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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°14 – PRINTEMPS 2003 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
Mortelles randonnées

Quelques étiquettes avec tête de mort, nous voilà avertis ! Quand des produits chimiques dangereux se baladent, par trains entiers, en Europe, ils sont dûment étiquetés, mais c'est une bien maigre protection.

À Toulouse, cette année, quelques 1 400 000 tonnes de matières dangereuses - un tonnage en augmentation vertigineuse - transiteront par la gare Matabiau, sans compter celles qui passeront sur des camions par les rocades qui entourent la ville. Tous les experts s'accordent sur le fait que ces matières sont potentiellement plus dangereuses - parce que plus vulnérables à l'accident - pendant leur transport que lors d'un dépôt dans un site classé "Sevezo". Cette protection du stockage étant elle-même très relative, le site toulousain d'AZF, classé Sevezo, en témoigne…

Le 21 janvier dernier, à l’appel du collectif "Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs" créé après l’explosion d’AZF, un train transportant des matières dangereuses a été bloqué en gare de Toulouse Matabiau, avec la participation de Gérard Onesta. Un moyen de révéler au grand public "les dangers immenses d'une pratique qui ne sert que les intérêts des industriels » selon Pierre Labeyrie, conseiller municipal Vert toulousain, présent sur place. "En effet, précise Pierre, lorsqu'une industrie a besoin de produits dangereux, soit elle les fabrique en petites quantités sur le lieu où ils seront utilisés, soit elle fait des économies en les produisant en plus gros, et elle les transporte ! Mais faut-il baisser les coûts au détriment de la sécurité ?".

Autre aberration de ce système de "stockage itinérant" dénoncé par Gérard : "Il suffit pour l'industriel de placer son poison sur roue, pour l'exonérer de l'essentiel des procédures Sevezo, notamment celle des périmètres de protection". Songe-t-on à ces millions de tonnes de bombes chimiques en cœur de ville, dans nos ports, sur nos routes, sur nos rails ? Ainsi, par exemple, si une simple citerne de 4 tonnes d’un wagon de chlore venait à se perforer, les effets irréversibles sur la santé concerneraient les habitants dans un rayon de 1,5 km. Imagine-t-on le nombre de victimes, vu la densité de population autour d'une gare comme celle de Matabiau !

Cette opération médiatique, montée avec l'aide logistique de Green Peace, bénéficiait de la complicité du Syndicat Sud-Transport, qui entendait souligner que, face à de tels risques colossaux, les personnels roulants ne sont ni formés, ni informés… Maintes fois alertées, les autorités nationales et locales se renvoient la balle, et les commissions d'études promises ne sont pas au rendez-vous. Pourtant, en septembre 2002, les députés européens, groupe Vert en tête, profitant d'une proposition de la Commission européenne qui se contentait de toiletter "Seveso II", ont décidé de demander une directive "Seveso III", refondée, élargie et plus contraignante. À noter que la droite a empêché, par ses votes, que les autorités nationales puissent demander à des experts indépendants de vérifier les études de dangers réalisées par les entreprises… Malgré ce bémol honteux, la Commission, en colère, a encore estimé que les eurodéputés allaient trop loin et trop vite. Certainement pas aussi vite, ni aussi loin, que la course au profit de la "délinquance industrielle"…