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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°13 – HIVER 2002-2003 L'Europe vue d'Aquitaine
De Bruxelles au Blayais, réaction en chaîne

Une fois de plus, une fois de trop. La centrale nucléaire du Blayais est encore montrée du doigt, parmi onze autres centrales françaises, pour les problèmes de sécurité qui s¹y posent.
C¹est en visitant le site internet de l¹Autorité de Sûreté Nucléaire, que des responsables du réseau "Sortir du Nucléaire" ont trouvé des informations concernant la déficience des systèmes de sécurité. Infos très inquiétantes, mais noyées parmi une foule de données anodines. Ainsi, par exemple, en cas de séisme, une erreur de conception pourrait rendre inopérants les systèmes de sécurité de cette centrale, et affecter alors les systèmes de refroidissement des réacteurs (!)
Déjà, l¹ouragan de décembre 1999 a partiellement inondé la centrale et coupé momentanément ses moyens de communications. L¹enquête parlementaire, demandée par les députés Verts d¹alors, a mis en exergue de nombreux dysfonctionnements. Dernièrement, le rapport de la CRIIRAD a révélé de grosses lacunes sur les mesures des rejets dans la nature de deux polluants radioactifs majeurs (le Carbone 14 et le Tritium). Les Verts aquitains considèrent que le seuil d'alerte est plus que dépassé, et demandent que "dans les plus brefs délais soit lancée une étude indépendante impartiale et graduée sur les conséquences d¹un incident, notamment sismique, à la centrale du Blayais, en terme d¹impact sur les populations environnantes".
Les nouvelles venant de Bruxelles ne sont guère plus réjouissantes. Loyola de Palacio, Commissaire européenne en charge de l¹énergie, a présenté en octobre au Parlement Européen son "Paquet nucléaire", largement dicté par le lobby de l¹atome, qui perpétue le silence, le déni de démocratie et les périlleuses impasses qui caractérisent cette filière. L¹élargissement, en 2004, va pourtant faire entrer dans l¹Union huit réacteurs de l¹ex-URSS, dont certains particulièrement dangereux et vétustes. Alors même qu'après la Suède, l'Autriche, l'Italie et l¹Allemagne, la Belgique a décidé, début décembre, à son tour d¹abandonner progressivement ce mode de production d'énergie, la Commissaire en reste à une politique de replâtrage du parc nucléaire existant. Cette remise aux normes des centrales de l'Est, n'est pas dictée que par le seul souci de sécurité, elle passera aussi par le développement de nouveaux procédés nucléaires, engloutissant de copieux budgets (90 millions d'euros annoncés pour une première enveloppe), alors que les sommes allouées pour le développement des énergies renouvelables sont toujours aussi dérisoire.
Sur la question du retraitement, la Commission considère comme acquis le principe de l¹enfouissement des déchets. Paul Lannoye, eurodéputé Vert belge s'est insurgé dans l'hémicycle : "la Commission fait croire qu'il est possible de gérer les déchets, alors qu'il n'y a actuellement aucune vraie solution". Face à une telle prévisible impasse technique, et rejetée par la population de l'Union, Paul soupçonne la Commission d'envisager un jour l¹exportation de tels déchets vers la Russie...
Quant à la démocratie et l'atome, ils semblent toujours aussi peu compatibles. Le cadre de cette nouvelle politique nucléaire de l¹Union restera celui, particulièrement opaque, du traité Euratom. Ainsi, précise Marie-Anne Isler, eurodéputée Verte, "sur cette question du nucléaire, si alarmante pour les citoyens de l'Union, leurs représentants élus au Parlement Européen ne seront toujours consultés que pour simple avis..."
À l'opacité européenne, répond l¹aveuglement français.

Réseau Sortir du Nucléaire
Tél : 04 78 28 29 22
Fax : 04 72 07 70 04
www.sortirdunucleaire.org

Paul Lannoye
e-mail :
plannoye@europarl.eu.int