Carré
d'Europe N°7 – ETE 2001 L'Europe
vue de Midi-Pyrénées
L'avion
veut-il croiser le fer ?
Le
trafic marchandises traversant les Pyrénées
enregistre une hausse annuelle de 9 %, largement supérieure
aux évolutions de toutes les autres zones de transit
européen, notamment les Alpes. En 1998, ce sont 77
millions de tonnes de marchandises qui ont transité par
la route au travers des Pyrénées, contre
seulement 4 millions par le train. Plus de 15 000 poids lourds
traversent ces montagnes chaque jour. En 2020, le trafic
pourrait atteindre 200 millions de tonnes, soit l'équivalent
de 30 000 camions par jour. C'est sur des constats de ce genre
qu'Eurosud a été créé en 91.
Installée à Toulouse, avec Gérard Onesta
parmi ses membres fondateurs, cette association œuvre,
entre autres, pour le transport de marchandises par train vers
la péninsule Ibérique. Valérie Cormier,
permanente de l'association, fait le point sur le chemin
parcouru par l'association et sur ses projets.
Carré
d'Europe : Quelles étaient les motivations des
fondateurs de l'association en 1991 ?
À
l'origine, l'association s'appelait TGV Eurosud. À
l'époque, Midi-Pyrénées semblait condamné
à rester à l'écart du réseau
européen de TGV. Il fallait donc tout mettre en œuvre
pour que le rail n'oublie pas cette région. Le plus
simple semblait de tenter, dans un premier temps, un
raccordement vers la Méditerranée par un TGV
Toulouse/Narbonne connecté ensuite vers Marseille et
Lyon, ou vers Barcelone. La liaison en direction de Bordeaux se
ferait plus tard.
Le développement du transport de
marchandises dans ces dix dernières années a mis
en évidence les besoins importants de fret. Notre
réflexion a donc intégré cette évolution.
Ainsi, en 1998, nous avons changé de nom pour nous
appeler Eurosud Transport. De plus, la nouvelle équipe
en place au Conseil régional de Midi-Pyrénées,
qui est un de nos financeurs, nous a demandé de
réfléchir à une nouvelle traversée
des Pyrénées par train, éventuellement
centrale, complémentaire aux projets existants dans les
Pyrénées-Orientales (Perthus) et au Pays basque.
Carré
d'Europe : Et vos préoccupations d'aujourd'hui ?
Nous
travaillons d'abord sur quatre gros dossiers. Le premier
concerne le raccord au TGV Méditerranée, le
deuxième le développement de la transversale
Bordeaux-Toulouse-Marseille, le troisième le
prolongement vers le Pays Basque, l'Espagne et le Portugal de
la ligne TGV qui va aboutir à Bordeaux, et enfin la
traversée centrale des Pyrénées. La
cohérence de tous ces axes vient de leur vue d'ensemble
qui limitera au maximum le transport des marchandises par la
route et qui permettra un développement tant économique
que touristique.
Pour atteindre nos objectifs nous faisons
du "lobbying associatif". Nous nous définissons
comme un outil de veille spécialisé et réactif.
C'est principalement par la circulation de l'information que
nous pouvons faire bouger les décideurs.
Nous
travaillons aussi, dans le cadre du programme européen
INTERREG, à la mise en relation des différentes
régions d'Europe du Sud intéressées par la
traversée centrale des Pyrénées. Nos
activités se déplacent de plus en plus de
l'associatif vers l'institutionnel. Nous sommes maintenant
associés à tous les groupes de réflexion
institutionnels qui abordent la problématique d'une
telle connexion.
Carré
d'Europe : Pourquoi l'arrivée du TGV à Toulouse
pose-t-elle tant de problèmes ?
À cause
de la sacro-sainte aéronautique bien sûr ! Des
études sont lancées pour un deuxième
aéroport à Toulouse, sans avoir étudié
l'évidente complémentarité entre train et
avion. Le problème est purement psychologique. Toulouse
est la seule ville où il ne faut pas mettre le TGV parce
qu'il y a une "culture avion". La confusion est
entretenue en permanence en mélangeant les besoins de
transports aux milliers d'emplois dans l'aéronautique.
Ce n'est tout même pas parce que Toulouse sera
rationnellement desservie par le rail que l'industrie
aéronautique européenne s'effondrera !
De
toute façon, la croissance du transport aérien
n'est plus gérable. Les plates-formes aéroportuaires
doivent se repositionner, sur de l'international par exemple.
En complémentarité, des compagnies aériennes
commencent à acheter ou louer des trains, comme Air
France qui relie la capitale européenne bruxelloise à
son hub de Roissy par le TGV Thalys… Il est évident
qu'avec l'arrivée du TGV à Toulouse, le second
aéroport ne serait plus d'actualité. Sur les 5
millions de voyageurs à Blagnac chaque année, 3
millions font Paris/Toulouse. Avec le TGV, 60 % prendront le
train, limitant les nuisances pour les riverains et libérant
des créneaux pour d'autres destinations.
Carré
d'Europe : Que peut faire l'Europe pour conjuguer rail et
Pyrénées ?
L'Europe a une vision plus
complète des problèmes de transport en général,
et des congestions en particulier. Nous avons d'ailleurs un
atout important puisque le délégué général
d'Eurosud, monsieur Moraro, est un ex-fonctionnaire de la
Commission Européenne et ancien chef du secteur
industrie ferroviaire. C'est aussi lui qui a rédigé
le projet de directive de 96 sur l'interopérabilité
du système trans-européen de train à
grande vitesse.
De
plus, dans le cadre de la procédure de co-décision,
le Parlement Européen a un pouvoir important sur la
révision du RTET (Réseau Trans Européen de
Transport). Nous espérons pouvoir être auditionnés
par ce parlement, avec toutes les régions concernées
(Midi-Pyrénées, Aquitaine, Aragon), pour pouvoir
y présenter la solution du franchissement ferroviaire
des Pyrénées. Nous demanderons que le principe
d'une nouvelle traversée des Pyrénées, en
basse altitude pour respecter l'environnement des vallées,
et dédiée au fret, soit inscrit dans les
programmes européens afin que des études
sérieuses soient lancées. Dès septembre,
nous devrions y voir plus clair.
Carré
d'Europe : D'autres projets ?
Comme vous pouvez le
voir, nous avons beaucoup de pain sur la planche pour créer
dans le Grand Sud une vraie synergie entre les différents
acteurs concernés par nos projets : entreprises, acteurs
politiques... Nous avons aussi le projet ambitieux d'organiser
à Toulouse un colloque sur la complémentarité
entre le fer et l'air. C'est sans doute mettre les pieds dans
le plat, mais ça fera peut-être évoluer les
esprits…
Eurosud
Transport,
4, rue Godolin, 31000 Toulouse
Tél.
: 05 34 41 18 39
Fax. : 05 34 41 17 81