entre-temps, devenu locataire de la Maison Blanche avec, en bon
pétrolier texan, les préoccupations écologistes
que l'on sait. Il est sûrement trop tôt pour savoir
si le compromis obtenu à l'arraché à Bonn
sauvera notre climat, mais il constitue comme l'a déclaré
en plénière la députée Verte Marie
Anne Isler Béguin, "une belle gifle pour la maison
Bush".
C'est vrai que l’Oncle Sam, qui a encore
refusé de s'associer à l'effort mondial, a subi
là un véritable camouflet avec l’éclatement
de son groupe d’alliés : le Japon, l'Australie et
le Canada ralliant la cause de l’Europe et des pays en
voie de développement. Saluons le rôle moteur du
ministre belge d’Ecolo, Olivier Deleuze, présidant
l’Union Européenne et artisan du compromis.
Du
côté des avancées incontestables, on note
l'historique exclusion du recours à l'atome comme pseudo
énergie "propre". À saluer aussi la
mise en place d'un "mécanisme d'observance",
qui aidera les pays en difficultés à atteindre
leurs objectifs par la création d'un fonds spécial
(où l'Europe est le premier contributeur) et de
transfert de technologies, tout en pénalisant les
"mauvais élèves" qui ne feraient pas
d'efforts. Du côté négatif, on doit
déplorer le recours aux "puits de carbone".
S'il est vrai que ces plantations de forêts fixent le
CO2, les scientifiques sont très partagés sur
l'impact réel de cette mesure, soulignant en outre
qu'elle ne fait que retarder l'échéance parce
qu'une forêt arrivée à maturité ne
"fixe" plus rien, sans oublier que le moindre
incendie relibère en quelques heures dans l'atmosphère
des tonnes de carbone stocké pendant des décennies.
Les Etats-Unis, avec leurs récents feux de forêts
géants, en savent pourtant quelque chose. Autre bémol
de taille : le recours au "marché de crédits
d'émission", nom flatteur pour ce qui est le droit
du plus riche à polluer le plus pauvre, en lui rachetant
ses quotas d'émission inutilisés.
Conscient du
risque de cette "marchandisation des fumées",
le Parlement européen a adopté une résolution
magistrale de fermeté et de clairvoyance, reprenant
toute l'analyse qui précède, en considérant
en outre que Bonn ne pouvait être qu'une étape, et
invitant la Commission à lui soumettre des propositions
de directive avant la réunion "post Bonn"
prévue à Marrakech fin 2001.
Objectif
global arrêté à Bonn :
Réduire
les émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % à
l'horizon 2010, par rapport à 1990. Cet objectif est
différencié en fonction des zones géographiques
: L'Union européenne devant atteindre 8%, alors que les
pays en voie de développement n'ont qu'à
maîtriser leurs émissions actuelles. Pour entrer
en vigueur, le protocole devra être ratifié par 55
pays représentant 55 % des émissions mondiales.
Marie-Anne
Isler-Begin
e.mail : maisler@europarl.eu.int