Carré
d'Europe N°1 – HIVER 1999-2000 L'Europe vue
d'Aquitaine
A3XX,
ou la démocratie confisquée
L’avion
est à Toulouse ce que la bière est à
Bruxelles ou la choucroute à Strasbourg. Lors, de
simples interrogations sur l’aéronautique
toulousaine déclenchent suspicions et accusations :
"Vous préférez la lampe à pétrole
à l’électricité, le chômage à
l’emploi, c’est l’image de la ville que vous
voulez détruire…". Les écologistes ne
prônent pourtant pas la disparition de l'avion. Ils
veulent juste être la mouche du coche, et rompre avec la
pensée unique d’une aéronautique
"indiscutable" dans la ville rose.
Le projet
d’implantation à Blagnac de la chaîne de
montage du futur gros porteur d’Airbus, l’A3XX, est
unanimement salué par les élus de gauche comme de
droite. Pourtant, beaucoup de chemin reste encore à
faire avant son lancement. Boeing, l’éternel
concurrent d’outre-Atlantique, n’envisage pas la
fabrication d’un gros porteur. Pas assez rentable. Leur
étude de marché a montré que seulement 80
avions seraient commandés. Et le gros porteur d’Airbus
ne se fera que si les carnets de commande se remplissent d’au
moins… 200 commandes fermes !
Si cette étape
est franchie, est-il si aberrant d'oser envisager une
implantation des chaînes de montage dans une autre région
française ou européenne ? Affirmer en effet que
le meilleur territoire est celui qui possède déjà
une production similaire ne fait que renforcer les inégalités
et est contraire aux idéaux d’aménagement
équilibré du territoire et de solidarité
entre les régions, contenus dans l’idée
européenne. Les écologistes allemands et français
sont sur la même longueur d’ondes : Les Verts de
Hambourg, ville également candidate, ont proposé
une solution alternative : implanter l’usine de montage à
Rostock, dans une ex-RDA dévastée par le chômage.
Les Verts français avancent quant à eux une
grande ville portuaire, pour palier aux difficultés des
chantiers navals. D’autres sites peuvent aussi être
proposés, par exemple des villes comme Tarbes, touchées
par la nécessaire reconversion de l’industrie
d’armement.
L’autre question est celle de
l’emploi. Le risque de transfert d’unités de
fabrication, déjà existantes à Toulouse,
et mobilisant beaucoup plus d’emplois, en échange
de l’assemblage de l’A3XX, n’est pas à
exclure. De plus, l’investissement public, qui devrait
atteindre 1 milliard de francs (dont 400 millions pour les
seules collectivités territoriales), mériterait
une comparaison en termes de création d’emplois
avec d’autres investissements publics…
Enfin,
c’est le problème de la démocratie locale
qui est posé. Faire de la politique autrement, c’est
rappeler que les élus, si légitimes soient-ils,
doivent associer leurs concitoyens à des décisions
qui auront des répercussions importantes dans leur vie
quotidienne. En l’occurrence, l’implantation de
l’usine d’assemblage supprimerait une base de
loisirs fréquentée par tout un bassin de vie…