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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°5 – HIVER 2000-2001 L'Europe vue d'Aquitaine
Chape de plomb

La loi française oblige le dernier propriétaire à remettre en état le site après la fin de l’exploitation industrielle.
Une telle "recherche en paternité de pollution" empêche dorénavant l’existence de "sites orphelins"

On connaît les conséquences sanitaires du plomb sur la santé : saturnisme, problèmes psychomoteurs irréversibles. À Belin-Beliet, en Gironde, une fonderie a fonctionné de 1870 à 1983. À partir de 1972 elle est utilisée pour la "valorisation" des batteries de voiture. En 1983, la fonderie est fermée définitivement. Elle sera démolie quelques mois plus tard. Mais durant toutes ces années, fumées et poussières de plomb entrant dans la composition des batterie, ont pollué le site sans qu’aucune précaution ne soit vraiment prise. La dépollution du site après la fermeture n’a pas été faite. En 91 et 92, après que le terrain est été vendu, trois chevaux qui avaient séjourné sur le terrain sont morts. La récolte et la consommation des fruits et légumes, le parcage des animaux et la coupe de fourrage est interdit aux alentours du site…
Pourtant, la loi française oblige le dernier propriétaire à remettre en état le site après la fin de l’exploitation industrielle. Une telle "recherche en paternité de pollution" empêche dorénavant l’existence de "sites orphelins". À plusieurs reprises des décisions de justice sont allées dans ce sens. Aucune suite. Pourtant la concentration de plomb atteint 84 595mg / kg à certains endroits alors que le taux acceptable pour les terres agricoles est de 300mg/kg…
En décembre 99, démarrent enfin les travaux de réhabilitation confiés à l’ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie). Deux mois après, le chantier est abandonné… Aucune raison n’est évoquée.
Pourquoi tous ces silences ? Pourquoi la réhabilitation n’a commencé que 13 ans après l’arrêt de l’exploitation et s’est arrêté après seulement deux mois ? L’immensité de la tâche ? les taux de pollution impressionnants ? les coûts ? l’incompétence ? les responsabilités politiques du propriétaire, vice-président du conseil régional, élu du parti des chasseurs CPNT au moment des faits ?… Aucune réponse. C’est la chape de "plomb" du silence et des non-dits qui prévaut.
La réglementation européenne est équivoque. Tantôt elle inscrit dans sa réglementation le principe de précaution comme le Parlement européen vient de le voter à sa session de décembre, tantôt elle oublie d’harmoniser ses textes au niveau des meilleures pratiques nationales. Les sites orphelins doivent disparaître du paysage européen.

Collectif environnement
c/o Franck Lalanne,
14, résidence Suzon - n°3, 33830 Belin-Beliet,
Tél. : 05 56 88 06 05 ou 05 56 88 02 70.