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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°12 – AUTOMNE 2002 L'Europe vue de l'Hémicycle
Marco Polo reprend du service

Un an après la publication du Livre Blanc sur l’avenir des transports en Europe, le Parlement européen, en adoptant le rapport du député conservateur anglais Bradbourn, donne son feu vert au programme Marco Polo. Ce nouvel instrument financier est destiné à désengorger le réseau routier et à améliorer les performances environnementales du système de transport de marchandises. Doté de 115 millions d'euros, Marco Polo devrait permettre le basculement d'une partie du fret de la route vers le rail, le fluvial et le transport maritime. Va-t-on vers moins de camions sur les routes ? Rien de moins sûr, les experts prévoyant une augmentation du fret routier de près 50 % d'ici à 2010 ! L’objectif réaliste est donc de stabiliser le trafic routier à son niveau actuel.
Il faut pour cela s’en donner les moyens… Si le programme Marco Polo représente une avancée non négligeable, il est aussi révélateur de la frilosité des politiques à prendre le virage décisif qui mettrait les transports sur la route… du développement durable. Alors que tous les scientifiques s'accordent sur le fait que le transport est le secteur économique qui produit le plus de gaz nocifs, en particulier pour l’effet de serre, les conservateurs et les socialistes - alliés traditionnels dans la commission Transport du Parlement européen - semblent vouloir échapper à l'évidence. En effet, le groupe des Verts, soutenu par les communistes et les libéraux du Parlement européen, est parvenu à perturber le débat en déposant un amendement sur les "besoins en transport". Devant l'urgence écologique, il est plus que temps de changer de braquet. Il faut dorénavant voir plus loin que le simple transfert de marchandises d'un mode à l'autre. L'explosion de la demande de transport due à la mondialisation des échanges a changé la donne. La réflexion doit porter maintenant sur nos besoins en transport. Pourquoi devons-nous transporter tout et n'importe quoi à travers l'Europe entière ? Un pot de yaourt a-t-il réellement besoin de transiter par la Grèce pour être rempli au Portugal et finir sur les étagères d'une supérette auvergnate ? La prise en compte des coûts externes (les accidents, le bruit, la pollution, le changement climatique, les infrastructures et leur saturation) dans la politique des transports européenne permettra au fil des années de rééquilibrer la répartition du fret entre les différents modes de transport. Si les financements débloqués par Marco Polo feront la part belle au rail et au maritime, ces bonnes intentions vont malheureusement souvent de pair avec des libéralisations forcées, comme en témoigne l’ouverture à la concurrence du fret ferroviaire dès mars prochain.

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