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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°15 – ETE 2003 L'Europe vue de Languedoc-Roussillon
Le "Dali Express" déjà sur les rails

On l'ignore parfois, mais quand se redessinent nos paysages, c'est souvent l'Europe qui tient le crayon. Ainsi la PAC (politique agricole commune) décide de l'aspect de nos campagnes, les fonds structurels de celui de nos banlieues ou de nos usines, tandis que la politique énergétique décrète nos barrages, nos éoliennes ou centrales nucléaires. Quant à la politique européenne des transports, elle inscrit dans notre quotidien des ports, des routes ou des avions. Même chose pour le rail.

Depuis le 15 mars dernier, le réseau ferroviaire trans-européen est ouvert à la libre concurrence, autant dire… à la privatisation (voir Carré d'Europe N°14). C'est même par notre Catalogne que devrait commencer le dépeçage de ce service public. La première concession ferroviaire privée internationale devrait se concrétiser par la construction et l'exploitation d'une section TGV de 21 km entre Perpignan et Figueras. Prévue pour 2005, cette ligne est encore bloquée par les négociations difficiles entre la commission intergouvernementale franco-espagnole et le consortium Euroferro, composé principalement des entreprises espagnole Dragados et française Bouygues.

Prétextant que l'audit du gouvernement français sur les infrastructures n'avait pas tranché sur la priorité à accorder aux liaisons à travers les Pyrénées, Euroferro fait sa coquette. Il aurait exigé une garantie minimale de trafic, qui correspondrait en fait à une garantie de recettes retirées du péage de franchissement du futur tunnel du Perthus. Ne reculant devant rien, Euroferro aurait aussi demandé une limitation de responsabilité en cas de dommage dans ce tunnel. Ou comment avoir les avantages d'une concession, tout en fuyant par avance tous les inconvénients possibles…

Malgré cela, le Secrétaire d'Etat aux infrastructures espagnol a confirmé que les travaux du tunnel devraient commencer début 2004. Sans attendre le premier coup de pioche, coté social, la casse est déjà en cours. Le 22 avril dernier, au Corum de Montpellier, les syndicats de cheminots ont interpellé Louis Gallois, président de la SNCF, en révélant qu'en deux exercices, la direction régionale compte supprimer 223 emplois et ramener le niveau d'effectifs en dessous de celui de décembre 1999. Monsieur Gallois a dû reconnaître que la baisse des emplois SNCF dans la région Languedoc-Roussillon était effectivement supérieure au reste de la France.

Le peintre Salvador Dali, qui voyait dans la Gare de Perpignan le centre du monde et qui a installé son Musée Théâtre à Figueras, aurait peut-être apprécié de voir ainsi reliés les deux pôles de son œuvre fantasmagorique. Il est beaucoup moins sûr que l'usager des chemins de fer européens sera aussi réjoui quand il constatera que pour contrer, sur les tronçons très rentables, l'appétit de profit de quelques multinationales, les opérateurs ferroviaires publics, obligés de faire des économies, sacrifieront tout leur réseau secondaire…

Sauf si d'ici-là l'Union Européenne décide de promouvoir enfin de vrais services publics à l'échelle de ses ambitions continentales… A suivre.

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