Carré
d'Europe N°7 – ETE 2001 L'Europe vue
d'Aquitaine
Taxe
sur la Valeur Alternative
Alors
que l'Europe peine à accoucher d'une politique
énergétique cohérente, et que semble
embourbé le débat sur le niveau de taxes
(d'écotaxes ?) devant frapper chaque type d'énergie,
le Lot-et-Garonne va-t-il devenir un nouveau Texas ?
Même
si notre terre du Sud-Ouest n'est pas prête d'être
couverte de derricks, Alain Just, responsable d'une huilerie
artisanale, fabrique de l'huile végétale brute
alimentaire pouvant aussi servir de… carburant. Les
lobbies de "l'or noir" aidant, il passera devant le
tribunal de police d'Agen le 20 septembre prochain pour ne pas
avoir reversé la fameuse TIPP, Taxe Intérieure
sur les Produits Pétroliers !
Il est vrai qu'avec un
simple réglage des moteurs diesels, l'huile de tournesol
peut servir de carburant avec un bilan énergétique
très supérieur à celui du diester, puisque
des études ont montré que la culture extensive du
tournesol permet d'obtenir 6,4 fois l'énergie initiale
contre seulement 2,4 pour l'ester méthylique de colza
(qu'un marketing peu regardant a pourtant baptisé "le
carburant vert").
Bien qu'étant le logo des
Verts, le tournesol a souvent mauvaise presse chez les
écologistes à cause des méthodes de
culture intensive des grandes firmes agroalimentaires. Pourtant
la "fleur soleil" pourrait facilement être
cultivée en bio, et sans irrigation. C'est avec le même
souci de valorisation que, avec les résidus de pressage,
Alain Just fabrique des tourteaux de tournesol, à forte
valeur énergétique et nutritionnelle, utilisés
par les éleveurs en remplacement du colza, plus cher (et
transgénique ?) venant en grande partie des
États-Unis.
L'Europe, à l'heure de
"l'après-Kyoto", cherche à limiter ses
rejets de gaz carbonique. L'utilisation raisonnée de la
biomasse pourrait contribuer à atteindre les objectifs
que s'est fixés l'Union, puisque le carbone libéré
dans la combustion des végétaux est aussitôt
re-fixé par ces mêmes végétaux dès
qu'ils repoussent. Le tournesol est bien une énergie
renouvelable, qui a pour seule limite la superficie disponible
pour le faire pousser. Il n'est bien sûr pas question de
remplacer le gasoil par cette huile dans toutes les voitures,
même si celle-ci pollue infiniment moins. La priorité
va bien évidemment à l'économie d'énergie
par la rationalisation des modes de transport. Mais l'intérêt
du projet d'Alain est de développer une filière
"en complément", basée sur des échanges
locaux limitant les transports d'énergie, et favorisant
une certaine cohésion sociale par les emplois créés.
Dans les pays pauvres, cette technique peut avoir des avantages
incontestables. L'huile de palme ou d'arachide produite dans un
village pourrait faire fonctionner le moulin ou la pompe à
eau.
Mais pour l'État, braqué sur sa
calculette fiscale, le temps n'est pas à la réflexion
mais à la taxation. Un carburant est un carburant, et
l'administration ne fait pas la différence entre un
produit minéral (le pétrole) et un produit
végétal (l'huile). Elle taxe au prix fort, 4,30 F
par litre, comme pour de la vulgaire essence plombée.
Pour
protester contre une réglementation absurde qui peut
mettre en danger toute une filière respectueuse de
l'environnement et cherchant à développer une
économie solidaire, Alain Just refuse de payer cette
taxe. Son but n'est pas de contourner la loi, mais de la faire
évoluer. Et puisque l'on parle de cadre législatif,
L'Europe pourrait rapidement avoir son mot à dire…
Valenergol
SARL,
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